Pouvons-nous contrôler les lieux célestes ? Les pièges des faux enseignements sur le contrôle des puissances spirituelles

Article n°48 – Septembre/Octobre 1998, de Bob DeWaay, depuis le site internet : Critical Issue Commentaries (CIC). L’original peut être consulté en anglais à l’adresse suivante : http://cicministry.org/commentary/issue48.htm

Traduction française émanant du site Source de Vie du 15/07/2006 – © SdV – Toute reproduction autorisée et encouragée sous réserve de citer : http://www.sourcedevie.com


«L’Eternel a établi son trône dans les cieux, et son règne domine sur toutes choses» (Psaume 103:19).

«Il a fait que toutes les nations humaines, issues d’un seul homme, habitent sur la face de la terre; il a déterminé les temps fixés pour eux et les bornes de leur demeure» (Actes 17:26).

«Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées par Dieu» (Romains 13:1).

Des enseignants bien connus remettent souvent en cause la souveraineté de Dieu sur Sa propre création. Ils présentent un scénario étranger à la Bible, qui est le suivant : Après que Dieu eut confié à Adam le gouvernement de la terre, Adam par sa trahison aurait concédé à Satan le droit légal de dominer sur la terre. L’œuvre expiatoire de Christ aurait consisté à reprendre ce pouvoir perdu. Mais selon cette théologie, le Christ aurait remis à l’Eglise le gouvernement du monde lorsqu’Il est monté au ciel. Par la suite, en raison de son ignorance, de son incrédulité et de ses divisions, l’Eglise aurait permis à Satan de reprendre le dessus. Mais en ces jours qui sont les derniers, Dieu susciterait des prophètes et des apôtres pour maîtriser les forces sataniques dans les lieux célestes et pour christianiser le monde. Pour accomplir cela, l’Eglise aurait à reprendre les villes, en liant et en destituant les puissances des ténèbres qui les dominent. Malgré quelques divergences sur des points de détail, beaucoup d’enseignants affirment que l’Eglise doit accéder à la domination et pratiquer un combat spirituel de ce type.

Ce scénario d’une Eglise dominante et les présupposés théologiques qui le sous-tendent sont en contradiction avec la Bible. Nous allons examiner l’un après l’autre les divers aspects de cet enseignement, en les comparant avec ce qu’affirme la Bible. Nous fournirons également des citations tirées d’enseignements récents pour montrer à quel point ces idées se sont popularisées.

Adam a-t-il réellement remis à Satan le droit de dominer sur la terre ?

La théologie de la domination part de ce principe : Dieu, prétend-on, n’avait pas seulement donné à Adam de dominer sur la partie non humaine de la Création, mais aussi d’établir une domination spirituelle (et potentiellement politique) sur le monde entier. Certains vont jusqu’à déclarer qu’Adam était «dieu» sur la terre. Voici ce qu’enseigne Kenneth Copeland :

«Dieu a crée Adam parce qu’Il voulait Se reproduire Lui-même. J’ai bien dit : Se reproduire Lui-même… Il ne faut pas dire qu’Adam ressemblait dans une certaine mesure, ou même dans une large mesure à Dieu. Adam n’était même pas le subordonné de Dieu. La pensée humaine a bien du mal à saisir cela, mais ce que je vous dis là, c’est ce dit que la Bible».[1]

Copeland poursuit en disant qu’Adam avait reçu la domination totale sur la terre. Earl Paulk présente une autre version : d’après lui, le seul lieu sur lequel Dieu dominait à l’époque était le Jardin d’Eden, et Il le confia à Adam et Eve. Selon Paulk, le reste de la terre était encore sous le contrôle des esprits, mais Dieu ordonna à Adam et à Eve de se les assujettir[2]. De toute manière, dans la théologie de la domination et du combat spirituel, on retrouve constamment l’idée d’une limitation de la sphère d’autorité de Dieu. Cela revient à dire qu’une autorité déléguée est par définition une autorité perdue.

Toujours dans cette même perspective, le pas suivant consiste à prétendre que l’autorité d’Adam fut transférée à Satan. Ed Silvoso écrit: «Puisque Adam, le délégué terrestre de Dieu, concéda à Satan son droit légal de dominer, Dieu fut contraint de reconnaître la position légale de Satan, bien que ce dernier l’ait obtenue par des moyens frauduleux[3]. Kenneth Copeland décrit ainsi la situation post-adamique : «Adam s’était rendu coupable de haute trahison, en livrant son autorité à un esprit étranger.» Dès lors, «exclu de la situation, Dieu l’observait du dehors».[4] Copeland insiste et répète: «Une fois Adam dépouillé de son autorité, Dieu n’avait plus aucune autorité ici-bas».[5] Selon cette doctrine fort répandue, la terre, ses habitants, et même les esprits seraient hors de la sphère d’autorité de Dieu. Satan aurait obtenu d’Adam le droit légal de dominer sur la terre, et Dieu serait bien obligé de reconnaître cette autorité de Satan.

Si tout cela était vrai, il faudrait admettre que les auteurs de la Bible l’ignoraient complètement. L’Ancien Testament proclame l’autorité universelle de Dieu sur toutes choses, y compris sur Satan. Dans le Livre de Job par exemple, on voit que Satan dut obtenir la permission de Dieu pour toucher Job (Job 1:6-12). Le Psalmiste décrit l’autorité de Dieu : «Dieu règne sur les nations, Dieu siège sur son saint trône. Les princes des peuples se réunissent au peuple du Dieu d’Abraham; car à Dieu sont les boucliers de la terre, il est souverainement élevé» (Psaume 47:9-10). Même quand les méchants complotent le mal et réussissent dans leurs projets, en réalité ils ne font que servir à leur insu le plan de Dieu, comme Joseph l’a dit à ses frères: «Vous aviez formé le projet de me faire du mal, Dieu l’a transformé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui et pour sauver la vie d’un peuple nombreux» (Genèse 50:20). Même la crucifixion de notre Seigneur, accomplie par des méchants, était «selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu» (Actes 2:23-24).

La Bible permet-elle d’affirmer que Dieu a perdu Son autorité légale sur Sa propre création ? Abraham appelle Dieu «Celui qui juge toute la terre» (Genèse 18:25). Dieu déclare dans Ezéchiel 18:4a : «Voici: toutes les âmes sont à moi». N’est-ce pas clair? Pourtant, beaucoup voudraient nous faire croire que Dieu a perdu son autorité sur la terre au profit de Satan. Dans Actes 17:26, Paul enseigne : «[Dieu] a fait que toutes les nations humaines, issues d’un seul, habitent sur toute la face de la terre; il a déterminé les temps fixés pour eux et les bornes de leur demeure.» L’apôtre reprend une pensée formulée en Deutéronome 32:8. Dieu S’est même servi de rois païens comme Cyrus de Perse pour faire accomplir Sa volonté et pour Se glorifier: «C’est moi qui ai suscité Cyrus pour la justice et j’aplanirai ses voies; il rebâtira ma ville et laissera partir mes déportés sans indemnité ni présents, dit l’Eternel des armées» (Esaïe 45:13). Il serait inconcevable que Dieu fixe pour les nations les bornes d’une demeure s’Il était dépouillé de Son autorité terrestre.

A la théorie de la domination on peut aussi opposer le récit de Jonas à Ninive. Personne ne s’est attaqué aux principautés et aux puissances au-dessus de la ville de Ninive. Il s’agissait d’une ville pleine de méchanceté, d’oppression et de violence. Jonas ne désirait même pas voir Ninive se repentir (Jonas 4:2). Mais toute la ville s’est repentie – et personne n’avait appliqué les méthodes dites du «combat spirituel stratégique». Personne ne nous dit que les Juifs priaient pour la conversion de Ninive. Non, cette conversion fut l’œuvre de Dieu, servi seulement par un homme qui ne voulait rien avoir à faire avec la situation.

La théorie de l’expiation en tant que rançon

Dans la pensée pseudo-biblique des adeptes du combat spirituel et de la domination, une autre erreur concerne le but de l’expiation. Selon eux, Christ est mort pour reprendre à Satan ce qu’Adam lui avait concédé. De tout temps, on a qualifié cet enseignement de «théorie de l’expiation en tant que rançon». Cette théorie est apparue très tôt dans l’histoire de l’Eglise, mais a été écartée au profit de la doctrine biblique de l’expiation en tant que substitution pénale. Voici un résumé de cette «théorie de la rançon» :

«Dans cette situation Dieu offrit le Christ au Malin en tant que rançon, en échange de la vie des pécheurs. Satan s’empressa d’accepter l’offre, considérant qu’il recevrait par là bien plus qu’il ne concédait, mais quand il eut entraîné le Christ en enfer, il s’aperçut qu’il avait à faire à plus fort que lui. Le troisième jour, Christ ressuscita triomphant, si bien que Satan perdit non seulement ses captifs, mais aussi le prix de la rançon»[6]

Assez souvent, des leaders bien connus de la tendance «Parole de foi» embellissent cette théorie par des récits spectaculaires du combat de Christ contre Satan en enfer. Certains prétendent que Christ accomplit cet exploit en tant que simple homme, ayant perdu sa divinité.[7]

Selon l’optique de cette mouvance, la théorie de la rançon et le combat spirituel se rejoignent dans l’explication de la manière dont Dieu aurait rétabli Son autorité légale sur la terre et sur l’humanité. D’après Ed Silvoso, «Avant la victoire de Jésus au Calvaire, Dieu refusait de passer outre et de défier directement Satan au sujet de l’homme et du monde, contrôlés par le Malin. Si Dieu avait fait cela, Satan aurait pu traiter Dieu d’intrus»[8]. Silvoso poursuit en expliquant que le seul moyen pour Dieu de reconquérir le gouvernement de la terre était d’envoyer Jésus.

Cette théorie déshonore le Nom de Dieu. Elle présuppose que Dieu devait rembourser à Satan une dette pour pouvoir reprendre en main Sa propre création. Elle écarte de manière consternante le fait que l’homme, ayant contracté envers Dieu la dette du péché, se trouvait sous une juste colère divine ! En réalité, comme l’explique le troisième chapitre de l’Epître aux Galates, nous étions alors sous la malédiction de la loi, passibles d’une condamnation éternelle. Dans Romains 3:25, la Bible parle de «propitiation», de «[Jésus-Christ] que Dieu avait destiné à être une victime propitiatoire; par la foi en son sang, afin de manifester sa justice par le pardon des péchés commis auparavant, pendant les jours de la patience de Dieu» (Trad. Ostervald). Dans le Nouveau Testament grec, l’expression «victime propitiatoire» (ilasterion) désigne aussi le «propitiatoire» (Hébreux 9:5). Le sang du sacrifice fut répandu sur le propitiatoire pour apaiser la colère de Dieu envers le péché. Par l’expiation, c’est nous qui avons été soustraits à la colère de Dieu; ce n’est pas Dieu qui a été soustrait à quelque «droit légal» que Satan aurait acquis sur la création divine. «Etant donc maintenant justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous sauvés par lui de la colère de Dieu» (Romains 5:9, Trad. Ostervald).

C’est vrai, nous sommes libérés de Satan grâce à l’expiation. Mais cette libération découle de notre délivrance de la culpabilité qu’imposait la loi; celle-ci nous rendait esclaves du péché et de Satan (Colossiens 2:13-15). On est loin, là, de l’idée d’une rançon versée par Dieu à Satan. Selon la Bible, «le Sang de Jésus» représente Sa vie offerte en sacrifice. Ce Sang fut effectivement répandu au Calvaire quand Jésus mourut pour nos péchés. Il fut versé «une fois pour toutes», comme la Bible l’affirme à maintes reprises. Il n’est pas une sorte d’entité métaphysique que nous pourrions invoquer contre Satan et contre les démons ; il est le prix versé à Dieu pour nos péchés. Ceux qui enseignent le combat spirituel sont souvent dans la confusion à ce sujet. On entend dire par exemple : «Il est une chose que Satan est absolument incapable de faire : il ne peut pas traverser le sang de Jésus-Christ. Le sang de Jésus a déjà brisé la puissance de Satan, et il constitue dans l’univers une force, une puissance, une entité qui est à la disposition de tout enfant de Dieu, pour le sauver et le délivrer de toute situation, de toute circonstance, de tout péché».[9] Parler ainsi du Sang de Jésus, c’est en faire une entité métaphysique semblable à une amulette possédant des pouvoirs magiques contre les démons, alors qu’il faut y voir le prix versé à Dieu pour nos péchés.

Pourquoi subsiste-il donc des problèmes?

Après avoir affirmé que Christ a restauré les droits légaux de Dieu sur Sa propre création, les adeptes du combat spirituel expliquent pourquoi le monde est encore en si piteux état : le problème, c’est l’Eglise. Christ a bien remporté la victoire et siège bien au-dessus des principautés et des puissances (Ephésiens 1:20-22) ; ils ont raison de souligner cela, car toute autorité appartient à Christ, mais ils prétendent que c’est à l’Eglise de s’emparer du contrôle des lieux célestes. Selon eux, la position exaltée de Christ ne nous sera d’aucun secours si l’Eglise, à laquelle Il a délégué Son autorité, laisse «échapper le ballon» (et n’oublions pas que pour eux, déléguer l’autorité revient à s’en dessaisir ou à la perdre.) Ils pensent que la calamité survenue avec Adam est susceptible de se reproduire.

Divers enseignants expliquent le problème de différentes manières. D’après Ed Silvoso : «A l’Eglise revient maintenant le contrôle potentiel des lieux célestes autrefois dominés par le prince de la puissance de l’air. Mais il faut pour cela que l’Eglise engage le combat et vainque l’ennemi afin de reprendre les lieux célestes au nom de son Seigneur, pour que puissent s’ouvrir les yeux de ceux que Satan retient encore captifs»[10]. Si c’était le cas, l’Eglise aurait ignoré la chose pendant près de deux mille ans, jusqu’à ce que les adeptes modernes du combat spirituel viennent nous instruire et nous montrer qu’il est impossible de prêcher l’Evangile, d’avoir foi en Dieu, et d’être régénéré par le Saint-Esprit tant que l’Eglise n’a pas «pris le contrôle» des lieux célestes.

Jamais l’Eglise n’a été mandatée pour contrôler les lieux célestes. Ne l’oublions pas : Jésus a dit à Pierre que Satan avait demandé à Dieu la permission de le passer au crible comme le blé (Luc 22:31). Dans sa sagesse souveraine, Dieu qui contrôle tout l’univers a accordé cette permission, mais elle a eu pour effet de ramener Pierre à Jésus et de le préparer à son futur ministère. A supposer que nous puissions prendre le contrôle des lieux célestes, faudrait-t-il alors que Satan sollicite notre permission plutôt que celle de Dieu ? L’Eglise possède-t-elle une connaissance, une sagesse, et une puissance suffisantes pour régner sur un domaine que la Bible ne décrit que partiellement, et saurait-elle le gérer pour le bien de tous ? Je ne le crois pas. L’Eglise n’est ni conçue, ni équipée en vue d’une tâche pareille. C’est Dieu qui est responsable des lieux célestes. Tout ce que, dans Sa providence, Dieu permet à Satan et à ses cohortes malfaisantes de faire contribue à un seul but : le bien du peuple de Dieu et la gloire des plans immuables de Dieu (Romains 8:28-39). Christ a donné autorité à l’Eglise pour «faire des disciples», pas pour prendre le contrôle des lieux célestes.

Beaucoup d’adeptes du combat spirituel tordent les Ecritures pour faire passer l’idée que nous avons à gouverner la terre et les lieux célestes. Ils citent les versets suivants: «Il a tout mis sous ses pieds et l’a donné pour chef suprême à l’Eglise, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous» (Ephésiens 1:22-23). Leur hypothèse est que Dieu aurait donné à l’Eglise d’être le chef suprême, et qu’en tant que corps de Christ nous aurions à exercer l’autorité sur toutes choses. Mais ce passage ne dit pas que Dieu a établi l’Eglise comme chef suprême de toutes choses : il affirme que Dieu a établi Christ comme chef de toutes choses pour l’Eglise ! C’est tout différent. Nous avons reçu Christ, nous n’avons pas reçu la suprématie. Le Christ règne, et Satan est toujours obligé d’obtenir Sa permission, comme ce fut le cas pour Pierre. Notre sécurité est en Christ et dans Son règne bienveillant sur toute Sa propre création. Elle n’est pas dans un règne supposé qui nous installerait à Sa place.

Les tenants du combat spirituel et de la théologie de la domination croient que Dieu est à la merci de l’Eglise. Ils enseignent que Dieu est vulnérable et bien à l’étroit pour diriger Sa propre création. Silvoso enseigne par exemple que l’Eglise a le pouvoir de livrer la terre et les lieux célestes à Satan. Il écrit : «La seule solution pour Satan est d’essayer de tromper l’Eglise, l’agent de Dieu sur terre, et de l’amener à lui céder les réalités dont Dieu lui a confié le soin, tout comme il l’avait fait avec Eve, puis avec Adam, dans le jardin.[11] Silvoso ne cesse d’insister sur un même thème : d’après lui, l’Eglise aurait le pouvoir de redonner à Satan la juridiction sur les lieux célestes, et donc sur la destinée des villes terrestres. Ainsi Dieu pourrait se retrouver dans la même situation fâcheuse qui (selon cet enseignement) fut la sienne au temps de l’Ancien Testament.

Jamais nous ne devrions considérer Dieu comme vulnérable et limité, même quand nous restons dans le contexte de la mission qu’Il nous a confiée, celle de la prédication de l’Evangile. Il n’empêche que Silvoso écrit : «La prière opère dans le cadre des limitations que Dieu s’est Lui-même imposé. Il s’agit de domaines dans lesquels, pour des raisons que nous ignorons, Il a choisi de restreindre Ses options, et donc Sa liberté d’action».[12] Un autre tenant du combat spirituel déclare: «Vis-à-vis de nous, Dieu s’est rendu tellement vulnérable !»[13] Non, rien n’empêchera Christ de bâtir Son Eglise. Dieu retire les Siens de la masse des perdus et les envoie proclamer Son message du salut. En aucun cas Il ne nous appelle à diriger le cosmos ou à maîtriser un univers dont Il se serait retiré, et qu’il incomberait, soit à nous, soit à Satan, de gouverner.

Je ne grossis nullement les affirmations de ces leaders : Francis Frangipane, qui dit avoir vendu des centaines de milliers de livres sur le combat spirituel, fait cette déclaration :

«L’église qui gagnera le combat contre Jézabel héritera de la glorieuse «étoile du matin», c’est-à-dire d’une gloire visible, extérieure, qui symbolise la pureté intérieure et cachée. C’est une église qui aura «autorité sur les nations» de manière unique, parce qu’elle aura vaincu l’esprit de Jézabel qui cherchait à dépouiller de leur autorité les serviteurs de Dieu».[14]

Frangipane suppose que la femme Jézabel dont il est question dans Apocalypse 2:20 est un esprit qui contrôle largement la société et l’église. Les principaux ennemis de Jézabel seraient les prophètes actuels, qui sont «Elie» revenu en esprit pour préparer le retour du Seigneur. Il dit : «Les manifestations insolentes de Jézabel prouvent simplement que l’esprit d’Elie est présent, apportant la repentance et suscitant partout dans notre pays des prophètes qui font la guerre».[15] En accord avec les doctrines courantes des adeptes de la domination et du combat spirituel, il suppose ainsi qu’au fil de l’histoire, l’église s’est abandonnée elle-même et a abandonné la société aux suppôts de Satan, mais qu’aujourd’hui de nouveaux prophètes porteurs de révélations nouvelles vont nous permettre d’accéder à la domination mondiale.

Faut-il avoir foi en la puissance des paroles et en celle de l’unité?

Après avoir décidé que c’est à l’Eglise et non à Christ de gouverner les lieux célestes, les tenants du combat spirituel et de la domination formulent diverses théories sur les facteurs qui permettraient soit à Satan, soit à nous d’avoir la haute main. Un principe-clé serait la puissance supposée des paroles. Selon Frangipane, «Christ, le Souverain Sacrificateur de notre confession (Hébreux 3:1) se saisit des paroles de foi ou d’incrédulité que nous prononçons, et nous rend la vie éternelle en proportion de nos paroles».[16] Un tel enseignement présuppose que le sacerdoce de Christ se limite à nos paroles. C’est là une exégèse biblique fantaisiste et fausse, une erreur énorme qui suppose que le mot «confession» limite le sacerdoce de Christ aux paroles que nous prononçons. L’auteur affirme que nous confessons Christ en tant que souverain sacrificateur. Mais cette interprétation faussée exalte notre propre parole au détriment de Christ. Larry Lea insiste aussi sur la puissance des paroles : «Le diable, dit-il, ne peut connaître toutes nos pensées. Mais il sait ce que nous disons. Vos paroles peuvent lui donner la porte d’entrée dont il a besoin pour se livrer à ses méfaits.[17]

C’est là un thème courant dans le camp du combat spirituel et de la domination. Ed Silvoso enseigne que nous instituons «une juridiction» pour Satan en cas de colère, de manque de pardon, ou de désunion.[18] Son argumentation est la suivante : «Dès la création d’une juridiction, Satan et ses démons sont en mesure d’envahir les lieux célestes dont ils avaient été délogés. Ils sont en mesure de le faire parce que les chrétiens, en gardant de la colère, invalident l’exemple décrit en Ephésiens 3:9-10 en se privant réciproquement de la grâce».[19] Silvoso suppose donc que le diable bénéficie d’une juridiction dans les lieux célestes chaque fois que les chrétiens se mettent en colère, ou causent quelque autre problème, par exemple en ne s’unissant pas aux autres églises dans leur ville. Si nous prononçons quelque parole mal venue, si nous n’entrons pas dans le programme de combat spirituel des tenants de la domination, si nous insistons sur la saine doctrine aux dépens de l’unité, ou tout simplement si nous ignorons la nature, l’identité, et les projets des esprits mauvais agissant dans le monde, alors nous serions coupables de donner autorité à Satan sur nos villes et sur nos nations. Je ne grossis pas les prétentions de ces leaders : ils reviennent sur ces points tout au long de leurs écrits. S’ils avaient raison, quelle espérance nous resterait-il ? A les en croire, notre espérance n’est pas en Dieu, mais dans nos propres paroles, dans les «connaissances révélées» que nous recevons, dans nos propres stratégies, et dans notre soumission aux enseignements des prophètes de ce nouveau mouvement.

D’après certains d’entre eux, nous ne pouvons même pas mettre notre espérance dans le retour de Christ. Earl Paulk écrit : «Tant que l’Eglise n’exerce pas son autorité, Jésus-Christ ne reviendra jamais».[20] Si nous adoptons les idées qui sous-tendent ces enseignements, qu’avons-nous encore à espérer ? Ils nous donnent l’impression que l’autorité souveraine de Christ est si fragile qu’elle peut sans cesse retomber entre les mains du diable, pour peu que dans notre faiblesse nous commettions une maladresse ou un manquement à la perfection chrétienne. Satan ne cesserait pas d’étendre sa juridiction !

Silvoso affirme :

«Ces deux éléments [la colère et le fait d’attrister le Saint-Esprit] permettent au diable et à ses forces mauvaises de s’emparer dans les lieux célestes des juridictions que crée notre désobéissance. Puisqu’il ne peut pas défier l’autorité de Jésus, Satan défie l’Eglise dans la sphère de l’autorité déléguée. Au fond, il réédite ce qu’il avait fait au jardin d’Eden».[21]

A en croire Silvoso, nous serions en mesure de «rendre» à Satan l’autorité de Christ. Mais justement, cette autorité ne lui a jamais été donnée à quelque moment que ce soit !

Dans cette perspective, la puissance de nos paroles passe pour être une force créatrice servant à mettre en place le règne de Dieu. Dans un développement intitulé «Créateurs avec Dieu», John Dawson écrit : «Puisque nous sommes les intendants légaux de cette planète, il importe que les êtres humains autorisent l’action de la part des anges au moyen de paroles prononcées à haute voix».[22] Notre domination nous conférerait un pouvoir supposé de «lier et de délier» selon Matthieu 18:18. Dawson poursuit : «Dans le champ de notre autorité se trouve le privilège d’appeler à l’existence le plan de Dieu à mesure que Celui-ci nous révèle Ses pensées».[23] D’après la théorie de la domination, si on prononce des paroles dans un contexte de foi et d’unité, elles deviennent une puissance conférant aux humains le pouvoir «de mettre en place la réalité».

Plusieurs des adeptes de la domination voient dans le récit de la tour de Babel un exemple de ce prétendu pouvoir humain. Selon eux, la puissance de la parole humaine associée à l’unité peut permettre à tout un chacun d’accomplir soit le bien, soit le mal. Ils supposent que si l’église s’unit et se sert des techniques que nous venons d’évoquer, nous pourrons mettre en place la domination chrétienne sur la planète tout entière sans que Christ soit revenu. Ils nous promettent des miracles plus spectaculaires que ceux de Jésus, un réveil de qualité supérieure à celui que décrit le Livre des Actes, et une puissance et une autorité comme on n’en a encore jamais vus dans l’histoire de l’église. Et en même temps Dieu est «exposé au risque, vulnérable» et a pour ainsi dire perdu Son contrôle souverain sur Sa propre création.

L’interprétation donnée par Francis Frangipane du récit de la tour de Babel montre à quel point certains de ces leaders parviennent à tordre les Ecritures. Après avoir cité Genèse 11:6, Frangipane fait ce commentaire : «[Dieu] a dit que tout ce que les hommes imaginaient, ils avaient le pouvoir de l’accomplir».[24]

Non ! Ce n’est pas là ce que Dieu a dit. «L’Eternel dit : Voilà un seul peuple ! Ils parlent tous un même langage, et voilà ce qu’ils ont entrepris de faire ! Maintenant, il n’y aurait plus d’obstacle à ce qu’ils auraient décidé de faire» (Genèse 11:6). Ces hommes avaient projeté de construire la tour de Babel, et ils l’auraient fait si Dieu n’était pas intervenu. Une humanité déchue et unie imagine et dresse des plans mauvais (Genèse 6:5). Dieu choisit de ne pas les laisser aller jusqu’au bout de leurs intentions mauvaises, et de les empêcher de réaliser ces aspirations qui s’élèvent contre Son autorité.

D’après Frangipane, ce verset parlerait d’exploits accomplis par les hommes. Il le commente en ces termes : «Cependant, aujourd’hui ces éléments font partie de notre monde car l’homme a le pouvoir de mettre en place la réalité. Si un homme peut imaginer ces choses en pensée et persuader les autres d’y croire, alors leurs esprits sont capables de les mener à bien. A peu d’exceptions près, rien ne sera impossible, même pour un petit groupe de deux ou trois, une fois que ce groupe croit qu’une chose peut se réaliser».[25] On a là pratiquement le même credo que celui du «New Age», dont les adeptes répètent à l’envi : «Tout ce que l’homme peut concevoir, l’homme peut le réaliser.»

Genèse 11 nous parle de la puissance souveraine avec laquelle Dieu intervient dans les actions des hommes, et non de quelque puissance inhérente à l’unité humaine, à laquelle tous pourraient recourir afin «de mettre en place la réalité». Pourtant, ces leaders recherchant la domination par le combat spirituel poussent l’Eglise à utiliser cette puissance d’unité afin de prendre le contrôle des villes et des nations. Mais réfléchissons un instant à ce qui s’est réellement passé à Babel : les bâtisseurs n’ont jamais pu mener à bien leur projet. Dieu est intervenu, leur a envoyé la confusion des langues, et les a dispersés un peu partout sur la terre. Comment un enseignant de la Bible en arrive-t-il à voir dans cet épisode un exemple de la puissance créatrice illimitée de l’homme ? Comment en arrive-t-il à affirmer que Dieu avait pour ainsi dire perdu Son autorité sur la terre, aussi bien dans le Nouveau Testament que dans l’Ancien ? L’histoire de Babel démontre au contraire la puissance souveraine et illimitée avec laquelle Dieu intervient dans l’histoire humaine et mène à bien Ses projets.

Pat Robertson fait de ce passage le même usage que Frangipane. Après avoir cité Genèse 11:6-8, il nous livre ce commentaire : «Dieu conclut catégoriquement que quand les hommes s’unissent, rien ne peut les arrêter».[26] Combien les «Evangéliques» d’aujourd’hui ont du mal à discerner la souveraineté de Dieu, même là où la Bible en présente une manifestation des plus puissantes ! C’est bien triste. Beaucoup ont opté pour une théologie centrée sur l’homme et déshonorante pour Dieu. Cette théologie-là ne fera tomber ni les principautés ni les puissances, et elle n’amènera pas le monde à se soumettre à des dominateurs chrétiens. Elle produira tout au plus une Eglise paralysée par la crainte de la moindre «confession négative» ; ou bien alors, quand nous serons devant la nécessité de corriger l’erreur et de nous éloigner d’un œcuménisme à bon marché, elle dira que nous avons placé la planète sous la juridiction de Satan, et que Dieu, exclu de la situation, l’observe maintenant du dehors en spectateur impuissant.

Une théologie à la Néron

Néron est tristement célèbre pour avoir accusé l’Eglise d’avoir incendié Rome. Les païens de Rome persécutaient souvent les chrétiens, les rendant responsables de tous les maux de la cité. Un «Père de l’Eglise» du deuxième siècle, Tertullien, commenta la situation en ces termes : «Si le niveau du Tibre atteint le sommet des remparts romains, ou si la crue du Nil ne fertilise pas les champs avoisinants, s’il ne pleut pas, s’il y a la famine ou la peste, on se met aussitôt à crier : ‘Jetez les chrétiens au lion!’ Mais voyons, comment ferez-vous manger toute cette multitude à un seul animal ?»[27] Quel renversement ironique de la situation : maintenant ce sont des enseignants chrétiens qui font endosser à l’Eglise la responsabilité de tout ce qui arrive ici ou là ! Ed Silvoso déclare que «l’état de la ville découle toujours de l’état de l’Eglise».[28] John Dawson proclame : «En tant que chrétiens, nous tenons entre nos mains la destinée de notre ville. Récolterons-nous le Réveil, ou bien le jugement ?»[29]

Il convient de se demander pourquoi Paul n’a pas enseigné ces doctrines-là aux chrétiens de Rome. Pourquoi auraient-ils supporté tant de persécutions (Paul a subi le martyre à Rome) s’ils avaient pu tout simplement utiliser la puissance de leurs paroles pour «mettre en place la réalité» ? Pourquoi ne se sont-ils pas tous mis d’accord et n’ont-ils pas lié l’homme fort sur la ville, pour que l’église domine sur elle, suscite un réveil qui aurait mis fin à toute opposition de la part des païens ? Si cela avait été possible, deux siècles d’atrocités auraient pu être évités ! Mais ces enseignements ne déshonorent pas seulement Dieu, ils déshonorent aussi les chrétiens fidèles qui annoncent l’Evangile depuis deux mille ans. Les villes du monde n’ont pas cessé d’être païennes. A en croire Silvoso, Frangipane ou Dawson, tout au long de l’histoire les missionnaires chrétiens seraient restés incapables de prendre autorité sur les forces spirituelles. Que Dieu nous donne de L’honorer en reconnaissant qu’Il contrôle souverainement toute Sa création, et que Ses projets sont immuables.

L’histoire de Dieu, de l’homme et de l’éternité n’est nullement celle d’une course à pied cosmique à l’issue incertaine. Les plans éternels de Dieu n’ont rien de précaire : ils ne risquent pas de dérailler ou d’être bloqués par l’homme ou par Satan. Dieu mènera à bien tous Ses projets pour l’Eglise, pour Israël, et pour le genre humain malgré ces fausses doctrines. Il le fera par la simplicité de l’Evangile. «Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication» (1Corinthiens 1:21). L’histoire est entre les mains de Dieu, pas entre les nôtres. Notre part est de croire Sa Parole, et de L’honorer par notre dépendance et par notre obéissance.


Sauf indication contraire, les citations bibliques de la traduction française sont tirées de la Bible dite «A la Colombe», 1re édition, Alliance Biblique Universelle.


Notes de fin

[1] Kenneth Copeland, Following the Faith of Abraham 1 (Suivre la foi d’Abraham, 1ère partie) [Cassette audio], Fort Worth, Kenneth Copeland Ministries, 1982.

[2] Earl Paulk, Held in the Heavens Until… God’s Strategy for Planet Earth (Retenu dans les cieux jusqu’à ce que… La stratégie de Dieu pour la planète terre), Atlanta, Dimension Publishers, 1985, p. 222.

[3] Ed Silvoso, That None Should Perish – How to Reach Entire Cities for Christ Through Prayer Evangelism (Afin qu’aucun ne périsse – Comment atteindre des villes entières par l’évangélisation et la prière), Regal: Ventura, CA, 1994, p.195.

[4] Op. cit., Copeland.

[5] Ibid.

[6] New Dictionary of Theology, ed. Sinclair Ferguson, Downers Grove: Intervarsity, 1988, art. «Atonement» (Expiation), p. 55.

[7] Voir l’excellent ouvrage de D.R. McConnell, A Different Gospel (Un autre Evangile), Peabody: Hendrickson, 1988. Voir p. 125-126, au sujet des racines de ce mouvement axé sur la santé et la prospérité.

[8] Op. cit., Silvoso, p. 117.

[9] Larry Lea, The Weapons of Your Warfare – Equipping Yourself to Defeat the Enemy (Vos armes pour le combat: comment vous équiper pour vaincre l’ennemi), Lake Mary, FL: Creation House, 1989, p. 27, 28.

[10] Op. cit., Silvoso, p. 117.

[11] Ibid., p. 119.

[12] Ibid., p. 194.

[13] John Dawson, Taking our Cities for God – How to Break Spiritual Strongholds (Prendre nos villes pour Dieu – Comment briser les forteresses spirituelles), Lake Mary, FL: Creation House, 1989, p. 27, 28. Il y a plusieurs années, j’ai écrit à John pour lui faire part de mon souci le concernant, et j’ai reçu de lui une réponse pleine de bonté et de bienveillance, exprimant son amour et son humilité chrétienne. Je cite cependant des éléments de son livre parce qu’il est typique de cet enseignement sur le combat spirituel, et qu’à ma connaissance John le cautionne toujours.

[14] Francis Frangipane, The Three Battlegrounds (Les trois champs de bataille), Marion, IA: Advancing Church Publications, 1989, p. 116.

[15] Ibid., p. 108.

[16] Ibid., p. 77.

[17] Op. cit., Lea, p. 41.

[18] Op. cit., Silvoso, p. 120, 121.

[19] Ibid., p. 121.

[20] Op. cit., Paulk, p. 61.

[21] Op. cit., Silvoso, p. 121.

[22] Op. cit., Dawson, p. 200.

[23] Ibid.

[24] Op. cit., Frangipane, p. 84.

[25] Ibid., p. 84, 85.

[26] Pat Robertson, The Secret Kingdom (Le Royaume secret), Nashville, Nelson, 1982, p. 172.

[27] Tertullien, Apologia, chap. 40.

[28] Op. cit., Silvoso, p. 215.

[29] Op. cit., Dawson, p. 58.

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