Comment le piétisme trompe les chrétiens – L’erreur des enseignements élitistes dans l’Église

Article n°101 – Juillet/Août 2007, de Bob DeWaay, depuis le site internet : Critical Issue Commentaries (CIC). L’original peut être consulté en anglais à l’adresse suivante : http://cicministry.org/commentary/issue101.htm

Traduction française émanant du «Blog de réflexion chrétien», https://reflexionsjesus.wordpress.com/, 20/03/2015. Reproduit avec autorisation.


Il n’y a pas de chrétiens extraordinaires; mais être un chrétien ordinaire est une chose extraordinaire. Comme je souhaiterais avoir compris cela lorsque j’étais nouvellement chrétien ! Pourtant ce ne fut pas le cas. Peu de temps après ma conversion, j’ai initié une quête pour devenir le meilleur chrétien possible. Ce faisant, je suis tombé sous l’influence d’enseignements qui me promettaient une vie chrétienne supérieure à celle des chrétiens ordinaires. Ce que je ne savais pas c’est que j’avais embrassé le piétisme. Je ne suis pas devenu un chrétien extraordinaire mais je marchais dans l’erreur.

Mon voyage dans la «vie plus profonde» [deeper life] impliquait d’embrasser des enseignements souvent contradictoires. Par exemple, deux de mes enseignants préférés au début des années 1970 étaient Watchman Nee et Kenneth Hagin. L’un enseignait une vie chrétienne plus profonde à travers la souffrance[1] et l’autre enseignait un ordre supérieur de christianisme qui aurait permis d’être libéré de maladies physiques et de la pauvreté.[2] L’attrait aguicheur venait du fait que les deux affirmaient posséder le secret pour devenir un chrétien extraordinaire. Or j’ai découvert qu’ils ne le possédaient pas.

Mon mécontentement vis-à-vis du christianisme enseigné à l’école biblique[3] m’a conduit à rejoindre une communauté chrétienne quelques mois après l’obtention de mon diplôme. Le fondateur de ce groupe enseignait que toutes les églises ordinaires et écoles bibliques s’intégraient à une «Babylone religieuse.» Il enseignait que le royaume de Dieu se trouvait en quittant son emploi, par la vente de ses biens, en donnant l’argent à la communauté et en vivant ensemble pour être consacré au «royaume» 24 heures par jour. Donc, dans ma quête pour devenir un chrétien extraordinaire je fis ce qu’il disait et les rejoignis.

Alors que j’explorais à fond les nombreuses versions du piétisme, cherchant à échapper au christianisme contaminé des églises ordinaires, j’avais dilapidé les dix premières années de ma vie chrétienne. Je me suis converti en 1971 et en 1981, je renonçais à devenir un chrétien supérieur. J’ai acheté une maison pour ma famille et ai démarré une entreprise de réparation de voitures pour payer les factures. J’essayais de comprendre ce qu’il fallait faire avec mon appel à proclamer que presque tout ce qui m’avait été enseigné, que j’avais pratiqué et enseigné à d’autres avait échoué.

Par la grâce de Dieu, je suis revenu à la Bible et résolus d’étudier et d’enseigner simplement verset par verset à partir de ce point. Il me fallu cinq ou six autres années pour me débarrasser des diverses erreurs que j’avais adoptées jusqu’à ce que j’enseigne Romains en 1986. Grâce à cette étude, j’en suis venu à apprécier les doctrines de la grâce. Cette compréhension a ouvert ma pensée et marqua un tournant dans mon ministère. J’en suis également venu à réaliser que la pensée erronée qui m’avait attiré au piétisme était l’attachement à une théologie fondée sur les capacités humaines plutôt que la grâce seule. Après avoir compris cela, je ne regardai plus jamais en arrière.

Si le «secret» d’un ordre supérieur de christianisme est basé sur quelque chose que nous découvrons et mettons en place (le secret d’une vie plus profonde), alors il est logique que certains chrétiens puissent obtenir une position plus élevée que d’autres. Mais si le salut et la sanctification sont l’œuvre de Dieu par sa grâce, nous sommes tous dans le même bateau, et il n’y a pas d’ordre supérieur.

Comprendre les bases du piétisme

Le piétisme est difficile à définir, car il peut être enseigné et pratiqué sous un nombre illimité de formes. Certaines versions semblent être inoffensives tandis que d’autres sont si radicales que la plupart des gens voient que quelque chose ne va pas. Je sais maintenant qu’aucune version du piétisme n’est réellement inoffensive. Si un enseignement est appelé piétisme mais n’enseigne pas plus que ce que Dieu a toujours utilisé pour sanctifier les chrétiens, alors il n’est pas vraiment du piétisme. Le piétisme réel nuit toujours à ceux qui l’adoptent.

L’essence du piétisme est la suivante : Il s’agit d’une pratique conduisant à une expérience qui vise à donner une position d’élite ou spéciale par rapport aux chrétiens ordinaires. La Bible traite cette erreur dans l’épître aux Colossiens.[4] Les faux enseignants de Colosses prétendaient avoir le secret d’une expérience chrétienne supérieure permettant aux gens de s’élever au-dessus du mauvais «destin» qu’ils redoutaient. Paul a expliqué qu’ils avaient déjà tout ce qu’il fallait, par le Christ et son œuvre de la croix. Une autre façon de dire cela serait : Si, après avoir entièrement cru en l’œuvre achevée de Christ sur la croix, on vous dit que vous manquez toujours de quelque chose, on vous enseigne le piétisme.

L’histoire de l’Eglise est jalonnée de mouvements piétistes erronés. Beaucoup d’entre eux sont liés au mysticisme. Je donnerai des exemples plus loin dans cet article. Le piétisme peut être pratiqué de nombreuses façons, y compris par l’isolement volontaire, l’ascétisme sous diverses formes, les pratiques religieuses établies par l’homme, le légalisme, la soumission aux autorités humaines qui revendiquent un statut spécial et au travers de bien d’autres pratiques et enseignements. Le fait que le piétisme ait de nombreuses formes se retrouve dans la longue description qu’en fait Paul en Colossiens :

Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou à propos d’une fête, d’une nouvelle lune ou du sabbat: Tout cela n’était que l’ombre des choses à venir, mais la réalité est en Christ. Que personne, par son goût d’une fausse humilité et du culte des anges, ne vous prive de la victoire. Plongé dans ses visions, un tel homme est sans raison enflé d’orgueil sous l’effet de ses pensées charnelles, et il ne s’attache pas à celui qui est la tête. C’est pourtant d’elle que tout le corps, bien nourri et solidement assemblé par ses articulations et ses liens, tire la croissance que Dieu donne. Si vous êtes morts avec Christ aux principes élémentaires qui régissent le monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous soumettez-vous à toutes ces règles: «Ne prends pas! Ne goûte pas! Ne touche pas!»? Elles ne concernent que des choses destinées à disparaître dès qu’on en fait usage. Il s’agit bien là de commandements et d’enseignements humains! Ils ont, en vérité, une apparence de sagesse, car ils indiquent un culte volontaire, de l’humilité et le mépris du corps, mais ils sont sans aucune valeur et ne servent qu’à satisfaire la chair. (Colossiens 2:16-23)

Paul appelle cette approche «un culte volontaire», ce qui caractérise exactement les diverses formes de piétisme. Elles suggèrent toutes que, avoir été converti par le Seigneur au travers de la croix et pratiquer ses moyens institués de la grâce par la foi est insuffisant. Les piétistes ont découvert une meilleure voie qui mène à une expérience d’ordre supérieure. Paul dit qu’ils ont «l’apparence de la sagesse.»

Sa liste comprend des pratiques ascétiques. Celles-ci apparaissent aux chrétiens mal enseignés comme étant ce que le Seigneur veut. Ils raisonnent ainsi : «Dieu est certainement plus heureux avec une personne qui vend tout et se déplace dans un couvent où il prête serment de pauvreté qu’avec quelqu’un qui va travailler 40 heures par semaine et utilise une partie de son argent pour acheter des choses.» L’est-il vraiment? Quand j’étais un piétiste, si quelqu’un me disait qu’il priait deux heures par jour, alors je devais prier trois heures pour être sûr que je n’allais pas passer à côté de quelque chose. Je raisonnais ainsi : «Dieu est certainement plus heureux avec un chrétien qui prie trois heures qu’avec celui qui en prie deux.» L’est-il vraiment? Quand j’étais un piétiste, je travaillais à augmenter mon désir de sainteté parce que je pensais que la sainteté s’obtenait au travers de quelque chose émanant de notre personne plutôt que par la grâce de Dieu. Sur la base de sermons que j’avais entendu, je raisonnais ainsi : «les chrétiens ne connaissent pas un degré plus élevé de sainteté parce qu’ils ne le désirent pas suffisamment.» Est-ce avéré? Non, aucune de ces déclarations piétistes ne sont vraies. De tels enseignements conduisent à l’élitisme et à nous comparer aux autres. La Bible nous dit de ne pas faire cela. Paul a déclaré que ces pratiques «sont sans aucune valeur et ne servent qu’à satisfaire la chair.»

Dieu s’est engagé à parfaire la sainteté de tous ceux qu’Il a rachetés. Il les rend saint à travers Ses moyens institués de grâce. Paul a averti les Galates et les Colossiens de ne rien ajouter à l’œuvre du Christ : «Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en lui;» (Colossiens 2:6); «Manquez-vous à ce point de bon sens? Après avoir commencé par l’Esprit, voulez-vous maintenant finir par vos propres forces?» (Galates 3:3). Cela signifie que le salut est par grâce au travers de la foi et la sanctification est par grâce au travers de la foi. Il n’existe aucun principe secret à découvrir qui crée des chrétiens d’ordre supérieur. Voici comment ceci est expliqué dans Hébreux : «Et c’est en raison de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus-Christ une fois pour toute […] En effet, par une seule offrande il a conduit à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés.» (Hébreux 10:10,14). Le Piétisme est une attaque contre la vérité scripturaire que le Christ a déjà tout accomplis et que cela est vrai pour tous les chrétiens. Je crois en la sanctification progressive, mais Dieu sanctifie tous les chrétiens par les mêmes moyens.

Le piétisme dans l’histoire de l’Église

Si le piétisme existait à Colosse à l’époque de Paul, il a toujours existé dans l’église. Nous voulons analyser certaines de ses expressions de manière à voir pourquoi il se développe et comment il fonctionne. L’historien de l’Église Justo Gonzalez relate les débuts du mouvement monastique qui étaient apparemment une réaction à la perception selon laquelle la popularité et le succès avaient contaminé le christianisme après avoir été approuvé par Constantin.[5] La question qu’ils cherchaient à résoudre était de savoir comment surmonter Satan (le piétisme offre souvent une protection spéciale contre Satan) qui tentait les gens avec succès alors que le martyre n’était plus d’actualité. Gonzalez écrit : «Beaucoup ont trouvé une réponse dans la vie monastique : en fuyant la société humaine, en quittant tout, en dominant le corps et ses passions qui donne accès à la tentation. Ainsi, au moment même où les églises dans les grandes villes étaient inondées par des milliers de gens demandant le baptême, il y eut un véritable exode de milliers d’autres qui cherchaient la béatitude dans la solitude.»[6] Cette version du piétisme a produit les Pères du désert, tels qu’ils vinrent à être connus.

Certains documents des Pères de l’Église décrivent la vie des moines «anachorètes» qui fuirent la société pour vivre dans le désert. L’un d’entre eux, Anthony donna toutes ses richesses avant d’entrer dans sa nouvelle vie : «Il est ensuite [après avoir quitté son maître] allé vivre dans un cimetière abandonné, où il subsistait du pain que quelques âmes charitables lui apportaient régulièrement certains jours. Selon Athanase, à ce moment Anthony a commencé à avoir des visions de démons qui l’abordèrent presque continuellement.»[7] Paradoxalement, fuir la ville pour échapper aux tentations de Satan n’a pas aidé à le délivrer réellement de Satan.

Le mouvement monastique a conduit à l’idée que l’on pouvait devenir un chrétien d’ordre supérieur et être ainsi plus agréable à Dieu. Ce mouvement a également introduit des pratiques mystiques qui aujourd’hui sont ramenées dans l’église sous prétexte qu’elles venaient d’une époque où le christianisme était pur et non entaché par la modernité.[8] Ce qu’il se passe réellement est une répétition de l’histoire. Quand les chrétiens perçurent que le succès des églises en période de prospérité causait certains maux, ils fuirent vers la solitude où ils devinrent des mystiques. Ce processus advient encore aujourd’hui. Toutefois, ces mouvements piétistes n’ont pas abouti à un christianisme plus pur dans le passé, pas plus qu’ils ne le font aujourd’hui. Ils conduisent à l’élitisme que Gonzalez souligne : «D’autre part, ce genre de vie n’était pas exempt de tentations. Au fil des ans, de nombreux moines sont venus à la conclusion que, puisque leur vie était plus sainte que celle de la plupart des évêques et autres dirigeants d’église, c’était eux et non pas ces dirigeants, qui devaient décider de ce qui était un enseignement chrétien convenable.»[9] Certains ont de nos jours estimé que les chrétiens ordinaires[10] sont tellement entachés par la modernité que ces élites refusent d’être appelés «chrétiens» mais préfèrent plutôt le terme «imitateurs de Christ» [Christ followers] parce que ces élites jugent eux-mêmes suivre le Christ d’une manière pure, chose qui n’est pas avérée pour le reste d’entre nous.

Le mouvement monastique devint plus organisé et existe encore aujourd’hui. L’Eglise catholique romaine a loué leurs démarches qui allaient au-delà de ce qui est exigé des chrétiens ordinaires et a développé le concept des «œuvres surérogatoires,» enseignement rejeté par les réformateurs.

Un exemple des «oeuvres effectuées au-delà» sont les vœux institués dans certains ordres monastiques : Ils sont considérés comme des œuvres surérogatoires par Rome. Ceux qui prononcent les vœux sont réputés plus pieux que les chrétiens ordinaires.

Luther a écrit un long essai démontrant que l’Écriture rejette la validité des vœux monastiques.[11] Son essai jette aussi un regard intéressant sur les questions qui ont été débattues à l’époque de la Réforme. Une question clé pour Luther était que les moines sont allés au-delà de l’Évangile et établirent des commandements sur des sujets que Dieu n’avait pas réglementés et, ce faisant, ont cherché à atteindre une position supérieure devant Dieu. Un exemple est le célibat. Luther a fait valoir que s’engager sur quelque chose que Dieu n’avait pas commandé est un péché : «Le fondement même de la profession monastique est l’impiété, le blasphème, le sacrilège. Ceci est arrivé parce qu’ils ont méprisé Christ, leur chef et lumière, se permettant de suivre d’autres choses qu’ils estiment meilleures.»[12] Ils pensaient qu’ils pouvaient améliorer les enseignements du Christ et vivre une spiritualité supérieure en faisant le serment de vivre une vie de piété au-delà de tout ce que Christ attendait de Son peuple. Luther a condamné cela comme un péché. Luther a écrit : «Si vous obéissez à l’Évangile, vous devriez considérer le célibat comme une question de libre choix : si vous ne le tenez pas comme une question de libre choix, vous n’obéissez pas à l’évangile… Un vœu de chasteté, par conséquent, est diamétralement opposé à l’Évangile.»[13] Donc à l’époque de Luther, celui-ci enseignait que les chrétiens étaient dans l’erreur et le péché s’ils s’engageaient par serment à respecter une pratique non requise par le Christ. Bien qu’ils puissent se croire plus pieux que les chrétiens ordinaires en raison de leurs vœux spéciaux, Luther les appelait de grossiers pécheurs.

En dépit de la lourde condamnation émise par Luther à l’encontre de ceux qui pratiquaient le piétisme de Rome (qui ne s’appelait pas piétisme à l’époque), en moins de 200 ans, ce fut un luthérien, Phillip Jacob Spener, qui est considéré comme l’instigateur du mouvement qui a gagné le nom «piétisme.»[14] Toutefois, Spener lui-même n’était apparemment pas un piétiste dans le sens de revendiquer un ordre supérieur de christianisme. La liste des propositions de Spener pour l’église comprend l’étude plus intensive de la Bible, la pratique du sacerdoce des croyants, la pratique d’actes d’amour désintéressés, et traiter avec les infidèles et les hérétiques par le dialogue et la persuasion aimante plutôt que par la contrainte.[15] La préoccupation de Spener était la corruption : «Il réagissait contre l’orthodoxie polémique qui était stérile au milieu de l’immoralité et les conditions sociales terribles qui suivirent la guerre de Trente Ans.»[16] Bien que l’on puisse faire valoir que le terme piétisme doive être réservé uniquement aux mouvements qui cherchent à réformer une situation de corruption dans l’église, le fait est qu’il s’est attaché au mysticisme de Jacob Bohème et ses nombreux descendants spirituels. Non seulement cela, mais de nombreux mouvements ont, pour tenter de résoudre des problèmes perçus dans l’église, pris une trajectoire mystique et élitiste qui caractérise les piétistes.

Donc, avec tout le respect dû aux personnes qui se considèrent «piétistes» selon la lignée de Spener, je crois que ma définition décrit les idées clés qui ont été promues dans l’histoire de l’église. Les problèmes que Spener voulait résoudre ont été causés par l’existence de l’Église d’État qui n’était pas une idée biblique. Ils n’avaient pas besoin de plus de piété; ils avaient besoin de définir l’église en termes bibliques. Les gens non régénérés intégrés de force dans une église d’Etat à cause de la guerre étaient par nature des impies. L’église d’État sera toujours corrompue parce que l’Église de Christ n’est pas attachée à un gouvernement civil en particulier.

Mysticisme et perfectionnisme

Le mysticisme de Boehme inclût un mélange éclectique glané dans le Cabalisme, l’alchimie, le néoplatonisme, et dans d’autres sources mauvaises. Même les théosophes prétendent que Boehme est l’un des leurs.[17] Des personnes de son acabit ont surgi avec certaines versions très étranges du piétisme. L’un d’entre eux était Jane Leade dont les écrits élitistes et mystiques sont conservés sur les sites Web de ses disciples contemporains. Cet extrait de Leade issu de An Enochian Walked with God, montre comment peut se présenter le piétisme élitiste :

Il me semble que certains diront à la lecture de ceci : Oh! Vous avez mentionné un état noble et élevé, qui est comme une nouvelle chose qui n’avait pas été révélée jusqu’alors; comme si dans la vie présente il devait y en avoir qui monteraient dans la Nouvelle Jérusalem, pour y célébrer et adorer Dieu; Ceci, diriez-vous appartient à la vie Enochienne; mais cet âge du monde n’est pas encore venu, si ce n’est de connaître un état transposé [translated state]. Nous accordons que ce n’est pas commun, mais seulement propre à certains, que l’esprit d’Enoch puisse marcher avec Dieu et soit donc ravi complètement en esprit. Pourtant, nous pouvons espérer que ce jour de l’esprit vienne, par lequel ces choses seront connues plus universellement; où les esprits angéliques monteront, et où le principe divin s’ouvrira, lui qui a été si longtemps enfermé : alors vous connaitrez un nouvel état de vie, que vous ne connaissiez pas auparavant; car il fera sortir l’amour de toutes choses mortelles en dehors des cœurs-portes : Tout cela sera pleinement manifesté.[18]

Le piétisme de Leade re-émergea au XXe siècle avec le mouvement de la pluie de l’arrière saison [Latter rain] qui a également soutenu que certains chrétiens d’élite émergeraient. Ils ont affirmé que les «fils manifestés de Dieu» que Paul mentionne en Romains 8 ne sont pas les saints de la résurrection (qui est ce que Paul enseignait), mais certains chrétiens d’élite qui auraient obtenu cette situation actuellement. Le mouvement de la pluie de l’arrière saison est devenu le mouvement des derniers apôtres et prophètes qui est aussi fondamentalement piétiste. Ils revendiquent avoir une position spéciale que les chrétiens ordinaires ne connaissent pas. Ce sont les adeptes de ce mouvement qui affichent généralement les écrits de Leade sur des sites internet.

Toutes les versions du piétisme ne sont pas aussi radicales et hérétiques que celle de Boehme et de ses descendants spirituels. Par exemple, les idées de Boehme ont influencés William Law : «Bien qu’ils [les écrits de Boehme] aient fortement influencés The spirit of love (1752, 1754) et d’autres écrits ultérieurs de William Law, ils ont provoqué un fossé entre Law et John Wesley, qui a décrit les écrits de Boehme comme un «non-sens le plus sublime.»[19] Pourtant, le méthodisme et le perfectionnisme de Wesley étaient piétiste. Wesley est un exemple d’un piétisme beaucoup moins extrême. Mais l’idée qu’une méthode découverte et mise en œuvre humainement puisse conduire à la réalisation d’une vie chrétienne meilleure que par les moyens ordinaires de la grâce est néanmoins piétisme.

Certains de nos dénominations évangéliques ont été piétistes depuis leurs débuts. L’enseignement de Charles Finney vers le milieu du XIXe siècle a causé ce problème. Les enseignements de Finney, comme je l’ai dit précédemment, étaient hérétiques. Lui aussi a enseigné la perfection chrétienne. Wesley au moins s’en est tenu à la grâce prévenante de manière à éviter le pélagianisme.[20] Finney était pleinement pélagien dans son approche du salut et de la sanctification.[21] Ainsi, ses innovations ont définitivement changé une grande partie de l’évangélisme américain. Après Finney, d’autres mouvements perfectionnistes ont surgi. Le mouvement de la Sainteté, par exemple, n’est pas venu longtemps après Finney. Tant le mouvement de la Sainteté que le mouvement pentecôtiste subséquent, liés à une doctrine de seconde bénédiction sont par nature piétistes, car ils créent une catégorie de chrétiens d’élites qui ont eu une expérience particulière dont les chrétiens ordinaires manquent. Le mouvement de la sainteté de Keswick (aussi connu comme celui de la «Vie supérieure» [Higher life]) est aussi un exemple de piétisme et d’élitisme. Le mouvement de Sainteté en général est un mouvement piétiste qui soutient une expérience particulière qui créer un ordre supérieur (souvent prétendument parfait) de chrétiens. Ils sont donc dans l’erreur. Ironiquement, les chrétiens appartenant à l’ordre de la vie plus profonde ou de la vie plus élevée ont quelque chose qui les caractérise, c’est qu’ils ont embrassé l’erreur.

Aujourd’hui, le nouveau mouvement piétiste le plus vaste est l’Eglise émergente [Emergent church]. Comme je l’ai souligné plus tôt, le piétisme s’érige souvent en réponse à la perception (parfois justifiée) que l’église est devenue trop mondaine, ce qui semble être le cas aujourd’hui encore. Certains pensent de nos jours que puisque le christianisme ordinaire est dans le compromis, ils doivent découvrir une façon extraordinaire pour devenir de meilleurs chrétiens. Un dirigeant de l’église émergente a même intitulé une de ses œuvres, A New Kind of Christian.[22] Mais ce mouvement n’est vraiment pas aussi nouveau que cela. Il s’appuie sur les enseignements et les pratiques constatées dans d’autres mouvements piétistes de l’histoire de l’église. En fait, un livre récent du mouvement émergent comprend des essais de gens expérimentant la vie communautaire, une chose que j’avais essayée dans mes jours piétistes![23]

En outre, le mouvement «motivé par l’essentiel» [Purpose Driven] est aussi un mouvement piétiste. Rick Warren prétend qu’il y a des chrétiens de première classe qui sont dans une meilleure catégorie que les chrétiens ordinaires. Sur un terrain de baseball, il a fait faire à ses partisans le serment de s’engager au service de sa nouvelle réforme. J’ai déjà mentionné le mouvement des apôtres et des prophètes qui est piétiste. Ainsi, ironiquement, trois énormes mouvements de l’évangélisme américain («motivé par l’essentiel», l’église émergente, et les apôtres des derniers jours de C. Peter Wagner) sont tous basés sur le piétisme. Ces trois mouvements semblent radicalement distincts, mais ils prétendent tous être une nouvelle réforme et offrent tous une position supérieure à celle des chrétiens ordinaires.

L’orthodoxie est-elle morte?

L’histoire de l’Église nous indique que l’accusation portée par les réformateurs piétistes à l’encontre de l’église est qu’elle pratique une «orthodoxie morte.» Il y a quelques années, j’ai accueilli une réunion de pasteurs où ceux-ci pouvaient discuter d’idées théologiques. Des positions écrites étaient présentées puis critiquées par le groupe. Certains des pasteurs venaient du mouvement charismatique (également piétiste). Une attitude commune des pasteurs charismatiques était leur dédain pour la doctrine. Parce que leur mouvement était un mouvement de réforme, ils se battaient contre une «orthodoxie morte.»

Après une de nos réunions, j’ai discuté avec un pasteur qui me disait que quand il était luthérien, réciter des croyances et des doctrines le rendait spirituellement mort. Je lui ai répondu : «Alors, croire que Jésus-Christ est Dieu incarné, qu’il a vécu une vie sans péchés, qu’il est mort pour les péchés et ressuscité le troisième jour et qu’il est corporellement monté au ciel t’a tué spirituellement?» Il m’a dit : «Je ne croie pas vraiment ces choses.» Il avait supposé que la cause de son incrédulité n’était pas le péché, mais une église qui récitait des crédos. Je crois que c’est bien mieux de prêcher des doctrines de la chaire, d’appeler les gens à se repentir et à se tourner vers Christ que de faire de la récitation liturgique. Néanmoins les croyances n’étaient pas le problème dans son cas, c’était l’incrédulité.

Orthodoxie chrétienne, signifie simplement s’en tenir aux vraies croyances révélées dans les Écritures. Ces croyances sont souvent systématisées comme des enseignements thématiques tels que la doctrine du Christ, la doctrine de la Trinité, la doctrine de la justification, et ainsi de suite. La foi authentique dans la vérité de l’Évangile est la foi qui sauve. Personne n’est «mort» s’il a la foi qui sauve. En Ephésiens 2:1-8 Paul enseigne que nous étions morts, mais que Dieu nous a fait revivre, et qu’il l’a fait par la grâce au travers de la foi. Il est également vrai que là où une foi authentique qui sauve existe, elle produit des effets concrets dans la vie de ceux qui l’ont, comme Paul l’affirme en Ephésiens 2:10. Ainsi, lorsque Jacques dit que la foi sans les œuvres est morte, il se réfère à autre chose que le type de foi dont Paul dit qu’elle est une œuvre de la grâce. C’est le type de foi que les démons ont (voir Jacques 2:17-19). Dans l’évangile de Jean, celui-ci utilise le terme «croire» de deux façons.[24] Il y a ceux, par exemple, qui «croyaient» en Jean 8:30, mais face à leur besoin de liberté ont commencé à débattre avec Jésus et plus tard l’ont accusé de péché (voir Jean 8:31-47). Jésus leur a dit qu’ils n’étaient certainement pas de Dieu. Mais dans de nombreux autres endroits dans Jean, ceux qui croient sont de vrais croyants qui ont la vie éternelle.

Ma conclusion est que «l’orthodoxie morte» est l’orthodoxie sur laquelle les gens s’engagent pour des raisons paroissiales («ceci est notre tradition et personne ne va la changer») mais dans laquelle ils ont seulement mis une foi d’approbation intellectuelle. J’ai donné mon approbation intellectuelle à un credo lorsque j’avais 12 ans parce que c’était mon devoir de rejoindre l’église à cet âge; mais j’étais un pécheur mort. Toutefois, ce n’était assurément pas la vérité contenue dans ces croyances qui m’avait tué; c’était mon incrédulité. Ces «croyants» en Jean 8 se sont avérés être des non-croyants en refusant de devenir les disciples de Jésus, d’apprendre la vérité, et d’être rendus libre.

Le piétisme ne diagnostique pas correctement le problème et crée donc une fausse solution. Il voit une église dans le compromis qui est apparemment aux prises avec une orthodoxie morte. Le vrai problème n’est pas l’orthodoxie morte, mais les pécheurs spirituellement morts qui donnent un assentiment intellectuel à la vérité orthodoxe, mais ne montrent aucun signe de régénération. En effet, si une telle église existait (si la vérité avait été vraiment là, alors Dieu aurait été là aussi), cette église serait caractérisée par la mondanité et le péché. Cela serait le cas parce que les pécheurs morts ne portent pas de fruits spirituels. Il y a une église dans l’Apocalypse que Jésus qualifie de «morte». Le Piétisme qui détient le vrai évangile, mais va au-delà, s’imagine que les pécheurs morts qui sont membres de l’église sont des chrétiens. Quand certains d’entre eux deviennent régénérés grâce aux efforts des piétistes, ils supposent qu’ils sont maintenant entrés dans une classe supérieure de christianisme. Ils supposent qu’il y a deux types de Chrétiens : les chrétiens «charnels» et les chrétiens «spirituels». Mais en réalité, il n’y a que des chrétiens ou des pécheurs morts.

En outre, le piétisme voit le manque de bons fruits dans les églises à «orthodoxie morte» comme un signe que l’enseignement de la doctrine n’est d’aucune valeur et que ce qui importe vraiment, c’est la pratique et non la doctrine. Ainsi ils sont attirés par les œuvres justifiantes. Ceci est précisément l’attitude de l’église émergente. Cela a été l’approche des piétistes à travers l’histoire. Mais les œuvres qui ne résultent pas d’un travail préalable de grâce (qui est le résultat du travail de Dieu à travers l’Évangile pour convertir les pécheurs morts) sont en fait des «œuvres mortes», peu importe la façon dont elles apparaissent pieuses. Mère Teresa a fait de bonnes œuvres, mais a nié les exigences exclusives de l’Évangile. Cette «piété» est sans valeur éternelle si ceux qui étaient les destinataires des bonnes œuvres n’ont jamais entendu ou cru en l’évangile et donc ont fini en enfer.

La vérité révélée de Dieu n’est jamais morte, mais parfois, elle tombe dans des oreilles mortes. En Jean 6, les multitudes qui étaient intéressés de suivre Jésus, l’on quitté lorsqu’il leur a déclaré la vérité. Les quelques personnes qui n’avaient pas d’oreilles mortes furent interrogées pour savoir si elles le laisseraient aussi. Pierre répondit pour le groupe : «Simon Pierre lui répondit: «Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous, nous croyons et nous savons que tu es [le Christ,] le Fils du Dieu vivant.» (Jean 6:68, 69). La foi authentique comme celle-ci n’est pas le domaine des piétistes d’ordre supérieur qui ont appris les secrets de la vie plus profonde, par contre elle est caractéristique de chacun de ceux qui appartiennent au vrai troupeau de Christ ayant jamais existé. Les Piétistes pensent que l’ajout de certains processus fabriqués par l’homme à ce que le Christ a donné à tous les chrétiens à travers les siècles peut guérir un problème qui n’a jamais existé : être «mort» parce que croyant la vérité. Au lieu d’un remède, ils créent une maladie, car ils conduisent les gens loin de l’œuvre accomplie par Christ.

La mauvaise utilisation piétiste de 1Corinthiens

Le texte de base, favori des piétistes de tous genres est ce passage : «Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ.» (1Corinthiens 3:1 LSG). Je cite la version [LSG en français] car c’est de là que vient le terme «charnel» comme dans «chrétien charnel». Dans mes jours piétistes du début, comme je le disais, j’ai été influencé par Watchman Nee. Il a fait une remarque pertinente sur un passage juste avant ce verset : «Mais l’homme naturel n’accepte pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu, car c’est une folie pour lui; il est même incapable de le comprendre, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. L’homme dirigé par l’Esprit, au contraire, juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne.» (1Corinthiens 2:14, 15). Le mot «naturel» du grec est littéralement rendu par «de l’âme.» Ainsi, Nee utilise cela comme preuve de son schéma de sanctification anatomique. Dans ce schéma, l’homme spirituel est celui dont l’âme est inclinée vers l’esprit (c’est-à-dire l’esprit conjointement à l’Esprit) plutôt que sur le monde extérieur à travers le corps. Mon autre enseignant des premiers jours, Kenneth Hagin, avait un enseignement similaire, mais il était fondé sur l’idée de suivre l’esprit plutôt que ce qu’il appelait «la perception des sens» (les symptômes mensongers que vous étiez malade quand Dieu dit que vous avez été guéris par exemple). Le résultat de ces enseignements est un schéma à deux niveaux pour l’église : le chrétien charnel et le chrétien spirituel. Dans le piétisme, il y a toujours un processus qui mène à une expérience qui élève dans une catégorie plus favorable.

Est-ce que Paul enseignait que certains chrétiens ne sont en fait pas spirituels, mais charnels ou encore «de l’âme»? J’avais l’habitude de penser ainsi jusqu’à ce que je lise l’excellent commentaire de Gordon Fee sur 1Corinthiens. L’enseignement du «chrétien charnel» ne parvient pas à prendre en considération le contexte plus large de la lettre de Paul. «L’homme naturel» qui ne reçoit pas les choses de Dieu du fait qu’il les considère comme «une folie» n’est pas un chrétien charnel, mais une personne qui a rejeté l’Évangile. Cela peut être compris étant donnée l’utilisation antérieure que Paul fait du mot «folie» au chapitre 1 : «Or nous, nous prêchons Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, tant juifs que grecs. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes.» (1Corinthiens 1:23-25). Les perdus qui ne sont pas les «appelés» sont ceux qui considèrent le message de la croix comme une «folie.»

En outre, 1Corinthiens 2:14 enseigne une incapacité totale et pas uniquement une faiblesse qui serait seulement due au fait de ne pas avoir eut le bon enseignement. Dans le schéma piétiste des choses, les chrétiens charnels peuvent remédier à leur problème seulement s’ils adoptent les enseignements et les pratiques promues par les piétistes. Mais le grec de 1Corinthiens 2:14 dit littéralement que l’homme naturel est «ou dunatai gno_nai» incapable (i.e. sans puissance) de comprendre. Il ne peut pas comprendre parce qu’il est non régénéré et qu’il n’a pas le Saint-Esprit. Les croyants ont le Saint-Esprit, les incroyants ne l’ont pas. L’homme naturel est un incroyant, pas un chrétien charnel. Paul le dit clairement en Romains :

En effet, ceux qui vivent selon la chair se préoccupent des réalités de la chair, tandis que ceux qui vivent selon l’Esprit sont préoccupés par ce qui est de l’Esprit. Et la chair tend vers la mort, tandis que l’Esprit tend vers la vie et la paix. En effet, la pensée de la chair, c’est la révolte contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu et qu’elle n’en est même pas capable. Or ceux qui vivent selon la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. Quant à vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’Esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. (Romains 8:5-9)

En Romains, il est explicitement spécifié que ceux qui sont «charnels» et «sans pouvoir» (le même mot utilisé en 1Corinthiens 2:14 – dunamis) pour servir Dieu, obéir à Dieu, ou plaire à Dieu ne sont pas chrétiens. Ce ne sont pas des chrétiens charnels, ils sont perdus dans le péché.[25]

Gordon Fee souligne que cette section de 1Corinthiens est sujette à une utilisation abusive depuis fort longtemps :

Ce paragraphe a un historique d’utilisation des plus malheureux de l’église. La position de Paul a été presque totalement perdue en faveur d’une interprétation opposée à 180 degrés de sa portée originale. Presque toutes les formes d’élitisme spirituel, le mouvement «de la vie plus profonde», et la doctrine «de la deuxième bénédiction» ont fait appel à ce texte. Recevoir l’Esprit, selon leur propre expression caractéristique ouvre la voie au fait que les gens apprennent des «vérités plus profondes» à propos de Dieu. Un type spécial de cet élitisme fait surface chez ceux qui ont poussé les possibilités de la «foi» à l’extrême, et qui ont régulièrement fait de «révélations spéciales» de l’Esprit leur tribunal de dernier ressort. D’autres frères et sœurs «moins élevés» vivent simplement en dessous de leurs privilèges en Christ. En effet, certains partisans de cette forme de spiritualité semblent répéter l’erreur de Corinthe dans sa totalité.[26]

La grande ironie est que ceux qui trouvent une doctrine d’hyper-spiritualité en 1Corinthiens tombent dans l’erreur même au sujet de laquelle Paul écrivait en vu de la corriger, comme Fee l’a si éloquemment souligné. Si vous avez été soumis à des enseignements piétistes sous une forme ou une autre, je vous invite à acheter le commentaire de Gordon Fee que je cite et de le lire. Cela a vraiment contribué à trouver mon chemin de retour vers la vérité.

Mais vous pensez peut-être : «Paul ne qualifiait-il pas les Corinthiens de «charnels» ? Alors, comment pouvez-vous dire qu’il n’y a pas de «chrétiens charnels»?» C’est une très bonne question. La réponse se trouve dans l’utilisation de l’ironie par Paul. Certains des passages les plus mal interprétés de la Bible sont mal compris quand une déclaration ironique est considérée comme littérale. Un autre exemple est le passage d’Apocalypse 3 où le Christ est debout et frappe à la porte. C’est un exemple d’ironie – Christ à l’extérieur de sa propre église et cherche à entrer pour participer au repas de communion alors que le repas de communion de l’église est censé être entièrement centré sur Christ! Mais ne voyant pas l’ironie, les gens prennent cela comme un passage d’évangélisation et enseignent que le pécheur doit ouvrir la porte sans quoi Jésus restera coincé à extérieur.

De même, lorsque Paul dit aux Corinthiens qu’ils sont «charnel» (1Corinthiens 3:1), il émet une réprimande ironique! Ce sont eux en écoutant les «super apôtres» qui ont suggéré que Paul n’était pas aussi spirituel qu’ils ne l’étaient. En effet, les Corinthiens se piquaient dans leur spiritualité supposément supérieure. Mais Paul dit que la vraie spiritualité a toujours été centrée sur la croix, pas sur la sagesse des hommes. Le travail de l’Esprit dans nos vies existe à cause de la croix. Pourtant les Corinthiens pensaient et agissaient comme des incroyants, c’est-à-dire «charnellement.» Encore une fois, Fee nous aide :

Tout d’abord, reprenant de ce qui précède le thème d’être «spirituel», Paul effectue une attaque frontale et déclare les Corinthiens comme n’étant pas du tout spirituels. En effet, ils sont tout le contraire : ils sont «charnels», c’est-à-dire pensant comme de simples êtres humains, comme ceux qui n’ont pas l’Esprit. Avec cette accusation, Paul lui-même s’est exposé à des siècles de malentendus. Mais son souci est singulier : non de suggérer qu’il y aurait des classes ou grades de chrétiens, mais de les amener à arrêter de penser comme des gens du présent âge[27]

Donc, l’utilisation que Paul fait de l’ironie pour réprimander les Corinthiens est interprétée comme étant littérale afin de mettre en place une version élitiste du christianisme qui est la chose même dans laquelle les Corinthiens sont tombés et que Paul réprimandait.

Les enseignements piétistes basés sur une mauvaise exégèse de 1Corinthiens ont abondé durant des siècles. Ceux que j’ai mentionnés dans cet article ne représentent qu’un échantillon. Une autre version dont j’ai eu connaissance est que l’épouse du Christ sera composée des chrétiens d’élite et que les chrétiens inférieurs seront simplement des «servantes» qui arriveront à regarder, sans en faire partie, le festin des noces de l’Agneau. D’ailleurs, je suis sûr que mes lecteurs ont entendu des versions dont je n’ai pas eu connaissance. Mais si vous comprenez cela, à savoir que les deux catégories sont les régénérés et les non régénérés, que la première catégorie est ceux qui sont spirituels, tandis que la deuxième est ceux qui sont charnels, vous aurez compris l’enseignement de Paul en Romains et 1Corinthiens. Etre régénéré est une chose extraordinaire; c’est le fruit d’un travail miraculeux de la grâce que Dieu a imparti aux pécheurs indignes.

Conclusion

Le Piétisme ne peut s’empêcher de détourner la pensée des gens hors de l’Évangile. Quand j’étais un piétiste, je pensais que le salut était une première étape intéressante qu’une personne pouvait faire, mais j’ai fondamentalement perdu mon intérêt pour ce sujet à moins de rencontrer une personne qui avait besoin de prier la prière des pécheurs, chose que j’imaginais être une première étape. L’Évangile du Christ n’était que d’un intérêt marginal pour moi qui cherchais «les choses plus profondes.» Mais plus j’essayais de rentrer dans une catégorie très spéciale de Chrétien, plus mon esprit s’éloignait de la croix. J’étais coupable de la chose même au sujet de laquelle Paul a réprimandé les Corinthiens.

Je déplore parfois les années perdues; mais ma femme me rappelle de penser à la providence de Dieu. Elle me dit : «Si nous n’avions pas passé par tout cela, tu ne serais pas en mesure d’aider les gens de la manière dont tu le fais maintenant.» C’est vrai. Ainsi, ma prière est que mes 10 années «gaspillées» aideront certains de mes lecteurs à éviter de tomber dans le même type de piège. Si vous avez le salut, le pardon des péchés, vous avez les plus grandes richesses spirituelles imaginables. C’est vraiment une chose extraordinaire d’être chrétien.


Sauf indication contraire, les citations bibliques de la traduction française sont tirées de La Bible version Segond 21, Société Biblique de Genève, 2007.


Notes de fin

[1] Nee prône un schéma de sanctification ayant une anatomie inhabituelle qui nécessite de distinguer entre le corps, l’âme et l’esprit. L’esprit est la source primitive de la sanctification, le corps doit lui être soumis tout comme l’âme qui doit apprendre à suivre l’esprit humain régénéré.

[2] Une chose que Hagin et Nee avaient en commun et qui m’a probablement attiré à la fois vers l’un et l’autre était l’idée de la primauté de l’esprit humain ainsi que l’idée d’acquérir des connaissances spéciales en suivant son esprit.

[3] Bien que l’école enseignait une doctrine de seconde bénédiction piétiste, mes professeurs avaient une vision saine et m’ont dirigé dans la bonne direction. Cela m’aurait épargné des années d’erreur si j’avais écouté plus attentivement certains d’entre eux.

[4] CIC Numéro 69; Colossian Heresy, Part 1, Mars/Avril 2002, http://cicministry.org/commentary/issue69.htm, pour une explication théologique détaillée des Colossiens voir le chapitre 2.

[5] Justo L. Gonzalez, The Story of Christianity Vol. 1, New York : HarperCollins, 1984, p. 136, 137.

[6] Ibid., p. 137.

[7] Ibid., p. 140, 141.

[8] Le mouvement de l’Eglise émergente est bien connu pour faire cela.

[9] Gonzalez, vol. 1, p. 143.

[10] Quand je parle de «chrétiens ordinaires», je veux dire ceux qui sont vraiment convertis, mais qui ne revendiquent avoir aucune position particulière ou d’élite. Les «chrétiens» de nom qui sont effectivement non-régénérés ne sont pas du tout des chrétiens dans le sens biblique.

[11] Martin Luther, The Judgment of Martin Luther on Monastic Vows from 55-Volume American Edition Luther’s Works on CD-ROM (Fortress Press, Concordia Publishing: Minneapolis, 2001) Vol. 44, p. 243.

[12] Ibid., p. 260.

[13] Ibid., p. 262.

[14] The New Dictionary of Theology, Sinclair Ferguson, David Wright, and J.I. Packer ed. (Intervarsity Press: Downers Grove, 1988) s.v. Pietism, p. 516.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] http://www.wisdomworld.org/setting/boehme.html

[18] http://www.passtheword.org/Jane-Lead/enocwalk.htm dans une section intitulée «The Enochian Life.»

[19] The New Dictionary of Theology, s.v. Boehme, Jacob p. 106.

[20] Pélage était un hérétique des débuts, condamné par des conciles, qui a enseigné que tous les humains ont la capacité d’obéir à Dieu sans une œuvre préalable de la grâce.

[21] Voir CIC Issue 56, Charles Finney’s Influence on American Evangelicalism, July/August 1999, http://cicministry.org/commentary/issue53.htm

[22] Écrit par Brian McLaren

[23] An Emergent Manifesto of Hope, Doug Pagitt and Tony Jones editors (Grand Rapids: Baker, 2007).

[24] L’article de Ryan Habbena, Formulating a Theology of pistueo_ (believe) in John’s Narative: http://cicministry.org/scholarly/sch007.htm publié par cicministry.org sous «articles/scholarly.»

[25] Voir Gordon Fee, The First Epistle to the Corinthians in The New International Commentary on the New Testament; (Eerdmans: Grand Rapids, 1987) p. 115-120, pour une excellente discussion savante de ce que Paul entend par «homme naturel». Il est à noter que Fee est un pentecôtiste et appartient comme tel à une dénomination qui tend vers le piétisme; pourtant Fee met en garde contre de telles interprétations de 1Corinthiens.

[26] Ibid., p. 120.

[27] Ibid., p. 122.

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