Les dons du Saint-Esprit – Ne peuvent soutenir de nouvelles révélations et n’ont pas cessé

Article n°47 – Juillet/Août 1998, de Bob DeWaay, depuis le site internet : Critical Issue Commentaries (CIC). L’original peut être consulté en anglais à l’adresse suivante : http://cicministry.org/commentary/issue47.htm

Traduction française émanant du «Blog de réflexion chrétien», https://reflexionsjesus.wordpress.com/, 08/02/2015. Reproduit avec autorisation.


Nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été accordée. Si quelqu’un a le don de prophétie, qu’il l’exerce en accord avec la foi; (Romains 12:6)

Vous de même, puisque vous aspirez aux dons spirituels, cherchez à posséder avec abondance ceux qui édifient l’Eglise. (1Corinthiens 14:12)

Les dons ont-ils cessé ? Beaucoup ont fait valoir que «oui». Ils pensent que l’achèvement du canon du Nouveau Testament (la forme écrite de l’enseignement des Apôtres) rend superflu les dons spirituels. Étant donné que les Apôtres sont morts et que le canon est clos, nous n’aurions plus besoin des dons spirituels. D’autres ont soutenu que «non» : la présence des dons spirituels indiquerait une nouvelle œuvre de Dieu qui placerait certains chrétiens dans une catégorie spirituelle plus élevée que les chrétiens ordinaires. Ces deux enseignements sont erronés parce qu’ils sont fondés sur une mauvaise compréhension de l’utilité des dons spirituels.

Cette mécompréhension réside dans le fait que les dons spirituels seraient appelés à «compléter» une révélation partielle. En d’autres termes, l’information spirituelle qui n’est pas disponible par des moyens ordinaires pourrait être connue au moyen des dons de l’Esprit. Cet argument tel qu’utilisé par certains cessationistes,[1] consiste à dire que les dons spirituels ont temporairement apporté des vérités à propos de Christ et Sa parole qui n’avaient pas encore été écrites par les Apôtres. Par exemple, Walter Chantry écrit : «Ainsi, des révélations provisoires ont été données afin d’édifier l’église tandis que le Saint-Esprit rappelait toutes choses sur Christ aux Apôtres [Jean 14:26].»[2] D’autres qui croient aux dons, mais qui en ont une conception abusive affirment également que les dons de l’Esprit apportent de nouvelles révélations. Dans leurs cas, il s’agit de révélations extrabibliques qui vont au-delà de ce qui a été écrit par les Apôtres.[3]

Je vais défendre une troisième position : que les dons de l’Esprit n’ont pas cessé, mais que leur but n’est pas d’apporter des révélations extrabibliques à l’église. Les dons du Saint-Esprit sont donnés à l’église pour édifier le corps du Christ et pour amener chaque membre à être une partie importante et utile du corps. A cette fin, les dons dits «de révélation» contribuent à l’édification, l’encouragement et la consolation (1Corinthiens 14:3). Cela ne signifie pas prédire l’avenir ou apporter des informations spirituelles à l’église qui n’ont pas été écrites dans la Bible.

Arguments en faveur du fait que les dons ont cessé

La théorie selon laquelle les dons de l’Esprit ont cessé repose sur deux idées. La première est que la Bible prédit que les dons cesseraient. L’autre est que l’utilité des dons n’était que de confirmer les vrais Apôtres et de délivrer la révélation jusqu’à ce que le canon du Nouveau Testament ait été achevé. Ces deux prémisses sont fausses, comme nous le verrons.

Que les dons spirituels aient accrédité les Apôtres dont l’enseignement avait autorité est bien vrai, par contre leur utilité ne peut se résumer à cela. D’autre part, les œuvres puissantes de Dieu au travers des Apôtres du Nouveau Testament étaient beaucoup plus grandes que la seule manifestation des dons spirituels. Leurs lettres de créance en tant qu’authentiques Apôtres impliquaient également d’avoir rencontré le Christ ressuscité et d’avoir reçu leur enseignement de Lui. Paul a affirmé avoir vu le Seigneur ressuscité et avoir reçu son enseignement apostolique du Christ Lui-même.[4] Il est vrai que les Apôtres ont reçu la tâche d’écrire le Nouveau Testament, que leurs ministères ont été validés de diverses façons, y compris par la présence de signes et de miracles, et que le canon de l’Écriture est complet. Pourtant, ceci en soi, ne prouve pas qu’il n’y ait plus de dons du Saint Esprit après 100 ap. J.-C.

1Corinthiens 13:8-10 : quand ce qui est parfait sera venu

Le passage suivant est à la base de l’assertion selon laquelle la Bible prédit que les dons cesseraient après la mort des Apôtres :

L’amour ne périt jamais. Les prophéties disparaîtront, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra. En effet, nous connaissons partiellement, et nous prophétisons partiellement, mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra. (1Corinthiens 13:8-10)

Les cessationistes interprètent «ce qui est partiel» comme étant la révélation incomplète disponible au travers des dons alors que les Apôtres finissaient d’écrire le Nouveau Testament et «ce qui est parfait» comme étant le canon achevé de l’Écriture.[5] Cependant, le contexte montre que Paul met en contraste le caractère temporaire et provisoire des «dons» avec la nature éternelle de l’amour agapê. Le chapitre 13 porte sur l’amour comme étant un fondement nécessaire mais ayant manqué dans une situation où les dons ont été exercés abusivement. Les Corinthiens pensaient que les dons confirmaient la présence d’une spiritualité supérieure chez certaines personnes. Ce n’est pas le cas, dit Paul. Les dons doivent servir à l’édification du corps du Christ et non à élever l’un par rapport à l’autre. Si les Corinthiens avaient agit dans l’amour du Christ, ils auraient été préoccupés par le bien-être des autres et n’auraient pas fait parader égoïstement leur propre spiritualité devant l’église, recherchant la gloire aux yeux des autres.

1Corinthiens 13 n’est pas un chapitre sur l’achèvement du canon du Nouveau Testament. Au lieu de cela, Paul y parle de l’amour agapê, soit quelque chose que nous avons maintenant et qui va durer jusque dans l’âge à venir. Dans 1Corinthiens 13:12, il oppose «aujourd’hui» et «alors» : «Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai complètement, tout comme j’ai été connu.» Paul (qui reçu beaucoup de révélations de Dieu et écrivit une grande partie du Nouveau Testament) ne disait pas que sa connaissance partielle serait changée en pleine connaissance s’il vivait assez longtemps pour que le canon soit disponible sous forme écrite. Il disait qu’«alors» il «connaîtrait» et «avait été connu.» Il est clair que l’objet de la connaissance de Paul est capable de le «connaître» également. On ne peut pas dire que le canon écrit puisse connaître pleinement Paul. C’est Christ que Paul connaît maintenant et qu’il connaîtra pleinement.

Pensez à ce que l’Apôtre Jean dit à ce sujet : «Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons un jour n’a pas encore été révélé. Mais nous savons que, lorsque Christ apparaîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est» (1Jean 3:2). Ainsi, voir «au moyen d’un miroir, de manière peu claire» sera révolu quand nous verrons «face à face». Cette connaissance relationnelle et personnelle qui se caractérise par l’amour et rendue complète à une date future n’est rien de moins que la connaissance de Christ. Il nous connaît entièrement maintenant, mais quand nous Le verrons face à face, notre compréhension partielle sera développée, rendue mature et parfaite. Charles Hodge commente 1Corinthiens 13:9,10 en disant : «Ceci est la raison pour laquelle la connaissance et la prophétie doivent cesser. Elles sont partielles et imparfaites et donc ne sont adaptées qu’à un état imparfait d’existence. Les révélations accordées aux prophètes conféraient de simples aperçus des mystères de Dieu; quand ces mystères seront divulgués dans la pleine lumière du ciel, quel intérêt présenteront encore ces aperçus?»[6]

Une autre approche est de dire que les langues auraient cessé au moment de l’achèvement du canon, mais que la connaissance et la prophétie n’auraient pas cessé. Ceci est basé sur le fait que différents mots grecs sont utilisés dans le verset 8 pour «cesser» et «disparaître.» Ceci implique que Paul enseignait que les langues cesseraient à un moment différent de la prophétie et de la connaissance. Ceci est aussi une interprétation forcée qui soulève une problématique que Paul n’aborde pas. Paul compare la permanence de l’amour avec la nature temporaire des dons. La prophétie, la connaissance et les langues ont été établis dans 1Corinthiens 12 comme des dons. Le contraste entre ces dons et l’amour est introduit dans le chapitre 13; mais il ne précise pas la nature et l’utilisation de divers dons jusqu’au chapitre 14. Le changement dans les verbes dans 1Corinthiens 13:8 est purement rhétorique.[7] Les langues, la connaissance (de type provisoire) et la prophétie qui sont maintenant des dons de l’Esprit seront inutiles lorsque le donateur de l’Esprit Saint et ses dons sera vu face à face.

Les dons ne sont plus nécessaires?

Le deuxième aspect de l’argument selon lequel les dons ont cessé est l’assertion qu’il n’y aurait plus besoin d’eux. S’ils n’ont fait qu’accréditer les vrais Apôtres et compléter la révélation partielle, ainsi avec la mort des Apôtres et l’achèvement de l’écriture du Nouveau Testament, il n’y aurait plus besoin des dons de l’Esprit. Un examen des passages qui instruisent sur les dons de l’Esprit permettra de déterminer si cela est vrai.

Un exemple particulier cause d’énormes problèmes pour ceux qui croient cette théorie, à savoir que Paul dit lui-même : «Je remercie [mon] Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous.» (1Corinthiens 14:18). Supposons un instant que la théorie cessationiste soit avérée, que le don des langues (et autres dons) soit sert à valider l’autorité apostolique soit sert à compléter la révélation des églises qui n’ont pas un Nouveau Testament achevé. Pourquoi alors, Paul parlait-il en langues? Assurément, il n’avait pas besoin de s’entendre parler en langues pour être assuré qu’il était un Apôtre; il était tout à fait sûr de ce fait.

Par conséquent, si les cessationistes ont raison, Paul doit avoir parlé en langues pour compléter la révélation incomplète à son propre égard. Cependant, cela pose un problème étant donné que Paul a affirmé avoir obtenu son enseignement apostolique de Christ lui-même (Galates 1:11-24; 1Corinthiens 15:1-8) qui l’a appelé à enseigner les vérités de l’Évangile aux autres. Paul n’a pas parlé en langues lors de rassemblements chrétiens, mais en privé (1Corinthiens 14:19). Paul a enseigné dans ce même chapitre que celui qui parle en langue, ce qui l’inclue, ne parle pas aux hommes mais à Dieu : «En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des paroles mystérieuses.» (1Corinthiens 14:2). Je crois que «personne» ne comprenant inclue l’orateur lui-même. Sinon pourquoi Paul dirait-il à ces chrétiens de ne pas parler en langues dans l’église sauf s’il y a un interprète ou de prier que celui qui parle en langues puisse interpréter lui-même ? (1Corinthiens 14:5,13). La raison est que ni celui qui parle en langues, ni les autres personnes présentes ne peuvent le comprendre, problématique explicitée tout au long de 1Corinthiens 14.

Il n’y a aucune raison de croire que Paul comprenait son propre parler en langues. Écoutez ce qu’il a dit : «Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence est stérile.» (1Corinthiens 14:14) Ceci étant, comment Paul pouvait-il parler en langues -ce qu’il faisait en privé- et compléter ainsi la révélation partielle? Il nous a dit qu’il ne comprenait pas les mots.

Par conséquent, la théorie cessationiste ne tient pas. Celle-ci affirme que le don des langues (et d’autres dons charismatiques) ne validait que l’autorité apostolique et/ou complétaient la révélation partielle. Mais on a là un cas qui ne relève d’aucune de ces deux options, de sorte que la théorie est fausse. Il y a d’autres utilités aux dons. Il s’avère que ces autres utilités ne sont pas logiquement liées à l’existence des Apôtres du premier siècle. La Bible n’enseigne pas que les dons spirituels cesseraient avant le retour du Christ et n’enseigne pas qu’ils accréditent seulement les Apôtres et complètent la révélation partielle. Les passages primaires qui parlent des «charismata» (le mot grec traduit par «dons» dans les passages clés tels que 1Corinthiens 12:4, 9, 28, 30, 31 et Romains 12:6) ont à voir avec l’édification du corps de Christ.

Le but biblique des dons

Les dons de l’Esprit Saint sont pour le bénéfice du corps du Christ. Ceci est souvent répété dans les passages qui parlent d’eux. Beaucoup de gens qui croient dans les dons s’engagent dans des pratiques qui font plus de mal que de bien au corps. Cela montre que leurs enseignements et leurs pratiques ne sont pas bibliques; mais cela ne prouve pas que les dons aient cessé. Beaucoup de gens ont une très mauvaise compréhension de ce que sont nos plus grands besoins. Ils supposent que notre besoin est d’obtenir une information secrète, de nouvelles révélations, des prédictions de l’avenir, ou peut-être d’avoir une expérience exaltée de «louange». Toutes ces choses ne font finalement que blesser le corps du Christ. Ce que nous avons besoin c’est d’être rendu conforme à l’image de Christ.

Lorsque Paul enseigne sur le bénéfice mutuel du corps, nous avons besoin de le comprendre dans son propre contexte. Paul a enseigné que l’ultime but, bénéfice et espoir de l’église, était que nous grandissions «en Lui» et que nous soyons préparés comme une épouse immaculée pour Christ. Considérons quelques-uns des nombreux passages à ce sujet :

Ainsi, nous ne serons plus de petits enfants, ballottés et emportés par tout vent de doctrine, par la ruse des hommes et leur habileté dans les manoeuvres d’égarement. Mais en disant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tout point de vue en celui qui est la tête, Christ. C’est de lui que le corps tout entier, bien coordonné et solidement uni grâce aux articulations dont il est muni, tire sa croissance en fonction de l’activité qui convient à chacune de ses parties et s’édifie lui-même dans l’amour. (Ephésiens 4:14-16)

Chaque fois que Paul donne un enseignement approfondi sur les charismata, il souligne l’importance de chaque membre du corps. Ceci est le cas dans Romains 12 : «En effet, de même que nous avons plusieurs membres dans un seul corps et que tous les membres n’ont pas la même fonction, de même, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ et nous sommes tous membres les uns des autres, chacun pour sa part.» (Romains 12:4, 5). Le verset 6 comporte ensuite le terme charismata.

Encore plus frappant à cet égard est l’enseignement trouvé dans 1Corinthiens 12. Après avoir décrit un certain nombre de dons, Paul écrit : «Mais toutes ces choses, c’est un seul et même Esprit qui les accomplit, en les distribuant à chacun en particulier comme il le veut.» (1Corinthiens 12:11). Les charismes n’ont rien à voir avec un groupe d’élite de personnes spirituelles qui, après avoir été spécialement gratifiées plus que d’autres, deviennent le centre d’attention. Rien n’est plus étranger à l’enseignement biblique sur les dons spirituels le fait que certaines personnes revendiquent des onctions spéciales qui rendent tout le monde dépendant d’eux. Si quelqu’un semble effectivement être supérieur dans la mesure où les dons spirituels lui sont accordés, un tel homme doit adopter une attitude d’humilité et de service, estimant les autres comme meilleurs que lui. Si certains semblent avoir des dons ouvertement moins sensationnels, et qu’ils se considèrent peut-être insuffisants à de multiples égards, ces personnes devraient être estimées tout aussi élevées par le reste du corps.

Voici l’enseignement biblique sur ce point :

Bien plus, les parties du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires, et celles que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos organes les moins décents sont traités avec plus d’égards, tandis que ceux qui sont décents n’en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps mais que tous les membres prennent également soin les uns des autres. (1Corinthiens 12:22-25)

Malheureusement, si de nos jours Dieu agit à travers une personne d’une manière puissante, une telle personne va probablement tenter de monter sur toutes les estrades et se promouvoir en tant que grand et puissant homme de Dieu. Ces revendications démontrent l’attachement à la chair et le manque de préoccupation pour le troupeau de Christ qui le motivent réellement. Simon le magicien voulait les dons spirituels à cette fin et a été fortement réprimandé par Pierre (Actes 8). Aujourd’hui, il voyagerait tout autour du monde et aurait une émission télévisée.

Le but des dons est le bénéfice de l’ensemble du corps du Christ, et non de créer un groupe d’élite de super-saints dont tout le monde aurait soi-disant besoin, mais qui n’aurait besoin de rien de notre part, si ce n’est de notre argent. J’étais en désaccord avec Walter Chantry plus haut dans son affirmation selon laquelle les dons ont cessé. Sur ce point, cependant, je suis d’accord avec lui. Le chapitre de son livre, Signs of the Apostles, intitulé «When the Spirit Comes» a beaucoup de bonnes choses à dire.[8] Parmi elles se trouve le fait que le Saint-Esprit nous appelle à la sainteté et la vérité.

En outre, l’Esprit vient sur des gens ordinaires, ayant souvent de nombreuses faiblesses et souffrances et les utilise pour la gloire de Dieu. Tellement de choses nous sont parvenues sous la bannière «charismatique» et ont été si grossières, peu profondes, centrées sur l’homme et non bibliques que ce n’est pas étonnant que beaucoup aient décidé que ces dons n’étaient pas de Dieu. Le vrai travail de l’Esprit est de nous conformer à l’image du Christ. Christ n’est pas venu sur la terre pour s’enrichir, éviter la souffrance, et s’exalter lui-même devant les masses dans le but d’une vaine gloire. L’édification du corps du Christ est le but des charismata. Si cela n’est pas le cas, les charismatiques ne peuvent faire face à la critique.

Inversement, lorsque la Parole de Dieu est honorée, les nouvelles révélations sont rejetées, la doctrine du Christ est précisément enseignée, la sainteté est pratiquée, et les membres du corps sont pris en charge et encouragés, une véritable œuvre de Dieu se déroule alors. Si nous refusons un tel travail parce que les dons spirituels sont présents, nous créons du dommage au troupeau du Christ. Si nous déclarons que l’Esprit Saint ne distribue plus ses dons à l’église et considérons tous ceux qui reçoivent certains dons comme horriblement trompés, nous manquons de sollicitude aimante pour le corps de Christ au sujet duquel les passages vus plus haut s’appliquent. Il y a eu erreur des deux côtés de cette question.

Les dons et la vérité biblique

L’une des objections aux dons de l’Esprit est qu’ils sont empreints de «révélation» et donc sans utilité après que le Nouveau Testament ait été achevé. Prenons deux des dons les plus en vue : les langues et la prophétie à la lumière de cette objection. Paul a écrit à propos de ces dons :

En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des paroles mystérieuses. Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les encourage, les réconforte. Celui qui parle en langue s’édifie lui-même, alors que celui qui prophétise édifie l’Eglise. (1Corinthiens 14:2-4)

La définition que Paul fait des langues et de la prophétie ne les envisage pas comme ajoutant à la révélation au-delà des enseignements du Christ et des Apôtres. Paul avait écrit plus tôt dans cette épître, «à ne pas aller au-delà de ce qui est écrit» (1Corinthiens 4:6b). Ils avaient déjà reçu le vrai évangile de Christ et la vérité des Apôtres ainsi que les Écritures de l’Ancien Testament déjà achevés. Ils n’avaient pas besoin de nouvelles révélations, ils avaient sérieusement besoin de marcher avec obéissance dans ce qu’ils avaient déjà reçu.

Paul dit que la personne qui parle en langues parle à Dieu. De toute évidence, dans ce cas, de nouvelles révélations ne sont ni données ou reçues. J’ai toujours pensé que l’édification personnelle reçue par une personne parlant en langues implique le fait qu’elle est en train de prier par l’Esprit de Dieu, selon les desseins de Dieu. Chantry et avant lui Hodge croient que la personne parlant en langue comprend ce qu’elle dit, bien que ses auditeurs ne le puissent.[9] Ils ne peuvent pas croire qu’une édification personnelle pourrait découler de paroles dans une langue inconnue. En réponse, je me réfère à Romains 8:26,27 : De même l’Esprit aussi nous vient en aide dans notre faiblesse. En effet, nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières, mais l’Esprit lui-même intercède [pour nous] par des soupirs que les mots ne peuvent exprimer. Et Dieu qui examine les coeurs connaît la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints. Dans ce cas, la compréhension cognitive des détails manque, mais le bénéfice de la prière vient au croyant habité par l’Esprit qui donc «gémis», animé par le désir de l’Esprit Saint pour les desseins de Dieu. Si cela est spirituellement édifiant bien qu’il y ait un manque de maîtrise cognitive sur les détails, pourquoi le parler en langues à Dieu ne fonctionnerait pas identiquement? Cela semble être ce que Paul enseigne. Dans ce cas aucune «nouvelle» révélation n’est conférée au croyant ou l’église.

La prophétie ne doit pas faire obligatoirement penser à une transmission de révélations divines. Puisque le mot est assez empreint de la connotation des prophètes de l’Ancien Testament, certains supposent que cela signifie prédire l’avenir, annoncer les décrets des jugements de Dieu, ou de donner de nouvelles révélations s’apparentant à l’Écriture. Mais ce n’est pas ce que Paul dit à propos de la prophétie en tant qu’un des charismata. Il est en vue de l’édification, de l’exhortation, et de la consolation. Les objecteurs diront que l’Ecriture nous donne déjà ces choses; nous n’avons donc pas besoin de prophétie telle que définie. Il est vrai que les Écritures donnent à ceux qui connaissent Christ, «tout ce qui est nécessaire à la vie et à la piété» (2Pierre 1:3). Cela ne signifie pas que nous n’aurions besoin d’aucun enseignement, d’orientation ou exhortation.

Considérez le fait que Romains 12:6 utilise le terme charismata pour décrire des dons tels que «le service, l’enseignement et l’encouragement» ainsi que la prophétie. Est-ce que les mêmes critiques diront que nous n’avons pas besoin d’enseignement parce que la Bible contient déjà tout l’enseignement que Dieu veut donner à l’Église? Nous enseignons parce que la Bible n’est pas seulement un grand livre traitant de nombreuses questions, mais la Bible doit être appliquée et comprise par toutes les générations dans toutes les situations. La prédication et l’enseignement de la Parole de Dieu est un don de la grâce de Dieu qui doit respecter les limites établies dans les Ecritures. La prophétie doit être comprise selon la même lumière, puisque Paul la mentionne également dans Romains 12. Par la grâce de Dieu, les gens de Son peuple sont encouragés, exhortés et consolés par référence à des vérités bibliques appliquées à un rassemblement de croyants.

La prophétie ne doit pas être délivrée avec l’énonciation «ainsi parle le Seigneur,» pour être valide. Cette énonciation est certainement plus à propos pour caractériser la lecture des Écritures, que nous savons venir de Dieu. La prophétie peut simplement faire référence à l’Écriture, comme dans le cas où quelqu’un dirait que l’Esprit Saint veut que la congrégation prenne au sérieux le commandement d’aimer Dieu et son prochain. Il s’agit alors d’une exhortation. Si le contenu est biblique et l’application pieuse, raisonnable et appropriée, on ne doit pas «mépriser les prophéties» (1Thessaloniciens 5:20). Paul dit que celui qui parle en langue, «parle à Dieu» et Paul a permis de parler en langues dans l’assemblée seulement s’il y avait un interprète. Cela donne le sentiment que des expressions conduites par l’Esprit, tels que la prophétie, puissent se faire sous la forme de prières à Dieu. D’ailleurs certaines prophéties bibliques prennent cette forme.

La prophétie, comme un don de l’Esprit, n’ajoute pas à la révélation, c’est à dire à «la foi transmise aux saints une fois pour toutes.» (Jude 1:3), ni ne prédit l’avenir. Jésus a dit, «Mais prenez garde; voici, je vous ai dit tout à l’avance» (Marc 13:23). Il a dit cela dans le contexte d’un avertissement au sujet des faux prophètes. Ce que Dieu va faire a déjà été écrit dans l’Écriture, et n’est pas en attente d’être annoncé par les prophètes des derniers jours. Une grande partie de l’opposition contre les dons est alimentée par une mauvaise utilisation de ces dons par des personnes qui prétendent avoir une spiritualité supérieure. Leur préoccupation est souvent l’auto-exaltation et non le bien-être du corps comme nous y encourage Paul.

Conclusion

Le seul remède à l’erreur et la confusion est l’enseignement biblique solide. Lorsque la controverse provoque la dissidence, les schismes et la confusion, nous devons faire attention à peser les faits, étudier les passages pertinents et accepter de suivre la vérité. Dans le cas du travail actuel de l’Esprit Saint, la vérité est trop importante pour être mise de côté par les préjugés partisans qui dédaignent de regarder la preuve. Il y a eu des erreurs et des attitudes non-chrétiennes des deux côtés de cette question. Que Dieu travaille par son Esprit pour nous mettre en conformité avec ses desseins éternels en Christ.


Sauf indication contraire, les citations bibliques de la traduction française sont tirées de La Bible version Segond 21, Société Biblique de Genève, 2007.


Notes de fin

[1] J’utilise ce terme pour désigner ceux qui croient que les dons spirituels ont cessé d’exister après environ 100 ap. J.-C.

[2] Walter J. Chantry, Signs of the Apostles — Observations on Pentecostalism Old and New, Banner of Truth Trust : Carlise PA, 1973, 1993 edition, p. 39.

[3] Certains peuvent s’opposer à ce point de vue en faisant remarquer que Paul utilise le terme «révélation» dans 1Corinthiens 14:6 et 26, 30. Au verset 6, Paul parle hypothétiquement de lui-même, «si je venais chez vous en parlant en langues au lieu de vous apporter une parole de révélation» illustrant ainsi la nécessité de parler en langues connues quant on parle à l’église. Ceci ne donne nullement le droit aux Corinthiens d’écrire une nouvelle Bible comportant des révélations personnelles dépassant l’enseignement du Christ et de ses apôtres. Au verset 30, la «révélation» à un membre de la congrégation qui «prophétiserait» est dite au verset 31 être en vue de l’exhortation commune. Ceci est en accord avec la définition que Paul donne sur la prophétie pour la congrégation en 14:3. «Révélation» au verset 26 est logiquement liée à la discussion du verset 30, de sorte que la même chose s’applique à ce terme. En outre, le terme «prophète» dans 1Corinthiens 14 est la terminologie pratique qui signifie «celui qui prophétise» pas un office ecclésiastique dans l’église. Voir Gordon Fee, The First Epistle to the Corinthians, Grand Rapids: Eerdmans, 1987, p. 694, n. 69.

[4] Voir 1Corinthiens 15:3-8; 1Corinthiens 9:1 et aussi 2Corinthiens 12:12 où Paul affirme que «des signes, des prodiges et des miracles» attestaient sa vocation apostolique.

[5] Chantry, Signs, p. 50, 51.

[6] Charles Hodge, An Exposition of the First Epistle to the Corinthians, Baker : Grand Rapids, 1857, reprint 1980, p. 272.

[7] Gordon Fee, Corinthians, p. 642, n. 17.

[8] Chantry, Signs, p. 96-115. Je suis en désaccord avec l’idée de Chantry sur le fait que les langues doivent être comprises par l’orateur pour être valides, mais d’accord avec une grande partie de sa critique sur ce qui est erroné avec les pratiques modernes de ceux qui prétendent avoir une condition spéciale vis-à-vis de l’Esprit Saint. Charismatiques et pentecôtistes feraient bien de lire le livre de Chantry et être en désaccord avec lui où ils le doivent, mais prennent à cœur plusieurs de ses vues. Je suis d’accord avec lui que le canon est clos, qu’il n’y a plus apôtres et de prophètes de type biblique, et qu’il n’y a pas de «nouvelles révélations.» Cependant, tout cela m’avait été enseigné dans une école Biblique pentecôtiste.

[9] Op. cit. Hodge, Corinthians, commentary on chapter 14:1-20, p. 276-292. Bien que Hodge parvienne à rendre son argument plausible en donnant des façons possibles de traduire le grec qui sont différentes de la plupart des versions anglaises, je reste en désaccord. Je pense qu’il est préférable de comprendre Paul comme disant que celui qui parle en langues dit des mystères à Dieu, que sa compréhension est stérile, et qu’il prie dans son esprit, mais n’en comprend pas les mots. Il n’est pas évident, dans les passages des Actes que les personnes parlant en langues comprennent leurs propres paroles, bien qu’à une occasion certains autres l’aient pu.

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