Watchman Nee, maître de la confusion – La parabole du lapin en chocolat

Article de G. Richard Fisher, « Watchman Nee: Master of Mix-Up ». In : The Quarterly Journal, Personal Freedom Outreach, 2003, vol. 23, no 4.

L’original anglais peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.pfo.org/

Traduction française émanant du « Blog de réflexion chrétien », https://reflexionsjesus.wordpress.com/, 08/04/2018. Reproduit avec autorisation.


Plusieurs d’entre nous se souviennent avoir acheté un lapin en chocolat pour Pâques et découvert qu’il s’agissait simplement d’une coque peu solide. Les gens peuvent aussi éprouver le même genre de déception vis-à-vis de certaines icônes religieuses. Les accolades, les promotions et les témoignages en faveur de ces icônes ont pu être exagérées. Parfois, la promotion a été un outil pour vendre des livres. Parfois, les propos et les explications de ces enseignants se révèlent aberrants ou hérétiques. Parfois enfin, ceux qui examinent ces enseignements d’un point de vue biblique sont accusés d’attaquer des hommes de bien.

Les chrétiens immatures ou sans discernement se focalisent souvent sur la coque et ne considèrent jamais ce qui est (ou n’est pas) à l’intérieur. Ainsi, la machine de marketing « chrétienne » continue à maintenir l’illusion avec peu de matière. Certains articles creux sont même présentés comme des « classiques chrétiens ». La coque d’une spiritualité contrefaite cache ainsi un manque de contenu ou un contenu corrompu. On nous vend les histoires vides de héros folkloriques religieux à l’intérieur d’une coque faite de clichés religieux.

WATCHMAN QUI ?

L’auteur Dana Roberts, ayant écrit au sujet de Watchman Nee, observa que les livres de Nee : « [Le pouvoir latent de l’âme] et [l’Homme spirituel], nous enseignent une psychanalyse gnostique. »[1]

Beaucoup de chrétiens ont entendu parler de Watchman Nee. Son livre [Etre assis, marcher, tenir ferme] semble effectivement être une belle présentation d’Ephésiens. À un moment donné, l’opinion dominante fut que Watchman Nee était un martyr de la foi, quelque chose comme un Etienne du vingtième siècle, pour avoir été tué dans une prison chinoise. Ce seul fait donne à penser à certains qu’il était bien ce type de personne.

En 1984, Warren Wiersbe a déclaré : « Je ne doute pas que Watchman Nee ait pu avoir des faiblesses dans certaines domaines. Je crains que nous les ayons tous, que nous les reconnaissions ou non. Je réalise, cependant, que Watchman Nee était l’un des géants de la foi. »[2]

Toutefois, il y a faiblesses et faiblesses. Des faiblesses dans des domaines critiques peuvent paralyser. Le mot faiblesse peut être utilisé pour passer sous silence des problèmes sérieux ou justifier la promotion d’un enseignant douteux.

TOUT NE BRILLE PAS

Les critiques de 1984 n’étaient pas toutes aussi éclatantes que celles de Wiersbe. Un rapport parvint de Chine continentale disant que les églises s’étaient divisées et avaient rejoint l’assemblée de Nee, croyant que c’était la seule façon de plaire à Dieu. Beaucoup en Chine ne le considéraient pas comme « un des géants de la foi », mais comme étant sectaire et rigide.

Le rapport déclarait que les premiers efforts de Nee ressemblaient à une véritable œuvre de Dieu :

« Plus tard, cependant, il vit arriver la fierté, avec une dénonciation sévère des églises confessionnelles et un autoritarisme malsain. »[3]

Un peu plus tard, cet écrivain remarqua que les personnes qui étaient vraiment séduites par les enseignements de Nee étaient très arrogantes et insistantes sur le fait qu’il représentait le dernier mot sur tout. Ces disciples posèrent d’autres questions simplement pour voir comment les réponses s’agenceraient aux enseignements de Nee. Ces personnes semblaient également déséquilibrées et tendaient vers une position mystique et élitiste. Mais ces faits ont été écartés et considérés comme limités à quelques personnes déséquilibrées qui avaient poussé les écrits de Nee trop loin ou étaient décentrées.

D’autres recherches sur les enseignements de Nee ont surpris. Cela a donné lieu à un bref article intitulé Watching Out For Watchman Nee, publié dans le bulletin de PFO il y a près de vingt ans. Depuis lors, l’influence des enseignements de Nee a grandi. Un regard plus profond et plus étendu sur cette icône religieuse et héros présumé de la foi semblait nécessaire. Personne ne souhaite être trop critique à l’égard d’un géant ayant quelques défauts à moins que la catégorisation de géant elle-même ne soit imparfaite.

UN NIVEAU SUPERIEUR

Les disciples enthousiastes de Nee sont les plus pauvres promoteurs de ses enseignements. Leur mentalité peut être sectaire. Juger Nee revient à être jugé par ses disciples comme injustement critique. Les disciples ardents de Nee affichent souvent une ou plusieurs des caractéristiques suivantes :

  1. Ils supposent souvent que tout, y compris la Bible, est jugé par les écrits de Nee. Ils semblent ne pas savoir qu’ils citent ce que Nee dit de ce que la Bible dit. Cet état d’esprit peut ne pas caractériser tous les dévots de Nee, mais il est répandu chez beaucoup d’entre eux. Ceux qui ne sont pas d’accord avec Nee peuvent être considérés comme sous-spirituels ou comme des nains défiant un géant. Des églises entières ont été sommairement jugées avec les enseignements de Nee pris comme critère ultime.
  2. Quand les déclarations claires de Nee pointent vers l’erreur ou même l’hérésie, les disciples de Nee disent à ceux qui expriment le doute qu’ils ne comprennent pas Nee. Invoquer une interprétation plus claire est futile.
  3. Les partisans de Nee disent que ses écrits doivent être traduits du chinois et ne peuvent donc pas être rendus précisément en anglais. Si cela est vrai, personne ne peut savoir avec certitude ce qu’il a écrit.

Les livres de Nee nous viennent d’un certain nombre de sources, y compris les livres qu’il a lui-même écrits, ses articles, les éditoriaux de ses magazines et les sténographies en anglais et en mandarin prises lors de ses conférences. Ces écrits reflètent chronologiquement son évolution et le développement de son point de vue provenant d’une poignée d’enseignants qui l’ont initié à leurs concepts extrêmes. Ceux-ci devenaient tour à tour les points sur lesquels Nee insistait. Très peu de son travail peut être considéré comme une exégèse biblique.

Parce que beaucoup de livres sont vendus comme des écrits de Nee et qu’il n’y a pas de mises en garde, d’encadré, ou de dispositifs de correction et de critique, nous avons ces traductions comme seule base. Les erreurs doctrinales de Nee ne peuvent pas être imputées aux éditeurs ou journaux parce que les erreurs doctrinales de Nee sont répétées dans différents livres et constituent un ensemble d’enseignements douteux.

  1. Il y a encore plus de confusion avec les disciples de Nee parce que Nee, comme presque tous les autres mystiques, confondait l’illumination avec la révélation. La révélation générale consiste en la manifestation de Dieu dans la création. La révélation spéciale consiste en la communication de Dieu directement à travers les prophètes, les apôtres, les anges et finalement dans et par Jésus-Christ. Ce sont des informations données directement par Dieu qui ne peuvent être connues autrement. Par inspiration, la révélation spéciale a été enregistrée dans la Bible pour toutes les générations.

Maintenant que le Saint-Esprit nous aide à comprendre la Bible, Il donne aux croyants l’illumination au sujet du texte. Parce que Nee appelle l’illumination « révélation », ses disciples sont trompés et trompent lorsqu’ils parlent de leurs dernières révélations. Cette confusion est enseignée par Nee dans son livre, The Ministry of God’s Word :

« Par révélation, nous voulons dire qu’aujourd’hui Dieu souffle à nouveau sur sa parole, le Saint-Esprit me donne la lumière; l’onction du Saint-Esprit est sur cette parole afin que je voie de nouveau ce que Paul a vu en son temps. »[4]

Techniquement, Nee n’avait ni n’offrait une théologie systématique. Ses enseignements sont dispersés dans près de 100 livres, ce qui rend difficile la classification et la systématisation de ses opinions. Living Stream Ministry a rassemblé et publié The Collected Works of Watchman Nee en 62 volumes, qui comprennent des documents non traduits ou publiés précédemment.

L’HISTOIRE DE NEE

Watchman Nee fut un collectionneur d’idées religieuses qui tenta de construire un système cohérent à partir d’un méli-mélo d’idées théologiques extrêmes et caractérisées. Il obtint une mixture des idées dominantes du début du XXe siècle, basée sur les vues de quatre enseignants distincts. Nee emprunta abondamment et sans critique tout en donnant l’apparence d’avoir une connaissance unique des choses spirituelles.

Se basant sur Luc 12:32, il appela son mouvement le « Petit troupeau ». Il fut formé dans le Foukien au début des années 1920. [5] Le mouvement du Petit troupeau perturba et divisa les églises en Chine.

Nee croyait que la vérité de l’Église primitive avait été perdue et devait être retrouvée. Il voyait une partie de cette restauration s’être produire à travers les mystiques du Moyen Age. Un schéma historique, fourni par un chercheur, synthétise cette pensée :

« La restauration du Seigneur débuta quand le Seigneur suscita Martin Luther et les réformateurs, et continua par le rétablissement des vérités bibliques perdues au travers d’autres personnes telles que Madame Guyon, le père Fénelon, frère Lawrence, le comte Zinzendorf, les Frères moraves, John Darby, les Frères, Watchman Nee et aujourd’hui avec frère Witness Lee. Des conflits doctrinaux ont surgi entre Lee et d’autres dirigeants et membres du mouvement existant. La controverse a provoqué une scission du mouvement. »[6]

En d’autres termes, Nee s’ouvrit aux concepts mystiques et gnostiques. Nee mêla et fusionna les idées du camp réformé, la pensée mystique, les idées dispensationalistes et le catholicisme romain. Nee semblait trouver très peu d’idées originales tout en avançant ces idées empruntées avec un langage immodéré. Une de ces idées marginales a été dénoncée par Dave Hunt. Dans une analyse du livre de Nee de 1933, The Latent Power of the Soul, Hunt écrit :

« Son principe de base (tout comme l’enseignement de Benny Hinn) est qu’Adam était un surhomme avec des capacités au moins « un million de fois » plus grandes que les nôtres (p. 15) et « possédait une capacité cachée qui lui permettait de devenir comme Dieu. Il était déjà comme lui en apparence extérieure. » »[7]

Ce type de déclarations de Nee pourrait sembler insignifiant et même stupide pour certains, mais il est dangereux de parler d’Adam comme étant Dieu extérieurement et intérieurement sans, tout au moins, donner une explication rigoureuse et prudente. Adam, à bien des égards, était effectivement aussi différent de Dieu qu’une chose puisse l’être. Mais il y a bien plus à dire sur Nee qu’au sujet de quelques idées religieuses maladroitement énoncées sur Adam. Nous devons revenir à sa formation lors de ses débuts.

Les pentecôtistes, les groupes de sainteté et même les évangéliques font appel à Nee. Malheureusement, quelqu’un d’aussi prestigieux et orthodoxe qu’Adrian Rogers, ancien président de la Convention des baptistes du sud, a écrit dans son dernier livre, Kingdom Authority, qu’il affirmait avoir appris les principes énoncés dans son nouveau livre de Spiritual Authority de Nee. Rogers avança l’idée souvent rapportée que Nee « a été emprisonné pour sa foi pendant 20 ans. »[8] Certains sont allés jusqu’à décrire les écrits de Nee comme « de nouvelles lumières » pour « le ministère des temps de la fin ».[9]

En 1980, le livre de Dana Roberts Understanding Watchman Nee a été publié par Haven Press, une division de Logos International. Ce fut le premier travail de référence sur Nee et ses écrits. Cependant, parce que Haven Press était une petite société qui cessa finalement de publier, le livre de Roberts est tombé dans l’oubli. Bien que Roberts ne critiqua pas Nee sur chaque point, il était objectif et entièrement honnête là où il devait l’être.

Roberts donne les détails de la naissance de Nee et du choix de son nom par sa mère :

« […] Huo-Ping promit que si le Seigneur lui donnait un garçon, elle le lui consacrerait à Son service. Le 4 novembre 1903, à Shantou, naquit un enfant de sexe masculin, Nee Shu-tsu. Son prénom signifie « celui qui proclame les mérites de ses ancêtres ». Des années plus tard, après que la vocation du garçon soit devenue plus évidente, elle proposa un nouveau nom, To-sheng, « le son du gong ». Le nom rappellerait à la fois à la mère et au fils qu’il serait un « sonneur d’alarme » (ou un gardien [watchman]) qui conduirait le peuple de Dieu à le servir. »[10]

Nee fut moulé dans ses premiers jours par les enseignements et les idées de trois femmes d’influence. Il fréquenta l’école biblique de Mlle Dora Yu, où il devint insatisfait de sa vie chrétienne et de sa croissance. Yu l’encouragea à se soumettre à la tutelle de Mlle M. E. Barber, une enseignante de la vie supérieure [higher-life] de Keswick.[11] Avec l’aide de Barber, Nee expérimenta ce qu’il appelait le baptême du Saint-Esprit et suivit les principes de vie victorieuse de Barber.[12]

Grâce aux encouragements de Barber, l’esprit de Nee fut profondément façonné et influencé par Jessie Penn-Lewis, une mystique excessivement préoccupée par les démons. Penn-Lewis divisait l’âme et l’esprit si radicalement qu’elle finit par être dominée par des luttes psychiques qui la sortirent du domaine de la réalité. Elle fut à la base de la formulation des idées de Nee sur les luttes anthropologiques et de sanctification. Penn-Lewis croyait et enseignait que les chrétiens pouvaient être habités par des démons.[13] Nee adopta aussi cet enseignement non biblique.[14]

Barber présenta aussi à Nee la théorie d’un enlèvement partiel. Ce point de vue, encore tenu par de nombreux pentecôtistes, donnent aux croyants charnels et non sanctifiés une sorte de purgatoire protestant dans lequel ils souffriront les horreurs de la tribulation de sorte à être purifiés et rendus prêts pour le Royaume. Cet enseignement provint des étagères de Barber à travers les écrits de Robert Govett. The Apocalypse Expounded de Govett a spécialement influencé Nee. Nee enseigna deux niveaux de chrétiens : Les vainqueurs et les « Chrétiens vivant dans le péché ayant des œuvres qui doivent être affinées à travers une période de punition limitée. »[15] La division charnelle / spirituelle des chrétiens s’est poursuivie dans les conceptions prophétiques de Nee.

ÉGLISE OU ÉGLISES ?

Les idées de Nee sur l’ecclésiologie (doctrine de l’église) proviennent presque entièrement de la somme des écrits de J. Nelson Darby et des Frères de Plymouth. Comme les premiers Frères, Nee s’empressa de dénoncer « le péché des dénominations ».[16] Pourtant, malgré son mépris, de nombreuses dénominations l’apprécient. Beaucoup de Frères de Plymouth établissent une communion à travers les limites des dénominations. La forte réaction de Darby à la fois à l’égard de la dénomination anglicane et du catholicisme romain le conduisit à utiliser des généralisations immodérées et radicales concernant toutes les églises.

Il est donc clair que la formation de Nee a eu lieu dans le terreau des enseignements des Frères et de Keswick, bien qu’il considéra aussi d’autres enseignants de cette époque. Nee adopta quelques-uns des concepts de l’enseignement de Keswick d’alors, car il prenait souvent des décisions sur la base d’incitations et de directives intérieures et sur ce qu’il déterminait subjectivement être les voies de Dieu. Sa déclaration bien connue à ce sujet fut : « Les voies de Dieu pour nous ne sont pas connues par des indications externes mais par une écoute interne. »[17] Il est évident que Nee se retrouva coincé dans les théories et la théologie de la fin des années 1800. Il est en tous points un produit de son temps et ses écrits sont un miroir de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

En 1935, Nee fut sous l’influence et l’instruction d’une pentecôtiste nommée Elizabeth Fischbacher, qui lui présenta le parler en langues. Bien que Nee n’ait jamais parlé en langues, il ne considérait pas la pratique comme non biblique. Dans certains écrits, il mit en garde contre les fausses langues ou langues de la psyché humaine et du pouvoir de l’âme.

MARTYR OU ADMINISTRATEUR ?

La question de savoir si Nee était un martyr de la foi doit être soulevée. Au début de son ministère avec le « Petit troupeau », Nee montra un mode de vie humble alors que lui et son église se séparaient des affaires et du commerce. Nee s’opposait à obtenir un salaire et à tout système de richesse manifesté dans tant de dénominations et de missions catholiques et protestantes.[18] Il pensait que les travailleurs au service de l’église pouvaient travailler d’autre part uniquement dans des circonstances spécifiques, mais voyait en la confiance en Dieu la méthode idéale de soutien financier.

Cependant, quelque chose changea puisqu’un rapport signale que « Nee [fut] impliqué dans [une] entreprise pharmaceutique et fut critiqué pour s’être retiré du travail chrétien à temps plein ».[19] Nee quitta le ministère à plein temps pendant plusieurs années.

On peut spéculer sur les raisons pour lesquelles Nee décida en 1942 d’accepter une invitation à travailler dans l’administration de l’usine chimique de son frère George. Les problèmes d’échanges commerciaux de la Chine à cette époque, ainsi que la baisse des finances, ont dû jouer un rôle important.

Finalement, alors que l’usine était dirigée par l’église et les postes occupés par les membres du Petit troupeau, les autorités communistes se fâchèrent contre le mercantilisme. Selon une source, « Nee réussit plus tard dans les affaires, mais il transmit sa réussite à son église. »[20]

Pendant ce temps, Nee changea beaucoup de ses principes et enseignements antérieurs. Cela conduisit à la désaffection des personnes rivales concernant le statut lié à l’activité salariale.[21]

Mao Tsé-Toung déclara et établit la république populaire de Chine le 1er octobre 1949, et Nee et son Petit troupeau en possession d’une usine furent considérés comme des impérialistes et propriétaires qui durent être confrontés et arrêtés. Le 10 avril 1952, Nee fut arrêté, emprisonné et accusé de corruption. Donc, techniquement, il alla en prison, non pas pour l’Évangile, mais pour avoir été propriétaire d’une entreprise et avoir de la richesse. Ses biographes disent qu’il a essayé à la dernière minute de dissocier les assemblées des affaires, mais il était trop tard.

Une autre brève biographie confirme ce scénario :

« Cette entreprise lui causa beaucoup de souffrance parce que ses collègues avaient mal compris ses intentions; cela entraîna le retrait de Nee du ministère actif pendant plusieurs années. Plus tard, cela fournit une excuse pour son arrestation par les communistes. »[22]

Le biographe de Nee, Angus Kinnear, explique les détails de l’arrestation :

« Dans sa cinquantième année, il fut arrêté en Mandchourie par le département de la sécurité publique le 10 avril 1952 et dès la première investigation, soit à Harbin ou à Pékin, il fut accusé de « tigre » capitaliste sans loi qui avait commis tous les cinq crimes spécifiés dans la campagne des cinq-anti contre les pratiques commerciales corrompues. Il fut averti que l’entreprise Sheng Hua serait tenue de payer une amende de 17200 millions de yuans en ancienne monnaie (équivalant à 1½ million de dollars américains). Il n’accepta pas cette accusation injuste et il n’eut pas non plus les fonds pour payer une telle amende. Il resta donc en prison et l’entreprise fut confisquée par l’Etat. »[23]

On peut faire valoir que Nee aurait finalement été arrêté de toute façon parce qu’il était un responsable chrétien, mais personne ne le sait avec certitude. Kinnear documente également le fait que plusieurs du Petit troupeau firent défection et rejoignirent le Mouvement des trois autonomies, une organisation politico-religieuse pro-état.[24] La répression ultérieure par le gouvernement réduisit encore plus les effectifs du Petit troupeau. En 1967, après que Nee ait purgé 15 ans, toutes les églises étaient fermées.

Le Mouvement des trois autonomies fut soumis au contrôle de l’état, à la dépendance financière à l’égard de l’état et la propagation des diverses lignes de conduite politique de l’état.[25]

Nul ne suggère que la vie en prison ne soit pas austère ou rigoureuse, mais contrairement à tous les rapports de souffrance extrême, de mutilation ou de torture, Roberts raconte qu’en prison, « Nee reçu un régime alimentaire suffisant pour servir l’état en tant que traducteur de périodiques anglais dans le domaine de la chimie.[26] Kinnear rapporte que lorsqu’il souffrait de problèmes coronariens, il était dégagé du travail manuel et que des médicaments appropriés étaient achetés à une pharmacie et lui étaient administrés.[27] Le 1er juin 1972, à l’âge de 68 ans, Nee mourut.[28]

HERESIES DE NEE

Avec une si grande révérence de ses dévots envers Nee, une accusation d’hérésie amène une hostilité naturelle. Par conséquent, une explication de l’utilisation du mot hérésie est appropriée. Cet article utilise hérésie dans son sens normalement défini et usuellement compris. Le mot grec hairesis est défini ainsi :

« désigne (le fait de) choisir, le choix (de haireomai, choisir); puis ce qui est choisi, et par conséquent, une opinion, spécialement une opinion volontaire, qui se présente en se substituant au pouvoir de la vérité et qui conduit à la division et à la formation des sectes. »[29]

Il est clair que dans de nombreux domaines, Nee a choisi de s’éloigner des enseignements clairs de l’Écriture et a imposé ses opinions et ses interprétations artificielles sur certaines parties de la Bible, conduisant à un élitisme et un sectarisme parmi ses disciples. Nee lui-même a prévenu que « l’histoire est parsemée d’innombrables cas de saints sanctifiés qui propagèrent des hérésies! »[30]

Nee enseigna que la croissance spirituelle, ou sanctification, est réduite à une lutte interne et agonisante entre l’âme et l’esprit. L’Ecriture est claire : notre lutte est une bataille sur trois fronts : le monde, la chair et le diable. Nee créa par erreur une dichotomie nette entre l’âme et l’esprit. Cette fausse division imprègne la plupart de ses écrits.

La lutte interne est contre notre nature de péché, nos pulsions basales et nos désirs pécheurs. Cela en soi est déjà suffisamment difficile à gérer pour s’empêtrer en plus dans une campagne théorique et mystique visant à séparer l’âme de l’esprit. La dichotomie de Nee était artificielle. Bibliquement parlant, ces deux mots peuvent être interchangeables.[31] Nee promu le concept du fait que l’âme est toujours la partie mauvaise que nous devons rejeter. Cependant, ceci est également non biblique. David parla de Dieu qui restaurait son âme en Psaume 23:3; de son âme assoiffée et espérant en Dieu en Psaume 42:2, 5; et du confort de Dieu qui ravit son âme en Psaume 94:19. Le point de vue de Nee était vraiment plus lié à la métaphysique qu’à la bonne exégèse. Jésus parla d’aimer Dieu « de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée » (Matthieu 22:37). Nee fabriqua le concept d’un esprit pris au piège dans l’âme et ayant à s’en libérer.

TOURNER EN ROND ET ROND ET ROND

Nee ne voyait pas la sanctification comme un changement de caractère pratique en accord avec la Parole et motivé par la grâce et le Saint-Esprit mais plutôt comme la soumission subjective de son être intérieur tout en luttant pour réaliser le « brisement » et la « libération de l’esprit ». Nee déclare que « toute excitation, zèle et plaidoyer sérieux sont vains. »[32] Pour être utile ou bénir quelqu’un d’autre, il faut qu’il y ait un « brisement », dit Nee. D’une manière ou d’une autre, l’esprit doit s’échapper de l’âme et du corps d’une manière significative.

Le brisement n’est pas seulement la repentance ou être brisé par le péché. Ce ne sont pas non plus les souffrances attendues qui nous conduisent à genoux tout au long de la vie. Ce ne sont pas seulement les expériences difficiles auxquelles nous sommes confrontés. Comment, en utilisant la description de Nee, « briser notre vase d’albâtre »?[33] Nee proposa que cela passe par la destruction de « nos opinions, nos méthodes, notre sagesse, notre amour-propre et notre tout».[34] Notre sagesse et notre amour-propre peuvent être un problème pour nous et doivent être traités bibliquement, mais ne pas avoir d’opinion et remettre en question toutes nos méthodes (même les bonnes) pourraient réduire l’individu à une confusion introspective.

Ranald Macaulay et Jerram Barrs expriment leur objection :

« L’accent de Nee sur le fait de ne pas avoir confiance en ses propres idées est excellent, mais il nous semble qu’il va plus loin que cela en suggérant que la doctrine et son exposé ne sont pas utiles même s’ils semblent utiles. Il est, nous le suggérons, obligé de parvenir à une telle conclusion parce que sa vision de soi est excessivement négative et parce qu’il voit le Saint-Esprit ne travaillant que dans l’esprit et non dans l’expérience entière du croyant. »[35]

Nee nous offre une prière cruciale de consécration pour « notre brisement »[36], mais ce n’est qu’un début. Plus tard, il la reprend en écrivant : « C’est selon Sa loi d’accomplir un brisement et une libération en nous; »[37] Nee est ici clairement mystique et dit que le brisement peut venir par révélation directe en le sollicitant : « Puisse-t-il nous révéler vraiment ce que l’on entend par la destruction de l’homme extérieur ».[38] Nee poursuit en disant que nous ne pouvons pas servir efficacement sans ce brisement. Plus loin, sa formule est que « Dieu veut diviser notre esprit et notre âme. […] Comme il est rare aujourd’hui de trouver un esprit pur. »[39] Ceci est juste un petit échantillon montrant combien Nee peut être obscur, métaphysique et confus.

En fin de compte, le brisement semble être une expérience de communion avec Dieu sans médiation ni trouble. La formule quelque peu gnostique de Nee est :

« L’HOMME EXTERIEUR EST BRISÉ PAR LA DISCIPLINE DU SAINT-ESPRIT; IL EST SÉPARÉ DE L’HOMME INTÉRIEUR PAR LA RÉVÉLATION DU SAINT-ESPRIT. »[40]

UN CHATEAU DE CARTES

Nee basa toute sa vision anthropologique / psychologique de l’homme sur son usage erroné d’Hébreux 4:12, qui stipule : « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante que toute épée à deux tranchants, pénétrante jusqu’à séparer âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du coeur.»

Le livre de Nee, The Release of the Spirit, est basé sur sa mauvaise compréhension du passage des Hébreux comme il l’énonce :

« […] que la capacité d’utiliser notre esprit dépend du double travail de Dieu : le brisement de l’homme extérieur et la division de l’esprit et de l’âme, c’est-à-dire la séparation de notre homme intérieur de l’extérieur. C’est seulement après que Dieu aura accompli ces deux processus dans nos vies que nous pourrons utiliser notre esprit. »[41]

Notez ses paroles : « la division de l’esprit et de l’âme », après lesquelles il fait référence à Hébreux 4:12. Nee continue en disant que « notre esprit et notre âme sont divisés» et ensuite parle de Dieu disant que Sa Parole « est capable de diviser l’âme et l’esprit. »[42]

Nee lit le verset comme s’il signifiait que Dieu divise deux choses, l’âme de l’esprit et les jointures de la moelle. Ce fut là son erreur cruciale. Sa prémisse, après examen, s’effondre puisqu’il n’y a pas de moelle dans les jointures, mais il y en a dans les os. Ce que Nee manqua, c’est le sens ordinaire du mot « et ». Hébreux 4:12 utilise quatre éléments distincts pour déclarer ce que Dieu peut diviser. Il peut diviser une âme aussi bien qu’un esprit, et les jointures aussi bien que la moelle. L’idée étant que Dieu peut diviser ce qu’aucune épée humaine ne pourra jamais diviser, aussi fin cela soit. La Parole de Dieu est plus tranchante que l’épée la plus tranchante de la terre et peut trancher dans les zones de notre être intérieur comme rien d’autre ne pourrait le faire.

F. F. Bruce était un professeur de critique et d’exégèse biblique de Rylands à l’université de Manchester. Il dit que la division de l’âme, de l’esprit, des jointures et des moelles :

« […] doivent être comprises comme une « accumulation rhétorique de termes pour exprimer l’entière nature psychique de l’homme à tout point de vue »; ainsi A. B. Davidson, qui souligne en outre que puisque « l’idée de diviser l’âme et l’esprit suggère la division d’un corps en ses membres, ainsi les jointures et la moelle leurs sont associées, exprimant les articulations subtiles de l’être spirituel et de la nature intérieure et de la substance de celui-ci ». Il serait en effet précaire de tirer des conclusions de ces mots sur la psychologie de notre auteur, et il n’est pas nécessaire de les comprendre au sens de la distinction paulinienne entre âme et esprit. Que la Parole de Dieu sonde les replis les plus intimes de notre être spirituel et mette en lumière ses motifs subconscients, est ce qui est signifié; nous pourrions comparer le langage de Paul au sujet du jour à venir où le Seigneur « mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et il dévoilera les intentions des coeurs. » (I Cor 4:5). Il n’est donc pas surprenant qu’une fonction judiciaire soit ici attribuée à la parole de Dieu. Elle « discrimine les pensées et les intentions du cœur. » »[43]

L’objectif d’Hébreux 4:12 n’est pas la psychologie de l’homme, mais la puissance de la Parole. Jerry Vines est en accord :

« La Bible explore nos vies […] Elle pénètre au plus profond de nos expériences. La Parole de Dieu atteint des zones qu’aucun être humain n’est capable de voir. Elle passe sous nos peaux. La Bible divise l’âme et l’esprit. Cela signifie qu’elle examine nos vies. […] D’autres personnes voient ce que nous faisons, mais la Parole de Dieu examine pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Elle traite non seulement de nos pensées, mais aussi des intentions derrière les pensées. […] La Bible expose aussi nos vies. »[44]

Jay Adams croit que les gens sont parfois induits en erreur à cause de légères inexactitudes dans la version King James de la Bible et déclare :

« L’idée n’est pas que l’âme soit séparée de l’esprit, ou les jointures de la moelle. Mais ce qui est dit plutôt est que la Parole de Dieu sépare l’esprit et aussi l’âme, les articulations et aussi la moelle. Beaucoup de gens qui ne comprennent pas se sont toujours demandés pourquoi les articulations devraient être séparées de la moelle alors qu’ils ne sont pas en étroite contiguïté. Le mot entre a été importé dans notre réflexion sur ce passage […] L’idée réelle est que la Parole de Dieu pénètre suffisamment profondément dans l’entité la plus secrète de l’homme pour ouvrir et dévoiler ses désirs et ses pensées. »[45]

Dana Roberts pointe le vrai problème de Nee :

« Les églises locales l’avaient investi d’un travail de métaphysicien, et, en utilisant les outils historiques de l’Écriture « inspirée » en conjonction avec la révélation personnelle, Nee se sentait suffisamment confiant dans sa position pour proposer une carte métaphysique et pratique de l’âme et de l’esprit. »[46]

Tout au moins, Nee était peu clair, contradictoire et fallacieux. L’enseignement du brisement est un exemple des extrêmes mystiques et flous qui marquent tout le long des enseignements de Nee.

On peut facilement faire ce jugement, même s’il faut être considéré comme non-spirituel par les disciples de Nee.

UNE RÉVÉLATION

Peut-être bien que Nee se rendit compte que ses lecteurs étaient mentalement épuisés par sa gymnastique verbale quand il écrivit :

« […] il est extrêmement difficile d’expliquer cette question de diviser le naturel du spirituel, l’extérieur de l’intérieur. C’est seulement du fait qu’il y a révélation que le problème est résolu. Chaque fois que vous êtes en mesure de discerner les pensées et les intentions de votre cœur, vous pouvez être sûr que votre âme et votre esprit sont divisés. »[47]

En fin de compte, il s’agit là de quelque chose de surnaturellement révélé et découvert à l’intérieur du croyant. Tout comme avec le mormonisme, cela passe par une assurance intérieure. Le problème est que si nous ne sommes pas tout à fait sûr de ce qu’il s’agit, nous ne pouvons pas être sûrs que nous l’avons.

DEVENIR SEIGNEUR JÉSUS

Un autre aspect troublant de l’enseignement de Nee est sa vision de Jésus. Il traite incorrectement de plus d’un des aspects de la personne du Christ. Une christologie erronée n’est pas une mince affaire. Depuis les débuts de l’Église, il y a eu des conflits à cause d’attaques au sujet de qui était Jésus, ainsi que sur son oeuvre terrestre. Un écrivain suggère que la question de savoir qui est Jésus est extrêmement importante :

« C’est la question la plus importante à laquelle une personne pourrait être confrontée. Les joies les plus profondes que nous connaîtrons dans cette vie et notre espoir même de vie éternelle dépendent de la réponse appropriée à cette question. Parce que cela est vrai, nous pouvons être sûrs que l’activité principale de Satan sera d’obscurcir autant que possible la vraie nature de la personne de notre Sauveur béni, le Seigneur Jésus. »[48]

L’hérésie commence rarement par un brusque demi-tour, mais plutôt par un léger virage. Nee enseigna clairement que Jésus n’a pas toujours été intrinsèquement Seigneur. La Seigneurie fut quelque chose que le Christ dut gagner ou mériter. Nee l’a exprimé de cette façon :

« En ce qui concerne la Divinité, le Fils et le Père sont égaux; mais en tant que Seigneur, Il l’est par la récompense de Dieu. Le Seigneur Jésus-Christ fut fait Seigneur seulement après s’être dépossédé de Lui-même. Sa divinité dérive de qui Il est, car être Dieu est sa nature inhérente. Sa Seigneurie, par contre, vient de ce qu’il fit. Il fut exalté et récompensé par Dieu pour devenir Seigneur seulement après qu’il abandonna sa gloire et après avoir maintenu un rôle parfait dans l’obéissance. En ce qui concerne Lui-même, Il est Dieu; en ce qui concerne la récompense, Il est Seigneur. Sa Seigneurie n’existait pas originellement dans la Divinité. »[49]

C’est un paragraphe choquant. Nee dit que Christ a dû travailler pour Sa Seigneurie. Il suggéra que quelque chose fut ajouté à la Divinité qui n’était pas déjà là. Cela sape la Seigneurie éternelle de Christ, et les doctrines de la Trinité et la nature de Dieu. La seigneurie vient du mot grec kurios et signifie pouvoir et autorité (en tant qu’adjectif) et peut être traduit par Maître, propriétaire et Seigneur (en tant que nom). C’est l’équivalent (lorsqu’il est utilisé pour Jésus) des noms de l’Ancien Testament Yahweh et Adonaï. Le Seigneur Jésus n’a pas eu à attendre d’être exalté pour devenir Seigneur, mais il a été appelé Seigneur tout au long de son ministère terrestre. Bien que sa pleine signification n’ait été réalisée qu’après la résurrection (Actes 2:36), Il a été appelé Seigneur à la naissance (Luc 2:11) et même dans Son existence pré-incarnée (Psaume 110:1). Jésus lui-même affirma que même David appela le Messie son Seigneur (Matthieu 22:42-45). Le Messie était à la fois fils de David et Seigneur de David.

Nee ne compris pas que nous ne pouvons jamais déconnecter la divinité du Christ de Sa Seigneurie. Jésus est une divinité éternelle. Il doit donc être le Seigneur éternel, comme l’affirme un écrivain :

« Jésus-Christ, par conséquent, est le Seigneur des chrétiens dans le même sens que Jéhovah était le Seigneur des Hébreux. L’usage auquel il est fait allusion est tout à fait particulier; aucun homme – ni Moïse, ni Abraham, ni David, ni aucun des prophètes ou des apôtres, n’est jamais ainsi appelé de manière prédominante ou invoqué en tant que Seigneur. Nous n’avons qu’un seul Seigneur; et Jésus-Christ est le Seigneur. […] Chaque croyant sait dans quel sens il appelle Jésus Seigneur […] Il sait que c’est à partir du Nouveau Testament qu’il a appris à adorer le Christ en l’appelant Seigneur. »[50]

Dire que Jésus manquait de quelque chose, ou qu’Il devint ce qu’Il n’était pas déjà, ou que la Divinité eut quelque chose à ajouter en chemin, est une altération totale. Probablement ne le réalisant pas, Nee a mis en avant une forme de théisme ouvert (ou théologie ouverte). Si les disciples de Nee veulent argumenter en faveur de la position de Nee et accepter un Christ limité et diminué ou même un Christ en développement, c’est à eux de décider. S’accrocher à Nee et à ses enseignements ne donne pas le choix.

La nature exacte de l’union de la divinité du Christ et de l’humanité nous pousse à une étude dans laquelle nous devons marcher sur une ligne étroite. Des explications et des directives bibliques utiles peuvent être trouvées dans la plupart des théologies systématiques ou dans des livres comme Thiessen’s Introductory Lectures in Systematic Theology.[51]

Bien que personne ne puisse donner une analyse psychologique précise ou une explication détaillée de la personnalité du Christ et de l’union de Ses deux natures en une seule personne, il y a des choses évidentes dans l’Écriture qui peuvent nous empêcher de commettre des erreurs. Hébreux 13:8 est clair : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et pour l’éternité. » Il était pleinement Seigneur dans le passé, il est Seigneur dans le présent et restera toujours Seigneur dans le futur.

Nee a ensuite promu un scénario incroyable en suggérant que Jésus ait pu monter au ciel dépourvu de sa gloire :

« Il a bravé le péril possible de ne pas pouvoir revenir avec gloire. S’il était devenu désobéissant sur la terre en tant qu’homme, il aurait toujours pu reprendre sa place dans la Divinité en affirmant son autorité originelle; mais si cela avait été le cas, il aurait brisé à jamais le principe de l’obéissance. »[52]

Il est difficile de comprendre pourquoi Nee n’a pas compris qu’un Jésus « désobéissant » aurait été un pécheur. Un pécheur ne peut pas être un Sauveur.

Encore pire est l’utilisation des mots « reprendre sa place dans la Divinité. » Ici Nee plaide pour la possibilité d’un moment où Jésus aurait été exclu de la Divinité, diminuant ainsi à nouveau Sa divinité et la nature très manifeste de la Trinité. Il semble que Nee ait confondu « gloire » avec « Seigneurie » et « Divinité » et utilisait la « gloire » comme si c’était l’un des autres mots. La « gloire », qui est la doxa en grec, est utilisée pour « l’honneur », dans les moments où la nature de Dieu et ses actes se manifestent dans la personne et l’œuvre du Christ et dans la puissance de Dieu. Il est même utilisé pour l’avenir du croyant.[53]

Il est difficile de comprendre dans quel sens Nee utilisait le mot gloire, et encore moins qu’il ait pu avancer que Christ aurait pu retourner au ciel sans elle. Jean 17:4, 5 et 22 parlent contre l’idée de Nee, à savoir d’un Jésus-Christ sans sa gloire. Vine nous informe que « Quand doxazo est associée au Christ […], cela signifie que sa gloire innée est mise en lumière, est rendue manifeste. »[54] La gloire de Christ innée ne peut jamais être confisquée ou enlevée, mais être manifestée ou non.

John MacArthur souligne pourquoi nous ne pourrions même pas suggérer que Christ puisse être dépouillé de sa gloire :

« Croire en Dieu signifie que nous reconnaissons sa gloire, qui est la somme de tous ses attributs et de la plénitude de toute Sa majesté. »[55]

JESUS ​​AURAIT-IL PU PECHER?

L’autre question soulevée est celle de savoir si Jésus pouvait pécher ou être désobéissant.

Des théologiens respectés insistent sur le fait que Jésus était impeccable, c’est-à-dire qu’il ne pouvait pas avoir péché :

« La divinité du Christ a annulé toute susceptibilité au péché qui aurait pu être dans la nature humaine. La divinité du Christ l’empêchait de pécher en tant que personne. Ainsi, en tant que personne, Jésus-Christ n’était pas susceptible de pécher. […] Le fait même qu’il était certain que les décrets souverains de Dieu seraient accomplis exigeait l’impossibilité que Christ ne pèche. »[56]

Le regretté John F. Walvoord a conclu :

« Dans la personne de Christ, cependant, la volonté humaine était toujours soumise à la volonté divine et ne pouvait jamais agir indépendamment. Dans la mesure où tous conviennent que la volonté divine de Dieu ne pouvait pécher, cette qualité devient alors la qualité de la personne et Christ devient impeccable. […] Le concept de peccabilité dans la personne de Christ est contredit principalement par les attributs de l’immutabilité, de l’omnipotence et de l’omniscience. Le fait de l’immuabilité de Christ est le premier facteur déterminant de Son impeccabilité. »[57]

Le professeur de théologie systématique, Bruce Demarest, résume ce propos :

« D’une manière mystérieuse, la nature divine de l’homme-Dieu protégea sa nature humaine contre la possibilité du péché. »[58]

Certains peuvent argumenter : « Qu’importe puisque de toute façon Jésus ne pécha pas et que tout fonctionna selon le plan et le but de Dieu finalement ? » Ce qui importe est que si nous adoptons cette approche de la Bible, cela démontre une négligence dans la manière avec laquelle nous traitons la vérité. Une biographie métamorphosée de Jésus en est une fausse.

On sait que Saddam Hussein a dit : « Ne me parlez pas de la loi. La loi est tout ce que j’écris sur un bout de papier. »[59] Nous devons faire très attention de ne pas prendre ce que n’importe qui écrit sur un papier et d’en faire notre loi. La Bible est notre seul guide sûr et cohérent.

MYSTIQUES ET FUSION

Le point de vue de Nee sur le Saint-Esprit est également troublant et révèle un pas mystique vers ce qu’on appelle la fusion ou le mélange. Les mystiques médiévaux, parfois, confondaient Dieu avec leur homme intérieur, croyant qu’il pouvait y avoir une fusion totale ou un mélange de Dieu avec leur esprit dans la mesure où leur identité était perdue dans la présence divine. Ceux-ci ont été appelés mystiques panthéistes. Nee semble avoir emprunté à la lignée évangélique des mystiques, ainsi qu’à la lignée panthéiste.[60]

Considérez certaines des déclarations de Nee concernant le Saint-Esprit :

« De toute la Bible, Romains huit peut bien être le chapitre où le mot « esprit » est utilisé le plus fréquemment. Qui peut discerner combien de fois le mot « esprit » dans ce chapitre se réfère à l’esprit humain et combien de fois à l’Esprit de Dieu ? »[61]

Ici, Nee obscurcit le problème en suggérant que personne ne peut savoir de quel esprit il est question dans Romains 8. Ce qu’il dit initialement ne parait pas forcément très problématique. Ce qu’il propose ensuite va bien au-delà et suggère une raison pour laquelle nous ne pourrions pas distinguer les « esprits » dans ce chapitre. En outre, plusieurs ne seraient pas d’accord avec sa prémisse initiale de toute façon, mais passons à sa conclusion.

Nee fait le lien avec sa théorie précédente :

« […] nous avons du mal à discerner lequel est le Saint-Esprit et lequel est notre propre esprit. Le Saint-Esprit et notre esprit sont devenus si mêlés; bien que chacun soit distinct, ils ne sont pas faciles à distinguer. »[62]

Le mot « mêler » signifie « mélanger », ainsi Nee suggère que nos esprits se mélangent avec le Saint-Esprit. Nous pouvons dire à ce stade qu’il a tort et même qu’il est confus, mais au moins il soutient que les deux esprits sont « distincts ». Cependant, Nee pousse plus loin son hypothèse :

« Puisque le Saint-Esprit et notre esprit sont unis en un seul, ils ne peuvent être distingués que par le nom et pas en fait. Et puisque la libération de l’un signifie la libération des deux, d’autres peuvent toucher le Saint-Esprit chaque fois qu’ils touchent notre esprit. Remerciez Dieu du fait que, dans la mesure où vous permettez aux gens de contacter votre esprit, vous leur permettez de contacter Dieu. Votre esprit a amené le Saint-Esprit à l’homme. Quand le Saint-Esprit travaille, il doit être porté par l’esprit humain. »[63]

Ici, Nee enseigne le mélange ou la fusion et est proche, voire enseigne complètement du panthéisme.

Macaulay et Barrs dénoncent cette faille :

« Il semble suggérer ici qu’il y ait une union d’être entre le Saint-Esprit et l’esprit de l’homme afin que les deux deviennent un seul être. Ceci est contraire à l’enseignement biblique selon lequel Dieu n’est jamais confondu avec l’homme. »[64]

PRIORITE AUX CHOSES SECONDAIRES

D’après Dave Breese, une autre marque d’un groupe sectaire ou aberrant est ce qu’il appelle « une attention biblique segmentée » ou une trop grande importance accordée à une partie de l’Écriture au détriment d’autres qui pourraient apporter de l’équilibre et de la modération. Si l’on met trop l’accent sur un domaine mineur ou discutable de la Bible, l’étrangeté et la division peuvent en résulter.[65]

Lorsqu’une insistance particulière sur certains points engendre qu’ils deviennent fondamentaux et définissent les doctrines régissant l’interaction des personnes, des hérésies et des divisions se produisent. Des structures organisationnelles asservissantes suivent fréquemment. Breese observe que :

« Les dispositions humaines, répondant aux parties de l’Ecriture auxquelles elles ont prêté une attention particulière, ont fait de cette chose amorphe appelée « christianisme » une mosaïque de groupes dépourvus d’affinité. »[66]

Nee était prêt à diviser sur la question de l’église locale. Dans son enseignement initial, il fut contre les dénominations et enseigna que les croyants devaient se rassembler dans une seule église en une localité donnée. La Bible ne commande ou ne condamne nulle part les noms des églises locales. Cela semble être sans importance pour Dieu sinon cela aurait sûrement été réglementé ou interdit. Puisque la Bible n’en fait pas un problème, ce n’est pas un problème.

Nee défendit sa version de l’église locale. Local peut signifier une ville, un arrondissement ou une grande ville. Donc, selon Nee, il ne devait y avoir qu’une seule église dans n’importe quelle localité. C’était un développement de l’enseignement des Frères de Plymouth qui conduisit au sectarisme. Dana Roberts écrit :

« Nee fustige les catholiques romains comme étant l’église de Thyatire, les protestants comme étant celle de Sardes et plusieurs des frères comme celle de Laodicée. Les arguments de Nee sont basés sur l’interprétation de l’histoire de l’église comme une restauration progressive des vérités originelles des églises d’Ephèse et de Smyrne. Alors que Nee regardait toujours les autres dénominations avec mépris, Nee apporte ici un jugement eschatologique sur chacune d’entre elles. »[67]

Parmi les églises mentionnées ci-dessus qui trouvent un encouragement en Nee, aucune ne doit savoir ce qu’il enseignait vraiment.

Plus tard, cependant, Nee reçu une « nouvelle lumière », qui est exprimée dans son livre Spiritual Authority. Il établit des centres régionaux au-dessus des églises locales en niant au moins partiellement l’autonomie de celles-ci. Nee, avec son point de vue sur l’église locale, a trop insisté sur une partie de l’Écriture tout en ignorant d’autres parties. L’apôtre Paul lui-même, en s’adressant à la localité et région de la Galatie, les a salué avec un : « aux églises de Galatie « (Galates 1:2).

DIRE ET SE CONTREDIRE

A la base, Nee fut l’enseignant principal dans un centre régional, formant périodiquement les ministères et les anciens. Il est effrayant de réaliser ce que Nee enseigna à propos de l’autorité absolue :

« Les gens vont peut-être argumenter : « Et si l’autorité se trompe ? » La réponse est : Si Dieu ose confier son autorité aux hommes, alors nous pouvons oser obéir. Que la personne en position d’autorité ait raison ou tort ne nous concerne pas, étant donné qu’elle-même est responsable devant Dieu. La personne appelée à obéir doit se contenter d’obéir; le Seigneur ne nous tiendra pas pour responsable d’avoir obéi à un ordre erroné, mais il tiendra plutôt l’autorité déléguée responsable de son action erronée. L’insubordination, cependant, est de la rébellion, et de ce fait, celui qui est sous l’autorité rendra pour cela des comptes à Dieu. »[68]

Nee n’aurait pas pu être plus incorrect. Dire « non » au péché ou à l’erreur, peu importe qui l’ordonne, n’est jamais un tort, toujours un bien. Ce n’est certainement pas de la rébellion. Un responsable guidant un disciple vers un enseignement non biblique a outre-passé son autorité biblique. Quand les apôtres reçurent l’ordre de faire quelque chose d’anti-scriptural, ils répondirent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » (Actes 5:29). L’autorité d’après le Nouveau Testament est une autorité emprunte d’un esprit de service. Un responsable serviteur ne demandera jamais rien qu’il ne ferait lui-même. La loyauté au point d’obéir au mal est une loyauté pervertie et une autre marque sectaire que Dave Breese appelle « la structure organisationnelle asservissante ».[69] L’autorité incontestée ne peut que produire des monarques ou des princes. Les vrais responsables nourrissent les brebis tout en imitant Christ (Hébreux 13:7).

Nee dit que même Dieu est limité par l’autorité déléguée :

« Ayant délégué son autorité aux hommes, Dieu lui-même ne remplacera pas l’autorité déléguée; Il est plutôt restreint par l’autorité qu’il a déléguée. Il confirme ce que le pouvoir délégué confirme et annule également ce qu’il annule. »[70]

Ici, Nee met Dieu sous l’homme et le «restreint ». C’est un assaut frontal à l’omnipotence de Dieu et une atteinte à d’autres de ses attributs.

Cependant, plus tard dans le livre, Nee dit que les responsables devraient être d’humbles serviteurs, mais ce qu’il tente d’exprimer ici est trop limité et tardif. Puis, dans un renversement ahurissant, Nee déclare :

« Si l’autorité déléguée émet un ordre qui contredit clairement le commandement de Dieu, il lui sera donné soumission mais pas obéissance. Nous devrions nous soumettre à la personne qui a reçu l’autorité déléguée par Dieu, mais nous devrions désobéir à l’ordre qui offense Dieu. »[71]

La confusion de Nee provient en partie de ce qu’il fait de la soumission quelque chose d’intérieur et de subjectif, et de l’obéissance quelque chose d’externe. La soumission, dit-il, est une « attitude de cœur » et l’obéissance est « liée à la conduite ».[72] En d’autres termes, nous pourrions être soumis sans obéir. Cette distinction ne tient pas puisque la soumission signifie être sous quelqu’un et lui céder, ce que fait donc de l’obéissance une expression extérieure de la soumission. Nee fait une fausse distinction puisque la soumission et l’obéissance viennent du même mot racine. L’obéissance est l’accomplissement de la soumission. Parfois, ces mots sont presque interchangeables. Soumettre (ou soumission) est hupeiko,[73] et l’obéissance est hupakoe.[74] Les deux signifient : être sous quelqu’un ou quelque chose en répondant positivement aux ordres. Nous ne pourrions en aucun cas dire que nous sommes soumis à Dieu si nous ne Lui obéissons pas.

Nee aurait voulu transformer des croyants en robots obéissants avec l’enseignement suivant :

« Dieu met au-dessus de vous les frères et sœurs dans l’église qui sont plus avancés spirituellement afin que vous puissiez accepter leur jugement comme votre jugement. Cela vous permettra alors de posséder leur abondance sans que vous n’ayez vous-même à traverser leurs expériences douloureuses. »[75]

Avec un tel critère, nous devrions juger les Béréens de personnes rebelles et charnelles puisqu’ils ont remis en cause une autorité spirituelle et l’ont éprouvée sur la base des Écritures (Actes 17:11). Une grande partie des enseignements parallèles de Nee fait état d’un autoritarisme immodéré.

Avec tous ces enseignements sur l’autorité, Nee affaiblit le concept de la responsabilité individuelle. Nous pouvons demander aux autres leur opinion, ce qui est de la sagesse, mais nous n’avons pas à accepter leur jugement comme définitif.

Nee dit que les chrétiens ne peuvent revêtir l’armure de Dieu de manière individuelle. Il considérait les responsables et le corps (l’Église) comme une protection et une « couverture » sans laquelle Satan peut faire de nous qu’une bouchée.[76] Alors que la communion est bonne et juste, Nee poussa cette vérité au-delà des limites lorsqu’il suggéra que seulement sous la « couverture », nous puissions avoir l’armure d’Ephésiens 6. Nee écrivit :

« Nous devrions comprendre que la guerre spirituelle appartient à l’église et non à un individu. […] Compte tenu de ce fait, n’oublions pas que cette armure spirituelle est donnée à l’église et à personne individuellement. En tant qu’individu vous ne pouvez faire face à Satan. Cela nécessite que l’église traite avec l’ennemi. […] Satan n’a pas peur de ta prière personnelle […] Satan cherche à attaquer de telles personnes solitaires et non couvertes. »[77]

Penserait-on un instant que Paul s’adressait à autre chose que des croyants individuels dans Ephésiens 6 ? Au début du chapitre, des commandements spécifiques s’adressent à certains croyants (enfants, pères, maîtres) et ensuite des instructions spécifiques sont données à tous les croyants. Le « nous » et le « vous » sont chacun de nous. Un passage parallèle en Romains 13:12 (« revêtons les armes de la lumière » ) et son contexte montre qu’il s’adresse à des individus.

La traduction de Kenneth Wuest, Expanded Translation montre à quel point Ephésiens 6 est intensément personnel quand il traduit le grec « revêtir», littéralement par « se vêtir » ou « s’étant vêtu ». La leçon de Paul prise dans l’image du soldat romain et son armure est que seul le soldat peut enfiler son armure. Le gouvernement romain ne pouvait l’habiller. Il était responsable de s’habiller pour être protégé.

Il serait stupide de penser que Satan attaque seulement dans l’Église ou quand des croyants sont ensemble. Ainsi, aux yeux de Nee, un arrêt plus ou moins long de la communion rendrait l’Église sans défense.

La communion d’église doit toujours être équilibrée avec la responsabilité personnelle, mais il semble que Nee aille à l’extrême en mettant l’accent sur un point qui exclut presque l’autre. Alors que l’individualisme est défavorable, une direction étouffante peut produire des croyants passifs, immatures et irréfléchis. De bonnes capacités de direction et un sentiment de redevabilité vont de pair avec la responsabilité personnelle. Grandir avec les autres et en les servant amène de la liberté et de l’équilibre dans l’église locale.

Il ne faut pas s’étonner que les disciples de Nee soient confus et prêts à le défendre, parce qu’en fait, il n’a pas toujours enseigné l’indisponibilité de l’armure aux chrétiens individuels. Dans une autre publication sur Éphésiens 6 où Nee annote l’expression « tenir ferme », il dit sans qualificatifs que : « Tout chrétien doit aussi apprendre à « tenir ferme » ». Il parle alors de conflit « qui concerne la vie personnelle du chrétien».[78] On aurait souhaité que ce Watchman Nee là ait prévalu…

AU-DELÀ DE TOUTE RAISON

Nee dénigrait la raison. Il croyait qu’elle fut à jamais discréditée lors de la Chute, et qu’elle ne pouvait procurer de ce fait une base scripturaire adéquate à sa théorie. L’idée de la Bible est que, bien que la raison humaine soit entachée par la Chute, elle peut être éclairée, aidée, instruite et guidée par l’Ecriture. La raison rachetée, guidée par la Parole de Dieu, contribue au discernement. Le Seigneur nous appelle à « venir et discuter » (Esaïe 1:18) et Paul a dit que notre culte chrétien doit être « raisonnable » (Romains 12:1). Ici, Nee est à nouveau dans son réductionnisme simpliste et sa polarisation. La Bible nous enseigne que la raison peut être utilisée pour ou contre Dieu. Paul « raisonnait » constamment avec les autres au sujet de la foi (Actes 17:2, 18:4, 19, 24:25).

Nee se déchaîna contre la raison, passant sept pages à taper dessus dans Spiritual Authority. Des exemples de ses pensées sont donnés ici :

« Celui qui est soumis à l’autorité, cependant, vit sous autorité et non sous la raison. »[79]

« La raison ne peut pas porter la réflexion »[80]

« Il est très exact que nous ayons besoin d’avoir les yeux de notre raison éteints pour suivre le Seigneur. »[81]

« Les serviteurs de Dieu doivent être délivrés de la vie de la raison. »[82]

« Il y a donc deux catégories de chrétiens : ceux qui vivent au niveau de la raison et ceux qui vivent au niveau de l’autorité. »[83]

« […] il n’y a aucune chance pour que la raison se mêle à l’obéissance […] il est absolument impossible de vivre par l’association des deux. »[84]

« Celui qui connaît Dieu se connaît et est donc délivré de la raison. »[85]

« Tous ceux qui vivent encore dans leurs raisonnements ne Le connaissent pas. »[86]

EN VERTU DE QUELLE NORME?

Quand nous les comparons à l’Écriture, nous pouvons voir pourquoi beaucoup d’enseignements de Nee sont erronés. Nee attribue souvent aux Écritures, de manière cavalière et subjective, des significations qui ne rendent pas justice aux versets ni au contexte. Si Nee n’avait pas une herméneutique cohérente, elle pourrait être définie comme étant religieuse et, parfois, presque gnostique. Elle est capable de susciter chez certains une vie complètement introspective.

Dana Roberts n’est pas convaincu que de découvrir les détails et les subtilités de notre psyché soit tout ce qui est nécessaire ou important :

« Que l’on comprenne les caractéristiques de l’âme et de « l’esprit humain » n’est pas pertinent ! Une fois que le péché est connu, la croissance continue est conditionnée par la repentance et un abandon accru à l’œuvre du Saint-Esprit. […] En fait, la sanctification conditionnée par notre compréhension de la mécanique cachée de l’homme spirituel peut conduire à un esprit d’orgueil plutôt qu’à un cœur humble et contrit. »[87]

Personne ne peut croire que de n’avoir que la Bible sans avoir lu Watchman Nee conduirait à une pauvreté spirituelle. D’un autre coté, personne suggère que Nee ne fut pas chrétien. Par contre une des grandes questions reste de savoir s’il devait être un enseignant et un responsable. Les enseignants adeptes de la confusion produisent des étudiants confus.

LE RETOUR DU LAPIN

Pour finir, revenons au lapin en chocolat et ajoutons-y la parabole suivante :

Il y avait un homme qui vivait à côté de la chocolaterie de Hershey et qui était ami avec la famille Hershey. Le fils du propriétaire invita cet homme à venir à l’usine à tout moment pour profiter gratuitement de tout ce qu’il s’y faisait. C’était une invitation ouverte sans limites de temps ou autres barrières. L’homme, un amoureux du chocolat, se réjouit en pensant à toutes ces friandises, accessibles, de qualité, et disponibles en quantité tous les jours. Quel cadeau gracieux !

Le parallèle avec la Bible et les richesses de l’Écriture devrait être clair : Malgré une telle offre, les gens peuvent toujours désirer le lapin en chocolat. C’est vraiment à eux de choisir. Ils ont toutefois besoin de savoir ce qu’ils reçoivent et qu’ils ne s’attendent à rien de plus.


Sauf indication contraire, les citations bibliques de la traduction française sont tirées de La Bible : Segond 21. Romanel-sur-Lausanne : Société Biblique de Genève, 2007.

Notes de fin

[1] Dana Roberts, Understanding Watchman Nee. Plainfield, N.J.: Haven Books, 1980, p. 150.

[2] Lettre à l’auteur, 10/11/1984, copie disponible.

[3] A Short History of the Little Flock, China’s Largest Indigenous Church. Hong Kong : Christian Communications Ltd., Research Paper, Mars 1984, n°. 4, p. 5.

[4] Watchman Nee, The Ministry of God’s Word. New York : Christian Fellowship Publishers Inc., 1971, p. 87.

[5] A Short History of the Little Flock, op. cit., p. 4.

[6] Jim Moran, A Brief History of the Local Church. Moran publia des critiques au sujet des Eglises locales sur son site Internet : Light of truth ministries (www.ltm.org). Le 17 janvier 2003, Moran mourut et en avril 2003, l’Eglise locale (L’église à Fullerton) acheta parmi les biens de Moran son site Internet incluant tous les articles et ses publications. Ils ont retiré ces documents d’Internet et demandent à tous les autres sites Internet qui les ont publiés de les retirer.

[7] Dave Hunt, « Q & A ». In : The Berean Call Newsletter, Avril 1998, p. 3.

[8] Erin Curry, « Rogers addresses Kingdom Authority, human battle with Satan in new book ». Baptist Press News, 26/12/2002. Disponible à l’adresse : http://www.bpnews.net/14922

[9] Understanding Watchman Nee, op. cit., p. 13.

[10] Ibid., p. 5.

[11] Ibid., pp. 11-12.

[12] Ibid., p. 12.

[13] Pour davantage d’éléments critiques au sujet de Jessie Penn-Lewis, voir G. Richard Fisher, « Pressing Truth to the Extreme — The Errors of Jessie Penn-Lewis ». In : The Quarterly Journal, Avril-juin 2000, pp. 1, 11-20.

[14] Understanding Watchman Nee, op. cit., pp. 96-97.

[15] Ibid., p. 140.

[16] Ibid., p. 17.

[17] Ibid., p. 20.

[18] Ibid., p. 26.

[19] A Short History of the Little Flock, op. cit., p. 4.

[20] J. D. Douglas, New 20th Century Encyclopedia of Religious Knowledge. Grand Rapids, Mich : Baker Book House, 1991, p. 588.

[21] Understanding Watchman Nee, op. cit., p. 29.

[22] J. D. Douglas, Who’s Who in Christian History. Wheaton, Ill. : Tyndale Publishing House, 1992, p. 501.

[23] Angus Kinnear, Against the Tide — The Story of Watchman Nee. Fort Washington, Penna. : Christian Literature Crusade, 1973, p. 204, en italique dans l’original.

[24] Ibid., p. 205.

[25] Ibid., p. 200.

[26] Understanding Watchman Nee, op. cit., pp. 32-33.

[27] Against the Tide, op. cit., p. 226.

[28] Ibid., p. 237.

[29] W. E. Vine, The Expanded Vine’s Expository Dictionary of New Testament Words. Minneapolis : Bethany House Publishers, 1984, p. 547.

[30] Understanding Watchman Nee, op. cit., p. 103.

[31] Voir par exemple, Jean 12:27 et 13:21; Hebreux 12:23 et Apocalypse 6:9; Matthieu 10:28 et 1Corinthiens 5:5. Voir aussi les travaux de référence en théologie systématique tels ceux de James P. Boyce, Abstract of Systematic Theology. Escondido, Calif. : den Dulk Christian Foundation, 1887, pp. 194-212; Charles Hodge, Systematic Theology. Peabody, Mass. : Hendrickson Publishers, 1999, vol. 2, pp. 44-51, (Hodge désigne la trichotomie comme «anti-scripturaire»); et Wayne Grudem, Systematic Theology. Grand Rapids, Mich. : Zondervan Publishing House, 1994, pp. 472-489.

[32] Watchman Nee, The Release of the Spirit. Indianapolis : Sure Foundation, 1965, p. 10.

[33] Ibid., p. 13.

[34] Ibid., p. 15.

[35] Ranald Macaulay et Jerram Barrs, Being Human. Downers Grove, Ill. : InterVarsity Press, 1978, p. 204.

[36] The Release of the Spirit, op. cit., p. 14.

[37] Ibid., p. 36.

[38] Ibid., p. 18.

[39] Ibid., p. 65.

[40] Ibid., p. 29, en majuscule dans l’original.

[41] Ibid.

[42] Ibid., pp. 71, 72.

[43] F. F. Bruce, The Epistle to the Hebrews. Grand Rapids, Mich. : Wm. B. Eerdmans Publishing Company, 1964, p. 82.

[44] Jerry Vines, The Believer’s Guide to Hebrews. Neptune, N.J. : Loizeaux Brothers, 1993, p. 60, en italique dans l’original.

[45] Jay E. Adams, A Theology of Christian Counseling. Grand Rapids, Mich. : Zondervan Publishing House, 1979, p. 112, en italique dans l’original.

[46] Understanding Watchman Nee, op. cit., p. 112.

[47] The Release of the Spirit, op. cit., p. 73.

[48] Dave Breese, Know the Marks of Cults. Wheaton, Ill. : Victor Books, 1975, p. 76.

[49] Watchman Nee, Spiritual Authority. New York : Christian Fellowship Publishers, Inc., 1972, p. 47.

[50] Charles Hodge, Systematic Theology. Peabody, Mass. : Hendrickson Publishers, 1999, vol. 1, p. 496.

[51] Henry C. Thiessen, Thiessen’s Introductory Lectures in Systematic Theology. Grand Rapids, Mich. : Wm. B. Eerdmans, 1952, pp. 305-306.

[52] Spiritual Authority, op. cit., p. 48.

[53] Voir : The Expanded Vine’s Expository Dictionary of New Testament Words, op. cit., pp. 483-484.

[54] Ibid., p. 482, en italique et avec ellipse dans l’original.

[55] John MacArthur, Truth for Today. Nashville : J. Countryman, 2001, p. 60, entrée du 17 février.

[56] Renald Showers, «Foundations of Faith : The Sinlessness of Jesus Christ». In : Israel My Glory, Février-Mars 1999, pp. 27-28, en italique dans l’original.

[57] John F. Walvoord, Jesus Christ Our Lord. Chicago : Moody Press, 1969, pp. 150-151.

[58] Bruce Demarest, Jesus Christ : The God Man. Wheaton, Ill. : Victor Books, 1978, p. 68.

[59] Khidhir Hamza, Saddam’s Bomb Maker. New York : Scribner, 2000, p. 11.

[60] Voir : Hodge, Systematic Theology, op. cit., vol. 1, pp. 76-81.

[61] The Release of the Spirit, op. cit., p. 20.

[62] Ibid., pp. 20-21.

[63] Ibid., p. 21, italiques ajoutées.

[64] Being Human, op. cit., p. 200.

[65] Un exemple classique de ce trait est l’interprétation par les Saints des derniers jours (Mormons) de 1Corinthiens 15:29 («que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts?») sur laquelle ils ont bâti une théologie élaborée et une cérémonie de culte.

[66] Know the Marks of Cults, op. cit., p. 87.

[67] Understanding Watchman Nee, op. cit., p. 135.

[68] Spiritual Authority, op. cit., p. 71.

[69] Know the Marks of Cults, op. cit., p. 95.

[70] Spiritual Authority, op. cit., p. 73.

[71] Ibid., p. 109, en italique dans l’original.

[72] Ibid.

[73] Voir : The Expanded Vine’s Expository Dictionary of New Testament Words, op. cit., p. 1100.

[74] Ibid., pp. 795-796.

[75] Spiritual Authority, op. cit., p. 81.

[76] Watchman Nee, The Body of Christ : A Reality. New York : Christian Fellowship Publishers, Inc., 1978, p. 72.

[77] Ibid., pp. 73-74.

[78] Watchman Nee, Sit, Walk and Stand. Fort Washington, Penna. : Christian Literature Crusade, 1966, pp. 41-42.

[79] Spiritual Authority, op. cit., p. 92.

[80] Ibid., p. 93.

[81] Ibid.

[82] Ibid.

[83] Ibid., p. 94.

[84] Ibid.

[85] Ibid., p. 97.

[86] Ibid.

[87] Understanding Watchman Nee, op. cit., p. 151.

 

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