Comment les ministères de délivrance conduisent à l’asservissement spirituel

Article n°78 – Septembre/Octobre 2003, de Bob DeWaay, depuis le site internet : Critical Issue Commentaries (CIC). L’original peut être consulté en anglais à l’adresse suivante : http://cicministry.org/commentary/issue78.htm

Traduction française d’Henri Viaud-Murat, 12/10/2006. Reproduction de la traduction autorisée, pourvu qu’elle soit intégrale et que les sources soient indiquées.


Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité, et que, revenus à leur bon sens, ils se dégageront des pièges du diable, qui s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté. (2Timothée 2:24-26)


En 1977, j’exerçais un ministère spécialisé dans la guérison intérieure et la délivrance. Les gens venaient de toute l’Amérique pour chercher à être libérés des voix qu’ils entendaient, de toutes sortes d’addictions, de traumatismes émotionnels produits par des blessures passées ou des abus qu’ils avaient dû subir, et de nombreux autres liens spirituels. A cette époque, notre ministère était considéré comme étant «à la pointe du progrès» dans le domaine du combat spirituel. Notre église était une communauté chrétienne où tout le monde pouvait venir vivre avec d’autres Chrétiens pour y trouver la guérison.

A peu près vers la même époque, une sœur vint d’un autre Etat pour demeurer dans notre centre de délivrance, en vue d’y recevoir la prière pour sa délivrance. Elle avait grandi dans une famille profondément engagée dans l’occultisme, et ses parents lui avaient donné le prénom d’une déesse grecque. Quand elle nous a téléphoné, elle s’efforçait de se libérer de ses liens spirituels occultes, et elle était attaquée par des mauvais esprits qui refusaient de la laisser tranquille. Ces esprits se manifestaient à travers elle en sifflant comme des serpents et en nous accablant de sarcasmes. Nous découvrîmes rapidement que les démons qui la tourmentaient étaient puissants et n’avaient aucune intention de la quitter. Deux d’entre nous prirent la responsabilité de s’occuper de cette sœur. Après l’avoir guidée dans diverses prières, nous avons directement attaqué certains démons, en leur ordonnant de partir au Nom de Jésus. Cette sœur en éprouva un certain soulagement.

Peu après, à la fin de l’une de nos réunions du mardi soir, il se produisit l’événement le plus extraordinaire de notre rencontre avec cette sœur. La plupart des Chrétiens étaient déjà partis, mais elle voulut rester pour que l’on prie encore pour elle. Avant même que nous ayons pu commencer, elle fut saisie par un esprit très violent. Sa physionomie changea, sa voix n’était plus la même, son visage était contorsionné, et ses mains étaient tordues comme des serres d’oiseau de proie. Elle poussa un grand cri et se mit à me charger, dans l’intention de me lacérer le visage avec ses ongles. Pendant qu’elle hurlait et qu’elle courait vers moi en traversant la salle, le frère qui s’occupait d’elle et moi-même, nous sommes restés fermes et lui avons dit : «Stop, au Nom de Jésus !» Parvenue à quelques dizaines de centimètres de nous, elle fut arrêtée par un mur invisible, et s’écroula à terre en gémissant. Nous avons alors prié pour elle, en demandant à Dieu de la libérer.

Nous avions rencontré beaucoup de cas de manifestations démoniaques dans notre ministère, mais celui-ci était le plus violent. Aujourd’hui, quand je repense à cet événement, je sais que le plus important, ce n’est pas ce qui s’était passé ce soir-là, mais ce qui se passa le lendemain. Le lendemain, elle se sentait bien mieux, et elle voulut nous parler avant de rentrer chez elle. Elle me dit : «Bob, Satan a très peur de toi ! Tu as une grande puissance et une grande autorité !» A l’époque, je n’avais pas compris la signification réelle de ces phrases, comme je peux la comprendre aujourd’hui. A ce moment-là, j’étais entièrement conditionné par la mentalité du «combat spirituel,» alors qu’aujourd’hui, j’ai pris conscience de la valeur de la Providence divine. Nous interprétons tout ce qui nous arrive en fonction du système de pensée qui est le nôtre. Dans cet article, je veux donc examiner l’exorcisme et la délivrance des démons en fonction de ces deux systèmes de pensée.

La délivrance, dans le système de pensée du «combat spirituel.»

Dans le système de pensée du «combat spirituel,» on croit que le combat entre Dieu et Satan, entre le mal et le bien, se déroule au niveau de notre histoire humaine. L’issue de ce combat est incertaine. Je veux dire par là que Dieu n’est pas Souverain pour déterminer l’issue de ce combat[1]. Il y a des blessés et des pertes dans ces batailles spirituelles. Ce combat pour la libération des êtres humains de leurs liens spirituels doit être mené par des hommes et des femmes de foi, qui ont appris les règles de ce combat, et qui deviennent de puissants «guerriers de Dieu.» Certains leaders, dans ce système de pensée, croient que même la destinée des nations est entre les mains de ces guerriers spirituels, qui ont la responsabilité de conquérir les nations pour le Royaume de Dieu. Mon désir le plus cher, en 1977, était de devenir l’un de ces puissants guerriers, capables de piller le royaume de Satan sur le champ de bataille.

Dans ce contexte, j’ai donc pu interpréter les déclarations de cette sœur comme la confirmation que j’étais en train de réussir. J’avais 27 ans, et j’étais devenu un puissant guerrier, équipé pour aller combattre toutes les forces adverses que Satan pouvait envoyer contre moi. Je fus donc tellement «gonflé» par cette délivrance que je passai les deux ou trois années suivantes à m’occuper de dizaines de personnes en souffrance. Beaucoup se trouvaient dans d’horribles liens spirituels. Jour et nuit je chassais les démons, je m’attaquais aux puissances des ténèbres, et j’aidais les gens à s’échapper des griffes des démons. Cette sœur rentra chez elle, et je n’entendis plus parler d’elle. Pendant plusieurs années, j’exerçais ainsi mon ministère, sans me ménager, auprès de tous ceux qui en avaient besoin autour de moi.

Selon de nombreux exorcistes qui ont adopté le système de pensée du combat spirituel, les démons possèdent leurs victimes parce qu’ils ont le «droit» de le faire. Par exemple, vous pouvez être victime d’une malédiction inconnue, qui donne à un démon le droit de vous tourmenter. Voici comment le fameux exorciste Bob Larson l’explique : «Les malédictions sont de véritables transactions légales dans le domaine spirituel. De même que les contrats humains contiennent de minutieuses dispositions, rédigées dans un langage soigneusement choisi, les malédictions sataniques sont souvent remplies de dispositions minutieuses et extrêmement détaillées»[2]. Pour être libéré, il est donc nécessaire d’avoir recours à un spécialiste capable de déchiffrer ces dispositions, et de comprendre la nature exacte de la malédiction, pour formuler ensuite une renonciation adéquate qui permet de la briser[3]. Lorsque j’exerçais mon «ministère de délivrance,» j’avais adopté le système de pensée du combat spirituel. C’était mon «boulot» de découvrir ce qui avait donné aux démons le droit d’entrer dans la vie des gens, et de fermer toutes ces portes d’entrée. J’enseignais aussi que si les démons avaient eu le droit «légal» d’entrer, ils s’efforceraient d’occuper leur terrain de toute manière, même s’ils n’en avaient plus le droit ensuite, car ce sont des esprits méchants qui ne pensent qu’à séduire et tromper.

Ceux qui ont adopté le système de pensée du combat spirituel mènent ce combat à différents niveaux. Au niveau des «lieux célestes,» ils embrigadent des armées «d’intercesseurs prophétiques» pour identifier, lier et chasser les esprits qui contrôlent les villes et les nations[4]. Des «guerriers spirituels» sont rassemblés pour prendre le contrôle spirituel des villes, en faisant des «marches de prière» tout autour des lieux stratégiques situés dans ces villes. Dans cette optique, le particulier qui exerce un «ministère de délivrance» n’est qu’un simple fantassin chargé du combat au corps à corps sur le champ de bataille spirituel. Il affronte les puissances des ténèbres qui ont capturé des âmes individuelles. En 1977, j’étais l’un de ces combattants, qui venait juste de découvrir, au travers de l’expérience très forte de la délivrance de quelqu’un qui avait été très loin au service de Satan, qu’il était un puissant guerrier, que Satan craignait beaucoup. J’étais parti pour passer le reste de ma vie dans la carrière militaire spirituelle, à délivrer des captifs. L’exorcisme était l’aspect très personnel de ce combat spirituel, et c’est là que j’avais choisi de me battre.

Afin de continuer à améliorer mon ministère de délivrance, j’ai lu les livres écrits par ceux qui avaient plus d’expérience que moi. J’ai pu ainsi mieux comprendre comment les démons travaillaient. Toutefois, beaucoup de personnes que je conseillais continuaient à avoir des problèmes avec les démons, malgré de nombreuses sessions d’exorcisme. Il fallait donc aller beaucoup plus loin dans le développement de stratégies plus efficaces. Les batailles ne sont pas toujours faciles à gagner. Dans une guerre, il y a toujours des revers. Certains enseignements que je faisais étaient très bibliques : la repentance, le pardon, l’étude de la Parole de Dieu, et le développement de justes relations au sein du Corps de Christ. En outre, dans mon ministère, je devais aider les gens à faire des choix sages pour leur vie.

Pendant cette même période, je visitais ceux qui étaient enfermés dans les hôpitaux psychiatriques de ma région. J’avais conseillé tellement de personnes à problèmes qu’une fois, en visitant le plus grand hôpital de ma région, j’y rencontrai trois personnes que j’avais personnellement connues.

Des lois spirituelles secrètes.

Pendant toutes ces années où je croyais au système de pensée du combat spirituel, j’avais remarqué que les mêmes personnes continuaient à avoir les mêmes problèmes. En cherchant à me perfectionner dans l’approche de la délivrance, je lis un livre écrit par un Chrétien célèbre, qui prétendait avoir reçu des révélations divines. Dans tout son livre, il expliquait qu’il y avait des lois spirituelles qui gouvernent le monde des esprits. L’une de ces lois concernait la «passivité.» Selon lui, les démons étaient capables de s’emparer de ceux qui avaient une volonté «passive»[5]. J’ai longtemps accepté cette «vérité» dans mes méthodes de conseil, croyant que c’était la passivité qui faisait sans cesse retomber les mêmes personnes sous l’esclavage des démons. J’ai donc développé des techniques pour que les gens cessent d’avoir une volonté passive, afin que les démons ne puissent plus les influencer. Aujourd’hui, je ne crois plus en la validité de ce que je faisais alors.

On rencontre toujours ce type d’enseignement aujourd’hui. Voici ce qu’écrit Bob Larson : «Si une personne possède une forte volonté, il semble plus difficile à un démon de la dominer, quoi que fasse cette personne»[6]. Dans ce schéma, le facteur de la volonté humaine est donc très important : «Je demande toujours à ceux qui sont liés par des démons de faire appel à cette petite portion de leur volonté qui n’est pas dominée par les démons»[7].

Pourtant, j’ai constaté un problème : les gens «passifs,» par nature, ne me semblaient pas avoir une volonté forte, et rien n’y changeait. Ils continuaient toujours à se sentir opprimés par les démons, et se lamentaient de leur incapacité à surmonter leur «passivité.» A cette époque, je ne me rendais pas compte qu’en demandant aux gens d’avoir une volonté plus forte, je ne faisais que jeter de l’huile sur le feu. Le système de pensée du combat spirituel m’avait égaré si loin que je ne voyais plus la pertinence de ces simples versets des Ecritures : «Ainsi parle l’Eternel : Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, […] Béni soit l’homme qui se confie dans l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espérance !» (Jérémie 17:5,7).

Selon la théorie que j’enseignais, l’une des «lois spirituelles» de l’univers affirmait que ceux qui avaient une volonté passive devenaient la proie des démons, même s’ils étaient Chrétiens. Pour être libre, il fallait avoir une forte volonté. On ne pouvait plus faire confiance à Dieu pour être libre, mais il fallait avoir une forte volonté. Dieu se trouvait lié par une loi spirituelle qu’Il avait Lui-même créée[8]. Bob Larson a écrit : «La volonté des victimes est le champ de bataille où se conduit la guerre de l’exorcisme. La moindre réticence peut signifier la défaite»[9]. Dans ces conditions, où donc est notre espérance ? Dans notre propre volonté ? Larson a dit de l’une de ses clientes : «Son refus initial de ne pas vouloir admettre ce qui s’était passé a donné aux démons le droit légal de continuer à la dominer»[10].

Dans ces conditions, il est clair que nous avons besoin d’un «homme de loi» spirituel pour déchiffrer les contrats spirituels de l’univers, contrats utilisés par les démons pour faire leur travail, ainsi que toutes les lois qui s’y rapportent. Dans le système de pensée du combat spirituel, le combat concerne les êtres humains et les esprits méchants dans les lieux célestes. Les humains ont alors un immense désavantage, parce que les esprits naviguent dans le monde spirituel depuis des millénaires, et eux seuls connaissent toutes les «règles.» L’exorciste doit faire appel aux démons pour réunir de multiples informations, pour les battre en utilisant ensuite leurs propres règles. Bob Larson force les démons à lui dire la vérité, en les menaçant d’être punis par les anges et être envoyés dans l’abîme. Je n’avais jamais pensé à cette stratégie quand je pratiquais la délivrance ! Ensuite, il oblige les démons à lui dire ce qu’il faut faire pour délivrer leurs victimes. Voici le conseil qu’il donne à ceux qui veulent s’engager dans un ministère de délivrance : «Il faut demander à quelqu’un de noter toutes les informations reçues quand on interroge les démons. A mesure que se révèle la structure interne du système démoniaque de la victime, faites une liste des démons en fonction de leur rang, notez leurs droits et les portes par lesquelles ils sont entrés, ainsi que les raisons légales qu’ils peuvent avoir pour rester»[11]. Comment pouvons-nous savoir que toutes ces informations sont sûres ? «Les démons seront forcés de vous donner toutes ces informations, parce qu’ils doivent se soumettre au Nom de Jésus et à Son autorité»[12].

Lorsque je croyais au système de pensée du combat spirituel et que je pratiquais la délivrance, je croyais à la validité de tout ce que je faisais, à cause de la vive réalité des démons qui se manifestaient, et parce que les gens étaient libérés au Nom de Jésus. Beaucoup de gens se sentaient mieux après les réunions de délivrance. Ils étaient venus dans un état misérable, et quittaient nos réunions avec un sentiment d’amour et de liberté. Je croyais donc que nous étions en train de les aider. Je ne doute pas de la sincérité de Bob Larson et d’autres qui travaillent comme lui. Je ne doute pas non plus de la réalité des histoires qu’ils racontent. Ce que je remets à présent en question, c’est le système de pensée qui sous-tend leur ministère, et qui n’est pas biblique. Il est vrai qu’il existe tout un monde invisible qui a ses lois, et que ces lois gouvernent les démons et tous les niveaux de la hiérarchie satanique. Mais faut-il découvrir et exploiter toutes ces lois pour avoir la victoire sur Satan ? Avons-nous besoin de ministères de délivrance entraînés et spécialisés, pour libérer les captifs de Satan ? Plus loin, je vous expliquerai de quelle manière mon ministère a dû complètement changer, quand j’ai commencé à mettre en doute les fondations doctrinales sur lesquelles il s’appuyait.

Connaissances secrètes et délivrance.

Ceux qui acceptent le système de pensée du combat spirituel affirment que, pour gagner ce combat, il est important de réunir des connaissances sur Satan, sur ses émissaires, et sur leur structure hiérarchique. C’est vrai à tous les niveaux, qu’il s’agisse de combattre les principautés qui dominent les nations, ou de chasser les démons d’un individu.

Par exemple, quand j’étais dans ce mouvement, nous voulions acheter un terrain dans l’une des banlieues de notre ville. Comme nous avions des problèmes pour conclure cet achat, nous avons convoqué une réunion d’intercession qui devait durer toute la nuit. Vers le milieu de la nuit, quelqu’un a reçu une révélation, selon laquelle une principauté nommé «Manitou» contrôlait notre ville. C’était «Manitou» qui nous empêchait d’acheter notre terrain. Cette principauté régnait sur la ville, parce que les Indiens avaient auparavant pratiqué ici leur religion. Nos dirigeants nous ont donc demandé de chasser cet esprit de Manitou de la ville, afin que nous puissions la conquérir pour Dieu. La conclusion heureuse de notre achat nous «prouva» que nos prières avaient été efficaces. Cela nous a confortés dans notre conviction que nous avions de révélations spéciales pour chasser les principautés des villes qu’ils contrôlaient.

Pour ceux qui ont accepté le système de pensée du combat spirituel, de telles pratiques se justifient parfaitement. Tout ce que l’on doit accomplir dépend d’une interaction complexe entre toutes sortes de démons, de principautés et de lois qui contrôlent le monde spirituel. Aucun domaine de notre vie n’échappe à ces lois. La délivrance des individus n’est que micro-niveau de ce combat, alors que les villes et les nations appartiennent au macro-niveau. A chaque niveau, il est nécessaire de réunir des informations, si l’on veut gagner la bataille. Les connaissances nécessaires sont en général les noms des démons ou des principautés, la nature des malédictions invoquées, et la structure les hiérarchies spirituelles dans le royaume de Satan. Bob Larson raconte comment il a dû faire un exorcisme, alors que l’un des démons avait dû s’absenter pour une mission, et n’était pas présent lors de la procédure[13]. Il apprit à «obliger ce démon à rester à l’extérieur.» Il écrit : «Si j’avais terminé la procédure trop tôt, je n’aurais jamais entendu parler de cet esprit en mission, et il serait retourné plus tard»[14].

On peut se demander quel rôle peut jouer le Seigneur dans ce système de combat spirituel. En fait, Il se contente de nous ordonner de combattre, de nous équiper pour le combat, et de nous donner les armes dont nous avons besoin. Toutefois, c’est à l’exorciste d’employer ses armes pour chasser les démons. Il doit employer ces armes de la bonne manière, sinon les démons ne seront pas chassés. Par exemple, Larson raconte comment il a dû expliquer à un pasteur pourquoi les démons continuaient à revenir : «Vous n’avez sans doute jamais identifié le «démon portier.» Peu importe le nombre de démons que vous chassez, ils ne sont pas obligés d’aller dans l’abîme, parce que le «démon portier» leur garde la porte ouverte, et ils peuvent revenir»[15]. La hiérarchie et la localisation des démons sont déterminées par les connaissances et la compétence de l’exorciste. Larson prétend qu’il a le droit d’envoyer les démons dans l’abîme, si la procédure est correctement suivie.

Il faut bien retenir ceci : toutes les informations dont nous avons besoin pour mener efficacement le combat spirituel, selon ce système de pensée, sont des informations qui ne sont pas révélées. Je veux dire par là que l’on ne peut trouver ces informations ni dans la Parole de Dieu (la Bible), ni dans la révélation générale (ce que nous pouvons légitimement apprendre de la création en ayant recours à nos sens naturels et à notre intellect rationnel). Cette connaissance requise est donc secrète. Dieu n’a pas révélé les noms de tous ces démons qui contrôlent les nations, les villes, les villages et les personnes démonisées. La seule source de ces informations doit provenir d’une autre révélation, que ce soit une révélation divine extra-biblique, ou une révélation donnée par les démons eux-mêmes. Ceux qui croient au système de pensée du combat spirituel affirment que c’est à eux d’obtenir toutes les informations dont ils ont besoin pour ce combat. Etant donné que cette connaissance est «secrète,» elle est du domaine de l’occulte. Il faut donc qu’ils puissent nous expliquer de quel droit ils peuvent obtenir des connaissances interdites, sous prétexte de délivrer les victimes des esprits mauvais.

Le «SAMU spirituel.»

Il y a dans notre ville une société qui s’appelle «SAMU Informatique.» Il s’agit d’équipes d’intervention rapide qui peuvent venir chez vous ou dans votre entreprise, pour résoudre tous vos problèmes informatiques. Ce sont des gens très compétents, qui peuvent vous réparer rapidement tous vos problèmes de matériels ou de logiciels. Ils peuvent faire cela parce qu’ils connaissent bien la nature et le fonctionnement des matériels et des logiciels. Ils ont une connaissance technique. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que ce sont les hommes qui ont inventé les ordinateurs. Il existe des manuels détaillés, et des experts peuvent démonter vos ordinateurs. Il est possible de connaître parfaitement les ordinateurs, parce que les ordinateurs ont été inventés par les hommes.

Mais, en ce qui concerne le système de pensée du combat spirituel, ses partisans ont eu le besoin de créer des «SAMUs spirituels» pour s’occuper des âmes. Il faut donc étudier en détail non seulement les démons et les malédictions qui attaquent les hommes, mais aussi l’âme humaine. Ces techniciens spirituels compétents doivent discerner et diagnostiquer toutes les relations complexes existant entre les facteurs spirituels qui affectent les âmes des hommes, afin de pouvoir les remettre en ordre. Les ordinateurs sont complexes, mais ils sont infiniment plus simples qu’une âme humaine, ou que le monde spirituel qui nous entoure.

Par exemple, considérez la description que fait Bob Larson d’une personne dont il avait conduit la délivrance. Cette personne avait plusieurs personnalités fragmentées, et était liée par des démons. Elle souffrait d’une «dissociation» de sa personnalité. L’un des démons qui la contrôlaient s’appelait le «Portier.» Il permettait à tous les démons qui avaient été chassés de revenir[16]. Larson décrit la cause de ce désordre de la personnalité, et montre comment il avait appris à parler aux diverses personnalités fragmentées qui composaient cette personne[17]. Certaines de ces personnalités s’appelaient «Facilitateur» et «Régulateur.» Larson pensait que les démons qui contrôlaient cette personne pouvaient posséder certaines de ces personnalités multiples[18]. Voici ce qu’il explique :

«En ce qui concerne ces personnalités multiples, il y en a des bonnes et des mauvaises. Les «bonnes personnalités» forment une partie de la conscience globale de cet individu. Ces «bonnes personnalités» ont accepté Christ comme Sauveur. Mais les «mauvaises personnalités», pour une raison ou une autre, refusent de se soumettre au Seigneur»[19].

Cette situation complexe oblige le «technicien spirituel» à «trier dans ce fouillis, pour obtenir le concours des bonnes personnalités, afin de gagner à Dieu les mauvaises personnalités»[20]. Larson demande à l’une des personnalités fragmentées de son client de l’aider à identifier les «personnalités ténébreuses.» Il entreprit ensuite la tâche incroyablement compliquée de «trier» les démons et les fragments de personnalités au sein de cette personne. Il réussit même à conduire à Christ «Facilitateur»[21]. Larson réveille ensuite des souvenirs enfouis, découvre les raisons légales qui ont permis aux démons d’entrer, ainsi que les noms des démons cachés[22]. Voici l’une des prières qu’il a faites pour aider cette victime à trouver sa liberté : «Je commande aux anges de Dieu de rechercher et de tourmenter cet esprit de douleur. Je lie Douleur au démon Régulateur, et je leur commande d’éprouver tout le tourment dont ils ont affligé Randall. Je multiplie ce tourment par sept !»[23]

La complexité de ce processus est effarante ! Comment pouvons-nous être certains que nous parlons aux démons, aux fragments de la personnalité, ou à la personne réelle ? Comment est-il possible qu’une personne soit sauvée, alors que certains «fragments de sa personnalité» n’ont toujours pas accepté Christ ? Avons-nous réellement l’autorité de commander aux anges de Dieu de tourmenter les démons, jusqu’à ce qu’ils se décident à partir ? A mon avis, la complexité de ce problème est telle que Larson, en réalité, sous-estime la complexité des liens et des besoins de l’âme humaine. Il est clair qu’il ne peut exister aucun «SAMU spirituel» efficace pour libérer les âmes ! Car il y a une différence capitale entre les ordinateurs et les êtres humains. Les ordinateurs ont été créés par les hommes, alors que les âmes ont été créées par Dieu ! Seul Dieu connaît réellement le cœur de l’homme ! Seul Dieu connaît tous les détails du monde spirituel, et de son interaction avec l’âme humaine !

La Bible nous dit pourquoi aucun «technicien spirituel» humain ne peut résoudre les problèmes profonds de l’être humain : «Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître ? Moi, l’Eternel, j’éprouve le cœur, je sonde les reins» (Jérémie 17:9-10). Toute la Bible nous montre que seul Dieu connaît le cœur humain[24]. Ceux qui ont adopté le système de pensée du combat spirituel ressentent le besoin pressant de former des «techniciens spirituels» qui peuvent libérer les âmes humaines des situations psycho-spirituelles complexes qui les tourmentent. Ces techniciens, quel que soit le nom qu’on leur donne, doivent s’appuyer sur des techniques et des connaissances qui ne sont pas révélées dans la Bible. Ils doivent donc réunir toutes ces informations sur l’âme humaine, les malédictions secrètes, les souvenirs cachés ou oubliés, les démons, les noms des démons, les relations entre démons, les relations entre les fragments de personnalité au sein d’une même personnalité, ainsi que les relations entre les démons et ces fragments de personnalité. Et encore, tout cela n’est-il sans doute que le sommet de l’iceberg ! Ces «SAMUs spirituels» n’ont aucun manuel pour étudier ou «démonter» une âme humaine, aucun recueil de procédures pour expliquer la réalité complexe d’une âme, ni aucun moyen objectif d’étudier une âme ou le monde spirituel qui l’entoure.

En outre, les êtres spirituels qu’ils interrogent pour obtenir leurs informations partagent au moins un attribut avec leur chef, Satan : ce sont des menteurs ! Cela n’empêche pas les «prêtres» du combat spirituel d’interroger les démons pour obtenir leurs secrets. Voici encore une histoire que raconte Bob Larson :

«Pas à pas, je poussai l’adversaire dans ses retranchements, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus résister. Avant que je prononce la condamnation finale de ce démon, il me regarda d’un air interrogateur et me demanda avec curiosité : «Qui t’a donc appris les règles ?» Je lui dis : «Qu’entends-tu par là ?» Il répondit : «Les règles spirituelles qui déterminent ce que nous pouvons, et ne pouvons pas faire. Tu as certainement été instruit par l’un d’entre nous. Je n’ai jamais connu quelqu’un qui connaisse aussi bien les règles que toi !»[25]

Il me semble que si ce système de pensée du combat spirituel est vrai, et si les prétentions de ses «prêtres spirituels» sont vraies, alors nous sommes plongés dans de sérieux problèmes, sans aucun espoir sérieux d’en sortir ! Il faut interroger les démons pendant des années pour connaître les «règles,» étant donné que les informations nécessaires pour les chasser efficacement ne sont ni révélées par les Ecritures ni accessibles par les moyens ordinaires.

Quant à moi, je m’épuisais littéralement à essayer de «faire coller» tous les détails du combat spirituel pour qu’il soit efficace. Je compris qu’il me fallait me convertir à un autre système de pensée, en ce qui concernait le monde que Dieu avait créé et qu’Il gouvernait. Cette conversion transforma le «technicien spirituel» que j’étais en prédicateur de l’Evangile. Le reste de cet article va décrire de quelle manière cela s’est passé.

Ma conversion au système de pensée de la Providence divine.

Deux ans après cette «délivrance» où j’avais appris que Satan avait peur de moi, j’étais complètement usé par les longues journées et nuits passées à aider les gens à sortir de leurs liens. Je recevais des appels pendant la nuit, lancés par des gens qui avaient des problèmes urgents. Je ployais sous le nombre des cas dont je devais m’occuper. Certaines personnes avaient constamment besoin d’aide. Une seule personne très chargée pouvait nous vider de notre énergie émotionnelle et spirituelle. Je m’occupais souvent de 15 personnes par semaine.

A cette époque, l’une de ces personnes tournait vraiment mal. Cette femme quittait souvent son mari et ses enfants, le soir, pour aller courir dans les bars et rencontrer des hommes. Elle était passée par tous les ministères que nous pouvions lui offrir. Son mari m’appelait désespérément et me demandait de l’aide, parce qu’elle était en train de le détruire, et de détruire leurs enfants. Une nuit, cette femme m’appela vers trois heures du matin en m’accusant de tous ses problèmes, parce que j’étais un «très mauvais conseiller.» Il me sembla que je ne pouvais plus en supporter davantage. Je criai à Dieu, et je fis à peu près cette prière : «Seigneur, je veux réellement aider cette femme, comme tant d’autres. J’ai prié pour elle, je l’ai conseillée, je l’ai aidée, j’ai aidé sa famille de toutes sortes de manières pratiques, et j’ai chassé ses démons. J’ai fait tout ce que je savais faire. Mais je n’en peux plus. Si je n’obtiens pas de meilleurs résultats, je ne pourrai plus rester dans le ministère !»

Dieu répondit à ma prière en attirant mon attention sur un passage de l’Ecriture. Depuis ce jour, ma vie et mon ministère ont été transformés ! Je ne le savais pas à l’époque, mais ce fut à ce moment-là que j’abandonnai le système de pensée du combat spirituel, pour me convertir au système de pensée de la Providence divine, comme je préfère l’appeler[26]. Voici le passage que le Seigneur me montra :

Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité, et que, revenus à leur bon sens, ils se dégageront des pièges du diable, qui s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté. (2Timothée 2:24-26)

La première chose qui m’a frappé dans ce passage fut la description de ceux dont le diable s’était emparé, pour les soumettre à sa volonté. Je me rendis compte que personne ne pouvait être aussi lié que cette femme. C’est son état qui m’avait poussé à remettre en question tout ce que je pratiquais jusque-là.

La seconde chose qui me vint à l’esprit en relisant ce passage fut de voir de quelle manière il pouvait s’appliquer à ma situation. Paul montrait à Timothée de quelle manière il fallait s’occuper de ceux qui avaient de sérieux problèmes dans l’église, et qui causaient des problèmes à Timothée. C’était précisément ma situation. Plus tard, quand je pus étudier ce passage plus objectivement, sans avoir mon esprit encombré par le système de pensée du combat spirituel, je compris que ces versets étaient les plus importants, dans tout le Nouveau Testament, pour nous montrer de quelle manière nous devons nous occuper dans l’Eglise de ceux qui sont liés par Satan. La plupart des passages dont je me servais pour appuyer mon ministère de délivrance étaient essentiellement tirés des Evangiles, mais ils ne concernaient pas encore l’Eglise, car l’œuvre de la croix n’était pas encore accomplie, et le Saint-Esprit n’avait pas encore été répandu à la Pentecôte. Je me servais aussi d’autres passages dans le Livre des Actes, mais ils concernaient des gens qui n’étaient pas Chrétiens. L’exorcisme et la délivrance ne sont jamais utilisés dans le Nouveau Testament comme la thérapie normale pour les Chrétiens nés de nouveau !

La troisième chose que j’appris en méditant ce passage fut de voir comment on peut échapper aux griffes de Satan. Ce fut cela qui me fit abandonner le système de pensée du combat spirituel, pour adopter celui de la Providence divine. Les Chrétiens qui sont liés par Satan ne peuvent lui échapper que si Dieu leur accorde la repentance ! Cela me choqua quand je le compris réellement pour la première fois. Il est bien écrit : «dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance.» Auparavant, je croyais que si les choses ne changeaient pas, c’était pour l’une des deux raisons suivantes : 1) C’était moi qui étais un mauvais conseiller, et qui devais acquérir de meilleures techniques de délivrance, ou 2) c’était la victime qui faisait tout capoter parce qu’elle ne suivait pas mes prescriptions, laissant ainsi rentrer en elle sept démons plus méchants ! Nous tournions constamment en rond pour essayer de voir laquelle de ces deux raisons pouvait expliquer nos échecs. Je compris enfin que si Dieu leur accordait la repentance, ceux qui étaient esclaves de Satan pouvaient lui échapper. Sinon, ils ne le pouvaient pas. J’avais trouvé la solution biblique ! Pourquoi certains pouvaient recevoir la repentance, et d’autres pas, cela restait un secret que je ne connaissais pas, et que Dieu n’était pas obligé de nous révéler (Deutéronome 29:29).

Toutefois, comme je ne savais pas si Dieu allait accorder la repentance à telle ou telle personne, je pouvais toujours penser qu’il pouvait l’accorder à tous les cas que j’allais rencontrer. Cela m’encouragea, et me permit de comprendre une quatrième chose : comment conseiller de telles personnes. Paul écrit : «Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires.» Nous avions l’habitude de nous lever à deux heures du matin, avec deux ou trois autres anciens, pour maîtriser une personne démonisée qui hurlait et se débattait, et crier : «Sors, esprit méchant, au Nom de Jésus !» Plus tard, je me dis que ce n’était pas une manière d’être «doué de patience, et de redresser avec douceur» ces personnes ! Depuis lors, j’ai compris que Dieu, pour délivrer ceux qui sont liés par Satan, veut que nous leur annoncions Son Evangile, dans toutes ses implications. Je pouvais donc enseigner patiemment la vérité, en faisant confiance à Dieu pour qu’Il utilise Sa Parole pour changer les vies. Dieu peut délivrer des griffes de Satan les pécheurs les plus démonisés, par la seule puissance de l’Evangile (voir Colossiens 1:13 et Ephésiens 2:1-5). Auparavant, puisque ces personnes étaient Chrétiennes, et qu’elles étaient encore dans les liens, je pensais que le simple Evangile ne suffisait pas à les délivrer, et qu’il fallait avoir recours à des techniques et des procédés spéciaux pour les libérer. Maintenant, je crois en la puissance de l’Evangile.

Ce qu’il y a de merveilleux avec la vérité de l’Evangile, c’est qu’on peut l’annoncer à un autre moment qu’à trois heures du matin, à des gens qui se défoncent ! Je ne sortis plus en pleine nuit pour aller chasser les démons d’une personne qui cherchait à m’attendrir. Je commençai à corriger cette femme dérangée en lui disant qu’elle avait besoin de se repentir, de faire confiance à Dieu et à Sa grâce, et de Lui obéir. C’était un péché de quitter son foyer le soir pour aller s’enivrer dans les bars avec des étrangers ! Elle finit par divorcer de son mari, et passa les vingt années suivantes à s’enfoncer toujours plus dans le péché. Mais je savais que je n’en étais pas responsable. Il fallait soit qu’elle accepte l’Evangile, soit qu’elle continue à vivre sous l’esclavage de Satan. Seul le plan parfait de Dieu peut guérir une âme humaine. Il n’y a aucun autre plan de remplacement ! Cette femme peut toujours se repentir et échapper au diable. Si elle le fait, ce sera par la grâce de Dieu et en obéissant à l’Evangile, et non par l’intervention d’un SAMU spirituel !

Comment évaluer nos expériences.

A présent, je crois que Dieu contrôle souverainement toutes choses dans l’univers qu’Il a créé, y compris les puissances des ténèbres. Satan ne peut faire que ce que Dieu lui permet de faire. Dans cette perspective, le problème de la liberté ou de l’esclavage, de la bénédiction ou de la malédiction, est très clair. Tout revient à notre relation avec Dieu, par le moyen de l’Evangile. La Bible dit : «Béni soit l’homme qui se confie en Dieu […] Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme» (Voir Jérémie 17:5-8). Je crois à présent que le fait d’avoir recours à des «techniciens spirituels,» à des «spécialistes de la délivrance,» qui manipulent les âmes et les esprits qui les influencent, revient à «se confier en l’homme,» quel que soit l’habillage chrétien dont on affuble ces techniques.

Je crois que tout ce qui m’était arrivé pendant que je pratiquais la délivrance était très réel. J’avais certainement affaire à des démons. Mais j’interprète à présent différemment ce qui s’était passé avec cette femme qui voulait me lacérer le visage avec ses ongles. A cette époque, comme je croyais au système de pensée du combat spirituel, cet incident me stimula énormément. Je fus tout excité d’apprendre que j’avais une grande autorité et que Satan avait peur de moi et me respectait. Je fus persuadé que ses pauvres victimes avaient désespérément besoin de moi et de mon expérience de la délivrance et des démons, pour que je les aide à recouvrer leur liberté. C’est cela qui me poussa à travailler jour et nuit pendant des années pour combattre les puissances des ténèbres qui oppressaient les Chrétiens.

A présent, je peux expliquer cet événement d’une tout autre manière. Je crois que Satan a joué le grand jeu pour me prendre dans ses filets, comme tant d’autres, pour nous pousser à nous confier en l’homme au lieu de nous confier en Dieu seul et en Son Evangile. Ce fut dur pour moi de le réaliser ! Satan avait réussi à me faire croire que le «ministère de délivrance» était plus important que le simple Evangile, et que ce que je faisais l’épouvantait. Ce faisant, il avait réussi à diminuer ma confiance en l’Evangile, en me faisant croire que ce n’était pas l’Evangile qui allait pleinement délivrer les gens des puissances des ténèbres, mais qu’il fallait avoir recours à des «ministères de délivrance» comme le mien !

Le «racket de protection» mis en place par Satan.

Le processus de délivrance de l’oppression des démons ressemble beaucoup à un racket organisé par des gangsters, pour «protéger» ceux qu’ils rançonnent. Le diable travaille aux deux extrémités de la chaîne : d’un côté il vous oppresse par ses démons, et d’un autre côté il vous propose sa protection, moyennant finance. Satan fait tout ce qu’il peut pour pousser les gens à pratiquer le péché et l’occultisme pour les lier. Puis il pousse ceux qui croient au combat spirituel à pratiquer leurs techniques de délivrance, en étant persuadés qu’ils détiennent la clef de la liberté. En fait, Satan gagne alors sur les deux tableaux ! Il ne lui reste plus qu’à demander à ses démons de faire le «grand show» pour convaincre les «délivreurs» qu’ils sont sur la bonne voie !

Satan peut demander à ses démons de révéler des «secrets» concernant le monde spirituel et la délivrance, puis de partir au commandement du ministère de délivrance. Si les démons semblent obéir aux menaces d’être tourmentés par des anges dans l’abîme, c’est pour une raison très simple : les démons veulent pousser les Chrétiens à croire que ce sont les «spécialistes de la délivrance,» et non Dieu seul, qui ont l’autorité de juger les démons avant le temps[27]. Cela sert les objectifs de Satan, qui nous fait alors croire toujours le même le mensonge, que nous pouvons être «comme Dieu.» Il nous fait ainsi croire que nous possédons un pouvoir qui n’appartient en fait qu’à Dieu.

Par exemple, quand j’appris que Satan avait peur de moi, je ne demandais qu’à le croire, et je crus alors ce mensonge, ce qui me fit perdre confiance en la vérité de l’Evangile. Soit nous craignons Dieu et nous échappons à Son jugement, grâce à l’Evangile, soit Satan nous fait croire que nous avons une grande puissance et une grande autorité, plus grandes que celles que nous donne l’Evangile. L’attaque de cette femme par Satan, et sa «délivrance» ultérieure, m’ont fait comprendre comment fonctionnait le «racket.» Satan a commencé par m’attaquer par cette femme (menace), puis il a battu en retraite à mon, commandement (protection). La conséquence, c’est que j’eus davantage confiance en ma puissance spirituelle qu’en celle de l’Evangile.

Le système de pensée du combat spirituel diminue considérablement notre foi en l’Evangile. Nous ne croyons plus pleinement que l’œuvre parfaitement accomplie par Christ à la croix suffit à nous délivrer de toute la puissance de Satan et des démons, ni que c’est Dieu qui nous transformera complètement à l’image de Christ. Nous croyons alors que tout ce que nous essayons de faire peut être remis en cause, si nous n’avons pas les connaissances et les techniques spéciales pour mener ce combat spirituel. Apparemment, l’Evangile seul ne «marche pas vraiment» pour tous ceux qui ont besoin de consulter les «spécialistes de la délivrance» du SAMU spirituel, et il faut y ajouter beaucoup de choses. Ces spécialistes enseignent que l’Evangile ne nous délivre que potentiellement. Certes, il nous faut croire en l’Evangile, mais nous avons aussi besoin de «briseurs de malédictions» professionnels, d’exorcistes, d’intercesseurs prophétiques, de spécialistes de la guérison intérieure, de conseillers psycho-spirituels, et d’une foule d’autres spécialistes qui constituent une nouvelle classe de «prêtres compétents.» Tous ces spécialistes s’installent dans une position de nouveaux médiateurs entre Dieu et les âmes captives. Ils sont comme les «protecteurs» du racket, qui empêchent les bandits de nous battre et de nous dépouiller.

Selon ces spécialistes, notre bien-être spirituel et matériel est déterminé par tout ce qui se passe dans le monde spirituel. Eux seuls détiennent les secrets qui nous permettront d’être guidés dans la liberté et la prospérité. Neil Anderson prétend que beaucoup de Chrétiens sont dans les liens parce que leur système de pensée est mauvais[28]. Ils ne voient donc aucune raison de s’engager dans le combat spirituel, parce qu’ils ont une «mentalité d’occidentaux.» Ce qu’Anderson ne comprend pas, dans son livre, c’est qu’il existe deux systèmes de pensée au sein du Christianisme, qui acceptent tous deux l’enseignement biblique au sujet de la réalité des esprits et de leur influence sur les gens. Anderson est partisan du système de pensée du combat spirituel, en disant qu’il s’agit du système de pensée «chrétien»[29]. Si je dis cela, c’est parce qu’il ne parle jamais de la Providence divine, et enseigne à ses lecteurs qu’ils doivent franchir des «étapes de libération» qui vont au-delà de l’Evangile et des moyens de grâce fournis par l’Ecriture[30].

Je ne mets pas en doute les motivations des spécialistes de la délivrance. Quand j’en étais un, je voulais sincèrement aider les gens. Je travaillais jour et nuit, sans recevoir aucun salaire ni aucun profit personnel. Je voulais pleinement servir Dieu et faire progresser Son Royaume. Je croyais sincèrement que c’était ce que je faisais. Toutefois, j’étais séduit, et cette séduction me fit enfoncer les gens dans l’esclavage spirituel, au lieu de les délivrer réellement. Sans le savoir, j’enchaînais les gens encore plus.

Par exemple, j’enseignais que si un démon avait été chassé, et si la personne délivrée retombait dans le péché qui avait ouvert la porte au démon, alors sept démons plus méchants revenaient en elle. C’était une mauvaise compréhension de Matthieu 12[31]. C’est cela qui asservissait encore plus ceux qui avaient besoin de délivrance. Si quelqu’un, par exemple, venait être délivré d’un esprit de convoitise (ce qui arrivait souvent), et s’il convoitait par la suite une femme, il commençait à s’inquiéter et à s’angoisser, parce qu’il savait qu’il avait donné à Satan le droit d’envoyer encore plus de démons pour le tourmenter. Il lui fallait ensuite revenir nous voir pour une nouvelle délivrance.

Un tel enseignement fait croire aux gens que leur liberté dépend d’une vie pratiquement sans péché. Dès la moindre chute, les démons reviennent ! Pour vous rendre compte à quel point les gens dépendent d’un homme et non de la grâce de Dieu, considérez ce qu’écrit encore Bob Larson : «J’ai connu des gens que j’ai refusé d’aider, pour qu’ils mûrissent dans le Seigneur jusqu’au point où Satan ne s’intéresse plus à eux»[32]. Evidemment, si vous n’êtes pas un assez bon Chrétien, vous devez garder vos démons ! Ce système de pensée ne peut que produire la crainte et l’orgueil. La crainte, si vous croyez que vous ne pouvez pas être un assez bon Chrétien pour éloigner les démons de vous, ou l’orgueil, si vous pensez que vous êtes tellement puissant et sans péché, que Satan vous craint et ne peut pas vous toucher. La crainte et l’orgueil résultent du fait que l’on a fait plus confiance à l’homme qu’à Dieu.

Conclusion.

Il faut donc comprendre que notre système de pensée est très important. Le système de pensée du combat spirituel affirme que les Chrétiens sont engagés dans un combat contre les puissances des ténèbres. Selon ce système de pensée, Dieu œuvre au travers des Chrétiens, mais Sa liberté d’action est limitée. Plus les Chrétiens possèdent la puissance et les techniques du combat, et plus ils peuvent vaincre les forces des ténèbres. Si les Chrétiens ne connaissent pas les techniques du combat spirituel, ils seront les victimes et non les vainqueurs. Il y a des pertes dans ce combat, et Dieu n’est pas assuré de la victoire finale.

Le système de pensée de la Providence divine affirme que Dieu est souverain, et qu’Il contrôle toutes les puissances des ténèbres. Ces puissances spirituelles mauvaises ne peuvent faire aucun mal aux Chrétiens, sans en avoir d’abord reçu la permission du Seigneur. Tout ce que le Seigneur permet est toujours pour notre plus grand bien. Le problème essentiel n’est pas notre connaissance des techniques du combat spirituel, mais notre connaissance de Dieu et de l’Evangile. Satan essaye toujours de nous faire croire le mensonge que nous pouvons être comme Dieu, ce qui est contraire à la vérité de l’Evangile.

Les partisans du combat spirituel nous égarent en nous faisant croire qu’il est nécessaire de connaître l’action des démons, des malédictions, et de toutes les activités de Satan, et qu’il nous faut rejeter la «mentalité occidentale,» qui nie l’existence du monde spirituel et de l’activité des esprits. Mais il s’agit d’un faux dilemme. Ne vous laissez pas égarer. Même si nous croyons en la grâce divine et en Sa Providence, nous croyons aussi en l’existence des démons, tout comme en l’existence des anges de Dieu et de la présence du Saint-Esprit.

Nous devons choisir de croire, soit que Dieu est souverain sur tous ces êtres spirituels et sur toutes ces réalités du monde spirituel, soit que Dieu Se contente de nous demander de combattre, en nous laissant conduire ce combat avec les armes qu’Il nous donne. Ceux qui défendent ce point de vue pensent que Dieu est simplement là pour nous aider, si nous utilisons les bonnes techniques. Mais ce n’est pas Lui qui nous garde, dans Sa souveraineté, et qui nous conduit dans la gloire. Est-ce Dieu qui règne, et qui nous conduit au but, ou doit-Il nous laisser déterminer l’issue de ce combat contre les démons ?

Je crois que Dieu veut utiliser Son Evangile pour délivrer les hommes des puissances des ténèbres. Je crois que l’Evangile est parfaitement efficace pour accomplir la volonté de Dieu de sauver les pécheurs, et que cette volonté est déterminée de toute éternité. Ceux qui croient sont «sauvés parfaitement» (voir Hébreux 7:25). Ils ne doivent pas craindre les puissances mauvaises de l’univers. Tous les moyens de grâce que la Bible nous fournit sont suffisants pour nous donner une pleine liberté, et pour nous faire grandir dans la grâce et dans la connaissance du Seigneur.

Mais les défenseurs du combat spirituel veulent nous faire croire autre chose. Ils veulent nous faire croire que toutes sortes de techniques et de processus spirituels, qui n’étaient même pas connus avant le XXe siècle, nous sont nécessaires pour nous libérer de l’esclavage de Satan. Il faut croire que tous les Chrétiens des siècles antérieurs ont toujours vécu dans l’esclavage spirituel, parce qu’ils n’avaient que l’Evangile, et que cela n’a pas dû leur suffire ! En cherchant à nous convaincre de l’insuffisance de l’Evangile, les «spécialistes de la délivrance» créent un nouvel esclavage spirituel. Je faisais partie de leur nombre. Je remercie le Seigneur de m’avoir libéré de cet esclavage, grâce à la Vérité des Ecritures.


Sauf indication contraire, les citations bibliques de la traduction française sont tirées de la Bible version Louis Segond 1910.


Notes de fin

[1] Greg Boyd, God At War, Downers Grove Intervarsity, 1997, p. 13. Le Dr Boyd définit ainsi le système de pensée du combat spirituel : «Ce système de pensée est centré sur la conviction que tous les aspects de notre vie peuvent être interprétés comme les conséquences d’un combat mené d’une part, dans les lieux célestes, entre des esprits bons et mauvais, amicaux et hostiles et, d’autre part, entre les hommes et les esprits méchants.» Le Dr Boyd refuse le «système de pensée de la Providence divine». p. 292 Il rejette catégoriquement l’idée que les forces des ténèbres sont utilisées par Dieu au service de Ses plans parfaits.

[2] Bob Larson, In The Name of Satan – How the Forces of Evil Work and What You Can Do to Defeat Them, Nashville Nelson, 1996, p. 109.

[3] Ibid., p. 109, 110.

[4] Voir : Critical Issues Commentary, Issue 48 : «The dishonoring of God in Popular Spiritual Warfare teaching», http://cicministry.org/commentary/issue48.htm

[5] Watchman Nee, The Spiritual Man, Vol 3, New York Christian Fellowship Publishers, 1968 – first published in 1928, p. 125. W. Nee dit que la «passivité» est le facteur essentiel qui permet aux démons d’influencer les Chrétiens. Le chapitre «Path To Freedom» a fourni beaucoup d’arguments aux partisans du combat spirituel. Nee enseignait cela il y a des dizaines d’années. Il m’a beaucoup influencé au cours de toutes les années pendant lesquelles je pratiquais intensivement la délivrance.

[6] Larson, p. 48.

[7] Ibid., p. 80.

[8] Nee, op. cit., p. 90 : «Toutes les actions sont gouvernées par des lois. Si l’on remplit les conditions qui permettent aux esprits méchants d’agir (que ce soit volontairement, comme dans le cas des sorciers ou des médiums, ou que ce soit involontairement, comme dans le cas de Chrétiens ignorants), on leur donne automatiquement le droit d’agir dans notre vie.» Selon les versions modernes de cet enseignement, on ne peut connaître ces lois spirituelles que par des révélations extra-bibliques, comme celles qui nous sont fournies dans le livre de W. Nee.

[9] Larson, p. 190.

[10] Ibid.

[11] Ibid., p. 208.

[12] Ibid.

[13] Ibid., p. 91.

[14] Ibid.

[15] Ibid., p. 133.

[16] Ibid.

[17] Ibid., p. 135-137.

[18] Ibid., p. 138.

[19] Ibid.

[20] Ibid., p. 138, 139.

[21] Ibid., p. 141.

[22] Ibid., p. 142-144.

[23] Ibid., p. 142.

[24] Considérez par exemple 1Rois 8:39 : «Exauce-le des cieux, du lieu de ta demeure, et pardonne ; agis, et rends à chacun selon ses voies, toi qui connais le cœur de chacun, car seul tu connais le cœur de tous les enfants des hommes.» Voir aussi Psaume 44:21 ; Actes 15:8 ; 1Jean 3:20.

[25] Larson, p. 205.

[26] Le processus fut immédiat, en ceci que je suivis aussitôt l’enseignement de ce verset dans mon ministère de conseil auprès des Chrétiens. Mais il fut lent, en ce sens que ma conversion au système de pensée de la Providence divine ne fut complète qu’en 1986, quand je compris que ma pensée arminienne concernant le libre-arbitre total de l’homme n’était pas biblique, et ne laissait pas assez de place à la souveraineté de Dieu. Je dus faire pour cela une étude détaillée de l’épître aux Romains. D’après le système de pensée de la Providence divine, Dieu contrôle toujours parfaitement Son univers, et le conduit sûrement vers l’objectif final qu’Il a Lui-même fixé (Ephésiens 1:11).

[27] Ce passage des Evangiles nous montre que Jésus est Dieu. C’est donc Lui qui exécutera le jugement final : «Et voici, ils s’écrièrent : Qu’y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ?» (Matthieu 8:29). Tout être humain qui prétend disposer lui-même d’un tel pouvoir prétend donc posséder ce qui fait strictement partie des prérogatives divines. Il s’efforce donc d’agir comme Dieu, et c’est un péché.

[28] Neil T. Anderson, The Bondage Breaker, Eugene Harvest House, 2000, p. 30-33.

[29] Ibid., p. 33.

[30] Ibid., p. 199-252. Parmi ces processus figurent des prières, des confessions, des renonciations, des listes de contrôle, des «malédictions des ancêtres» à briser, etc… L’implication est simple : l’Evangile n’est pas suffisant pour nous délivrer des malédictions, des démons ou des autres liens spirituels, à moins d’avoir recours à certaines techniques. Au lieu d’avoir recours aux moyens de grâce tout simples que nous offre la Bible, Anderson nous offre une liste de techniques et de prières toutes faites, qui doivent «marcher.» Il a donc adopté le système de pensée du combat spirituel, et abandonné celui de la Providence divine.

[31] J’explique ce passage dans le message audio : http://www.cicministry.org/commentary/demons.mp3

[32] Larson, op. cit., p. 191.

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