King James Only ? – Réfutation de la fausse théorie du complot des défenseurs de la « Bible du Roi Jacques seulement »

Article n°41 – Juillet/Août 1997, de Bob DeWaay, depuis le site internet : Critical Issue Commentaries (CIC). L’original peut être consulté en anglais à l’adresse suivante : http://cicministry.org/commentary/issue41.htm

Traduction française émanant du «Blog de réflexion chrétien», https://reflexionsjesus.wordpress.com/, 23/05/2015. Reproduit avec autorisation.

Note du «blog de réflexion chrétien» : La position «King James Only» soutient que la traduction de la Bible du Rois Jacques est la seule parfaitement inspirée en langue anglaise. Cette position a été exportée dans le monde francophone notamment avec les traductions françaises dont le Nouveau Testament, est basé sur le Textus Receptus, (le texte grec sur lequel est aussi basé le Nouveau Testament de la KJV). Le propos de cet article n’est pas d’occulter le fait incontestable que certaines traductions soient effectivement corrompues. Son propos est de mettre en exergue les mauvais arguments allant dans ce sens, en particulier les arguments fondés sur le parti pris qu’une traduction spécifique soit parfaitement inspirée.


«Or tout ce qui a été écrit d’avance l’a été pour notre instruction afin que, par la persévérance et par le réconfort que donnent les Ecritures, nous possédions l’espérance.» (Romains 15:4)

Au cours des dernières années, un vieux débat a été ravivé : Est-ce que la Bible King James est la seule traduction valide des Écritures en langue anglaise ? G. A. Riplinger a publié un livre qui prétend non seulement que la King James est la meilleure traduction, mais que toutes les autres versions modernes, y compris la New King James, sont les produits d’une conspiration Nouvel Age.[1] Avec plus de 600 pages de tableaux, de citations, de notes et de nombreux exemples de similitudes entre les enseignements du Nouvel Age et les mots trouvés dans différentes traductions de la Bible, son livre a convaincu de nombreuses personnes.

Riplinger n’est pas la première à avancer que de nouvelles traductions sont suspectes et que la King James est la seule Bible anglaise valide. Dans les années 1950 la controverse a accompagné la publication de la Bible Revised Standard Version, en partie parce qu’elle avait été publiée par le Conseil National des Eglises et en partie en raison de la traduction d’Esaïe 7:14 de «jeunes femmes» plutôt que «vierges». La RSV a été jugée libérale et inacceptable pour la plupart des croyants Bibliques conservateurs. Etant donné que la King James était la seule alternative majeure à l’époque, elle est restée la Bible de la plupart des évangéliques. Alors que la RSV traduisait «vierge» correctement dans les passages du Nouveau Testament qui enseignent la naissance virginale, il se peut que les traducteurs ne cherchaient pas à nier la naissance virginale dans Esaïe 7:14 (le mot hébreu traduit dans Esaïe 7:14 comme «vierge» dans la NASB ne se traduit pas de cette façon dans aucun autre passage de l’AT). Néanmoins, la RSV est devenue suspecte et n’a jamais été adoptée par de nombreux conservateurs.

Avec l’apparition de la Bible New American Standard Version (NASB), la New International Version (NIV) et d’autres traductions anglaises, les anglophones ont maintenant plusieurs options. Riplinger et d’autres, ont cependant porté l’accusation du fait que chaque nouvelle traduction, y compris tous les lexiques, dictionnaires récents de la Bible et autres aides d’étude sont le résultat d’un grand complot Nouvel Age en vue de changer la Bible et de nier la divinité du Christ. Selon cette théorie du complot, les textes grecs que nous utilisons sont également corrompus. Certains des savants, des textes et des lexiques inculpés par Riplinger sont : Brown – Driver-Briggs, Alford, Thayer, A.T. Robertson, Nestles-Aland pour le Nouveau Testament grec, la Concordance de Strong, et le Dictionnaire de théologie du Nouveau Testament.[2]

Riplinger nous laisserait avec la Bible King James et pratiquement aucunes aides d’étude. Est-ce le plan de Dieu ? Est-ce que tout ce qui suit est issu d’une grande manoeuvre de Satan ? : La découverte de manuscrits incluant ceux de la mer Morte, les recherches qui nous ont donné une riche compréhension de l’arrière-plan l’hébraïque du Nouveau Testament, la découverte de manuscrits anciens qui ont confirmé l’authenticité de la Bible avant les critiques libérales, et la révision de la Bible King James elle-même en versions anglaises qui sont adaptées aux lecteurs actuels. Aussi invraisemblable soit-il, Gayle Riplinger a convaincu de nombreux chrétiens de tout abandonner en dehors de leur Bible King James. Nous allons examiner son livre et la théorie qui le supporte.

Procurer la Parole de Dieu au peuple

Pour comprendre les problèmes liés à la théorie de Riplinger, nous devons d’abord comprendre l’histoire qui a conduit aux traductions modernes anglaises de la Bible. La Bible King James elle-même est le résultat d’un désir de mettre la Parole de Dieu entre les mains des personnes communes. La traduction de la Bible dans les langues courantes du peuple fut aussi un résultat positif de la Réforme. Luther traduisit la Bible en allemand. Wycliff, l’un des pionniers, traduisit la Bible en anglais. La King James de 1611 elle-même était une révision de Bibles antérieures qui peuvent êtres retracées jusqu’à Tyndale.[3] Les concepts de la révision de traductions antérieures, de la référence à plusieurs spécialistes qui vérifiaient le travail l’un de l’autre et l’accès à de multiples sources documentaires ont été appliqués à la Bible King James. Les traducteurs de la King James utilisèrent toutes les ressources qu’ils avaient à leur disposition : «Par conséquent, ils avaient consulté les traducteurs et commentateurs dans toutes les langues : chaldéen, hébreu, syriaque, grec, latin, espagnol, français, italien et allemand.»[4]

L’utilisation de ces sources d’érudition était intimement motivée par l’esprit de la Réforme. Utiliser les meilleures ressources à disposition pour réaliser des traductions précises en langues courantes permettait de contrebalancer la revendication de l’église catholique romaine selon laquelle la Vulgate latine était la seule traduction autorisée de la Bible. Ce principe avait eut pour effet d’empêcher l’accès du peuple aux Écritures et à la vérité. Cela avait eut aussi la déplorable conséquence de rendre les gens vulnérables aux abus du clergé. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup furent martyrisés pour avoir eut l’«audace» de chercher à mettre la Bible entre les mains du peuple.

La réaction vis-à-vis des traductions de la Bible

Le comble de l’ironie est que les arguments utilisés à l’encontre des versions modernes d’aujourd’hui ont été utilisés à l’encontre de la Version King James de 1611. Par exemple, T. Harwood Pattison a écrit : «La psychose des sorcières, qui peu de temps après causa de désastreuses conséquences, même jusqu’en Nouvelle-Angleterre, était déjà dans l’air, c’est ainsi que les traducteurs furent accusés de céder aux superstitions du roi au travers de leur utilisation de mots tels que esprit familier, sorcière, sorciers».[5] Une autre ironie fut que le Roi Jacques lui-même était un adversaire des puritains, pourtant ce sont eux qui ont insisté pour qu’une nouvelle traduction anglaise soit entreprise.[6] Jacques désirait le pouvoir et voulait que la «haute église» des évêques avec leurs privilèges ecclésiastiques servent ses objectifs. Pour certaines raisons, il pensa qu’une nouvelle version de la Bible sous ses auspices contribuerait à l’amélioration de sa situation. «Il donna sa faveur à une traduction uniforme. Il laissa les universités la préparer, les dignitaires de l’église la réviser, le Conseil privé l’approuver, et enfin il lui conféra son autorité royale, de telle manière que l’Église entière soit liée à cette Bible et à aucune autre.»[7] Il refusa également les notes marginales parce qu’«Une dame anglaise lui avait donné une copie de la Bible de Genève, comportant des notes qu’il trouva pleines d’appels dissimulés à la remise en cause du pouvoir en place.»[8]

La bonne chose qui résulta de cela fut que les gens obtinrent une meilleure traduction en anglais que ce qui était précédemment disponible et qui était considérablement mise à jour avec l’emploi courant de la langue. La King James utilisait ce qui était alors l’anglais «moderne». Le livre de Pattison comprend une reproduction de la page de couverture du Nouveau Testament de Tyndale dans sa forme originale qui est quasiment illisible. En fait, la King James que la plupart des gens lisent aujourd’hui ne ressemble guère à celle publiée en 1611.[9] Elle a subi des dizaines de révisions, même durant notre siècle. Jack Lewis, commentant cet aspect demande : «Laquelle de toutes ces révisions doit être considérée comme étant la vraie King James ?»[10] Fournir une traduction savante mais compréhensible de la Bible en langue actuelle, dans le respect de la tradition de la Réforme, avec le but de garder les Écritures dans les mains du peuple, et ne se limitant pas seulement à l’élite ecclésiastique. La King James rendit ce service pendant de nombreuses années. Mais elle ne peut pas, comme le montrent ses propres révisions, continuer à le rendre si elle est considérée pour ce qu’elle n’a jamais prétendu être, à savoir la seule version anglaise de la Bible que Dieu veut que les gens lisent.

La King James a fait l’objet de critiques qui sont étonnamment similaires à celles qui sont utilisées de nos jours contre les traductions actuelles. Selon l’ouvrage Cambridge History of the Bible : «Pendant quatre-vingt ans après sa publication de 1611, la version King James a été confrontée à de rudes attaques. Elle a été dénoncée comme théologiquement malsaine et ecclésiastiquement biaisée, comme s’assujettissant au roi et se soumettant indûment à sa croyance en la sorcellerie, comme ne respectant pas le texte hébreu et comptant trop sur la Septante. L’intégrité personnelle des traducteurs fut mise en cause. Entre autres choses, ils ont été accusés de «blasphème», de «corruptions les plus pernicieuses», de «tromperie intolérable» et de «vile imposture.»»[11]

Ceux qui déplorent que les nouvelles traductions reposent en partie sur les découvertes de manuscrits des cent dernières années devraient critiquer de même la King James. En effet les traducteurs travaillaient avec des textes qui avaient depuis peu été mis à disposition. Une grande partie des premiers travaux sur le texte grec avait été accompli par Erasme au XVIe siècle. Il avait été sévèrement critiqué parce qu’il ne s’en était pas tenu à la sacro-sainte Vulgate latine. «[…] Etant donné qu’Erasme avait osé émettre sa propre traduction latine; les érudits conservateurs comme Lee, archevêque de York, avaient fait valoir, en tant qu’hommes de la veille école, que si le Codex grec d’Erasme ne contenait pas ce qui était dans la Vulgate, il aurait dû ce faire et [donc] devait être rejeté comme erroné.»[12]

Une génération seulement en arrière, il était entendu que tout ce qui différait de la Vulgate latine (la «version autorisée» de l’Église catholique) était manifestement dans l’erreur. Les traducteurs de la King James étaient plus versés en latin qu’en grec, puisque pendant mille ans le latin fut la langue des gens érudits. Pourtant, ils réalisèrent la nécessité de consulter les textes grecs antérieurs. Le textus receptus, le texte grec de base le plus utilisé par les traducteurs de la King James, était essentiellement dépendant du travail de Bèze.[13] En accord avec l’histoire, Bèze fut critiqué et accusé : «[…] Bèze fut attaqué à partir du début du dix-septième siècle pour avoir modifié le texte en fonction de ses propres présupposés théologiques.»[14] Cette critique était en grande partie sans fondement.[15] Des critiques infondées semblent toujours accompagner les efforts visant à assurer un meilleur accès au texte authentique de la Bible.

Nous pouvons retracer ce processus de réaction et d’accusation encore plus loin. Bien que l’Église catholique romaine ait reconnu historiquement la Vulgate latine, Augustin était préoccupé par une distanciation d’avec la Septante qu’il considérait comme faisant autorité. Il écrivit : «[…] Ma seule raison d’objecter à la lecture publique de votre traduction de l’hébreu dans nos églises est, que si nous introduisons quelque chose qui soit, pour ainsi dire, nouveaux et opposé à l’autorité de la version des Septante, nous pourrions causer un grave tort aux troupeaux de Christ, dont les oreilles et les cœurs ont été habitués à l’écoute de cette version à laquelle le sceau d’approbation a été donnée par les apôtres eux-mêmes.»[16] Comme les apôtres avaient souvent cité la Septante (une traduction grecque de l’Ancien Testament hébreu produite à Alexandrie par 70 érudits), il était considéré par plusieurs comme le texte approuvé pour les chrétiens.

Deux siècles avant cela, (vers l’an 155 ap. J.-C.) Justin Martyr engagea un débat avec Tryphon le juif dans lequel Justin accusait les Juifs d’utiliser des écritures défectueuses : «Toutefois, je suis loin d’avoir confiance en vos enseignants, qui refusent d’admettre que l’interprétation faite par les soixante-dix anciens qui étaient avec [le roi] Ptolémée des Egyptiens est correcte; de plus ils tentent d’en construire une nouvelle»[17] Certains, dans le monde antique pensaient que la traduction des Septante procédait d’une inspiration directe de Dieu. C’était en effet l’Ancien Testament le plus utilisé dans les premiers siècles et il était tenu en haute estime par les juifs et les chrétiens. Il fut cité dans le Nouveau Testament, «[…] la plupart des citations du Nouveau Testament de l’Ancien Testament suivent la Septante»[18] Justin faisait valoir que la Septante était la Bible grecque par excellence et que toute autre traduction était erronée.[19]

L’histoire du débat sur les traductions de la Bible nous montre deux choses : 1) les gens sont enclins à prendre parti pour une traduction et d’en faire le seul texte inspiré alors qu’il ne s’agit que d’une traduction et 2), les mêmes arguments traditionnels et irrationnelles seront mis en avant pour défendre cette traduction et critiquer toute tentative de rendre la Bible dans les langues actuelles.

Retirer la Bible des mains du peuple

Si nous refusons de laisser traduire la Bible dans les langues actuellement utilisées, nous empêchons effectivement la possibilité des gens de connaître la Parole de Dieu. Les langues changent au fil des siècles. Quiconque en douterait devrait essayer de lire une version de 1611 de la Bible King James. Ce serait certainement très difficile. Si les autorités de l’église permettent l’utilisation de seulement certaines traductions, comme le catholicisme romain pré-réformation fit avec la Vulgate latine, elles peuvent effectivement limiter l’accès à la Bible. Plus ancienne et plus obscure est une langue, plus elle est le royaume exclusif de savants formés à sa lecture et sa compréhension.

J’ai utilisé la King James jusqu’en 1978. La raison pour laquelle je suis passé à la New American Standard est que je me suis retrouvé constamment à devoir traduire la King James en anglais courant après avoir lu le texte au cours d’un sermon. J’avais appris le grec à l’école Biblique et consultait souvent le grec quand il y avait une question sur un passage de la King James. La plupart des problèmes étaient dus au fait que certains mots anglais dans la King James signifient quelque chose d’entièrement différent maintenant. Un exemple célèbre est «particular» [particulier en français] en 1Pierre 2:9 qui est censé signifier un peuple qui est la possession particulière et unique de Dieu, mais de nos jours «particular» signifie [en anglais] «bizarre» dans un sens négatif. Considérez le Psaume 88:13 dans la KJV : «Mais c’est à vous que j’ai crié, ô Seigneur! ma prière vous prévient dès le matin.» Comment la prière peut-elle «prévenir» Dieu ? Ce verset peut sembler étrange si l’on ne réalise pas que «prévenir» en ancien anglais [et en français] signifie «devancer.» Voici le passage dans la version standard New American : «Et moi, ô Seigneur, c’est vous que j’appelle au secours. Le matin, ma prière s’adresse à vous.» La mise à jour New American Standard de 1995 change «vous» en langue adressée à Dieu : «Et moi, ô Seigneur, c’est toi que j’appelle au secours. Le matin, ma prière s’adresse à toi.»

Il y a d’innombrables exemples de confusion similaire, ainsi que des mots qui ne sont plus utilisés du tout. Seuls ceux qui sont bien versés en langues sont en mesure de s’adapter rapidement aux variations. J’ai appris la signification de beaucoup de mots obscurs de la King James alors que je les cherchais dans la Bible grecque avant de prêcher sur un texte. Mais que dire des gens qui ne peuvent pas faire cela ? Qu’en est-il des gens qui sont intimidés par les défenseurs de la King James seulement [King James Only] ou des livres de Riplinger qui interdisent même l’utilisation d’une quelconque des aides d’étude du vingtième siècle ? Si cette logique est suivie, quand une personne ne comprend pas un mot ou un passage dans la KJV, il ou elle n’a pas d’autres recours que de compter sur le fait que le prédicateur donne une interprétation précise. D’autres traductions ne doivent pas être consultées et les concordances ou les lexiques sont considérés comme des outils de Satan à éviter à tout prix. Comment donc les membres du peuple de Dieu peuvent être des «Béréens» et sonder les Ecritures pour voir si ce qu’on leur dit est vrai ?

Je ne critique pas les gens qui aiment la King James, ou prêchent sur la base de la King James. Ils peuvent le faire comme je le faisais en expliquant la signification des mots difficiles aux gens. Je mets au défi ceux qui accusent faussement les autres traductions d’être un sinistre complot Nouvel Age et qui refusent toute utilisation de lexiques ou dictionnaires de grec pour découvrir le sens des mots. Leurs arguments ne sont pas valides et leur pratique dangereuse. Ils menacent le bien-être spirituel du troupeau du Seigneur. Ce qui n’est pas le cas de ceux qui ont travaillé dur pour fournir des traductions bibliques précises et compréhensibles.

Citations détournées

Le livre New Age Bible Version par G. A. Riplinger pourrait servir de guide pour l’utilisation abusive de citations et de logique défectueuse. Il contient des ellipses mal utilisées (ceux-là […]). Elle utilise des omissions pour faire dire aux auteurs le contraire de ce qu’ils voulaient dire. Par exemple, dans sa tentative de calomnier un manuscrit grec ancien, elle note qu’il a été trouvé avec une copie de l’épître de Barnabas. Elle cite ensuite Barnabas : «Satan […] est le Seigneur» (Ch 18).[20] Voici ce que l’épître de Barnabas dit réellement : «[…] Il existe deux voies d’enseignement et d’action : celle de la lumière et celle des ténèbres ; mais il y a une grande différence entre elles. À l’une sont préposés les anges de Dieu conducteurs de lumière, à l’autre les anges de Satan. Dieu est le Seigneur depuis l’origine des siècles et pour les siècles, Satan le prince du temps présent favorable à l’impiété.»[21] Riplinger a tordu le passage pour lui faire dire le contraire de ce qu’il dit par une utilisation abusive d’ellipses. Ceci n’est pas un incident isolé.

Une logique erronée

La logique erronée qu’elle emploie consiste à supposer que les manuscrits grecs ne doivent pas être jugés d’après des preuves scientifiques ni par les meilleurs procédés disponibles afin de déterminer la validité et l’âge d’un manuscrit, mais d’après où ils ont été trouvés, avec quoi et par qui. Cependant, les mêmes arguments pourraient être utilisés à l’encontre de la King James. Par exemple, les traducteurs de la King James se fiaient beaucoup au latin et consultaient souvent la Vulgate latine. La Vulgate latine était la Bible de l’église catholique romaine apostate. Par conséquent, d’après la logique de Riplinger, la King James est suspecte. Je ne crois pas en cette méthode de raisonnement, mais c’est au moins aussi valable que ce que Riplinger propose.

Les traducteurs de la King James comptaient beaucoup sur le latin. Paradoxalement, elle invoque le fait que les traductions modernes n’utilisent pas «Lucifer»[22] dans Ésaïe 14 et «Diane» dans Actes 19 pour montrer qu’elles sont Nouvel Age et qu’elles essayent de cacher aux gens le complot de Satan. Pourtant, la raison principale pour laquelle ces mots se trouvent dans la King James est qu’ils sont latins. Revenir à l’hébreu et au grec pour traduire les mots en anglais ne devrait pas conduire à utiliser des termes latins. Elle pourrait alors tout aussi bien déplorer que les nouvelles versions n’utilisent pas la Bible catholique romaine dans leurs traductions.

Culpabilité par association

Une tactique favorite dans le livre de Riplinger est de construire de longues listes d’associations entre personnes et ensuite de prétendre que tout ce qui leur est associé est un complot Nouvel Age. Par exemple, Kittel était favorable à Hitler en Allemagne. Par conséquent, tout dans le Dictionnaire de Théologie du Nouveau Testament (TDNT) est un complot visant à pervertir la Bible. Cependant, le TDNT doit être jugé sur ses propres mérites. En fait, loin d’être antisémite, il fournit une quantité énorme de matériel de qualité sur les origines juives et hébraïques du Nouveau Testament. Il a beaucoup fait pour montrer comment le Nouveau Testament grec doit être compris dans un contexte juif hébreu, chose qui était grandement nécessaire. Que Kittel, le rédacteur en chef (des quatre premiers volumes sur dix), ait été associé à Hitler est une triste réalité, mais cela ne signifie pas que les nombreux chercheurs qui ont contribué aux dictionnaires aient délibérément déformé les faits d’une manière satanique.

Si nous appliquons la même technique (la culpabilité par association) à la King James, elle ne passe pas non plus le test. Riplinger s’efforce de dépeindre B. F. Westcott comme un spiritiste. Par exemple, elle écrit : «B. F. Westcott, rédacteur en chef du «nouveau» texte grec sous-jacent des Bibles NIV, NASB et toutes les nouvelles versions, est d’accord avec Blavatsky sur le fait que les visions de la «Vierge» sont simplement «Dieu» changeant de «forme».»[23] Pourtant, ironiquement, ce que Riplinger omet de nous dire est que Westcott a également approuvé la King James. Ceci est ce que B. F. Westcott dit à propos de la King James : «Dès le milieu du dix-septième siècle, la Bible du Roi a été la Bible reconnue par les nations anglophones partout dans le monde simplement parce qu’elle est la meilleure»[24] Si Westcott est le Nouvel-Ageux égaré décrit par Riplinger, et sachant qu’il approuvait la King James, ainsi en suivant sa logique la King James devrait être aussi une traduction Nouvel Age.

La culpabilité par association est une logique erronée, mais le livre New Age Bible Versions dépend beaucoup de celle-ci. En outre, appliquer le raisonnement de Ripplinger à la version King James donnerait des résultats dévastateurs. Le nom et l’autorité de Jacques Ier d’Angleterre sont invoqués à ce jour pour identifier la version et la déclarer comme «autorisée». Mais qu’en est-il du roi Jacques ? Justo Gonzalez écrit : «le caractère personnel de Jacques ne peut guère accroître son prestige. Il était homosexuel et ses favoris jouissaient de privilèges immérités et de pouvoirs dans sa cour et son gouvernement.»[25] Les historiens Will et Ariel Durant écrivent que Jacques Ier d’Angleterre était : «[…] porté à caresser de beaux jeunes hommes.»[26] Par exemple, «En 1615, le Roi Jacques est tombé amoureux, sous couvert d’un double jeux, du beau et fringant George Villiers, un jeune homme riche de vingt-trois ans. Il le fit comte, puis marquis, puis duc de Buckingham […]»[27] Le comportement de Jacques était immoral et ses motifs sérieusement discutables. Il s’opposa aux puritains et favorisa tout ce qui pouvait lui donner le plus de pouvoir. Par conséquent, si nous appliquons les normes de Riplinger à la Bible King James, celle-ci paraitrait trop suspecte et devrait être évitée.

Ainsi ne reste-t-il aucune Bible aux anglophones ? Évidemment, son raisonnement est erroné. Nous avons beaucoup de bonnes traductions, y compris la King James et de nombreuses aides d’étude bénies que nous devrions utiliser. Il y a une véritable richesse de matériel disponible pour ceux qui voudraient mener une étude approfondie des manuscrits grecs, des traductions et autres questions.[28] Il n’y a aucune raison d’être impressionné par une théorie conspirationniste peu recommandable qui a pour effet de faire paraître les chrétiens conservateurs comme irraisonnables et peu soucieux de connaître les faits. Nous aimons comme tout le monde la vérité et accueillerons tous les éléments de preuve qui peuvent être recueillis. Ceci permettra, comme cela toujours été le cas, de confirmer l’infaillibilité et la validité de la Bible. La position «King James Only» est une position essentiellement formée par ignorance et soutenue sur la base de préjugés. Cela ne peut qu’entrainer que la Parole de Dieu soit gardée loin des mains du peuple.

Conclusion

Devons-nous soutenir l’idée que la Bible doive être traduite dans les langues actuelles des différents peuples, en utilisant le mieux possible les anciens manuscrits hébreux et grecs, et que plusieurs chercheurs vérifient pour cela le travail l’un de l’autre ? Oui. Les traducteurs de la King James avaient fait ainsi. Ceux qui ont produit la NASB et la NIV firent de même. Si nous avons raison, alors les arguments «King James Only» tombent sur leur propre épée. Si leurs propres critères étaient appliqués à la King James, celle-ci échouerait aussi au test mis en place par Riplinger et d’autres, ce qui ne nous laisserait aucune version anglaise valide de la Bible. Par conséquent, la position «King James Only» devrait être rejetée et les chrétiens devraient être encouragés à utiliser toutes les ressources que le Seigneur a prévu de sorte qu’ils puissent se prévaloir de «tout le conseil de Dieu» (Actes 20:27 LSG) dans leurs propres langues.


Sauf indication contraire, les citations bibliques de la traduction française sont tirées de La Bible version Segond 21, Société Biblique de Genève, 2007.


Notes de fin

[1] G. A. Riplinger, New Age versions bibliques / [Le Nouvel Age dans les Versions de la Bible], Munroe Falls, Ohio, av Publications, 1993.

[2] Ibid., p. 599-601.

[3] Voir The Cambridge History of the Bible, The West from The Reformation to the Present Day, Vol. 3, ed. S. L. Greenslade, Cambridge University Press, 1963, p. 147-158.

[4] T. Harwood Pattison, The History of the English Bible, Philadelphia: The American Baptist Publication Society, 1894, p. 105.

[5] Ibid., p. 107.

[6] Ibid., p. 94, 95.

[7] Ibid., p. 95.

[8] Ibid.

[9] Jack P. Lewis, The English Bible from KJV to NIV, 2nd edition, Grand Rapids: Baker, 1991, p. 37-40.

[10] Ibid., p. 40.

[11] Op. Cit., Cambrigde, p. 361.

[12] Ibid., p. 60.

[13] Ibid., p. 64.

[14] Ibid., p. 63.

[15] Ibid.

[16] Augustine, Letter 82 to Jerome, chap. 5.35.

[17] Justin Martyr, Dialogue with Trypho, chap. 71.

[18] Everett Ferguson, Backgrounds of Early Christianity, Grand Rapids, Eerdmans, 1987, p. 347.

[19] Un prosélyte au judaïsme nommé Aquila fit une traduction des Écritures hébraïques en grec et il s’agissait peut-être de la traduction à laquelle Justin se referait, Ibid., p. 348.

[20] Op. Cit., Riplinger, p. 580.

[21] Les Pères apostoliques, Doctrine des Apôtres. Épître de Barnabé, texte grec, trad. française et index par Hippolyte Hemmer, Gabriel Oger, A. Laurent, Picard, Paris, 1907.

[22] Op. Cit. Riplinger, p. 41 et suiv.

[23] Ibid., p. 105. Nous avons mené une étude approfondie du livre de Riplinger, vérifié ses références, et avons trouvé de nombreuses erreurs, des déclarations prises hors de leur contexte et des citations inexactes. Un résumé de notre recherche est disponible sur demande. Il est conseillé de vérifier ses références pour vous-même avant de faire confiance à ses conclusions.

[24] Tel que cité dans Op. Cit. Cambridge History of the Bible, p. 362.

[25] Justo L. Gonzalez, The Story of Christianity Vol. 2, New York: HarperCollins, 1985, p. 152.

[26] Will and Ariel Durant, The Story of Civilization 7, The Age of Reason Begins, New York: Simon and Schuster, 1961, p. 136.

[27] Ibid., p. 156.

[28] Voir les ouvrages mentionnés dans cette bibliographie.

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